Critique

30 : les nouvelles voies d’Adèle

20 novembre 2021
Par Sophie Benard
<i>30</i> : les nouvelles voies d’Adèle

Après la sortie du titre Easy on Me, le très attendu quatrième album d’Adele, 30, est disponible depuis le 19 novembre dernier.

30 s’impose comme une suite plutôt logique aux albums précédents de la chanteuse britannique. C’est précisément ce que semblait annoncer le choix du titre Easy on Me, qui s’inscrit dans le continuité de Hello au point que son clip est réalisé par le même Xavier Dolan, pour annoncer la sortie de l’album. Néanmoins, 30 n’est pas sans surprise, et témoigne même de la volonté d’Adèle d’explorer de nouvelles formes. Si Easy on Me est ainsi le morceau le plus typique de la chanteuse, il est étonnamment le moins représentatif de 30.

Un divorce originel

Habituellement très discrète sur sa vie personnelle, Adèle ne fait pourtant pas mystère de l’événement qui a inspiré la plupart des douze titres qui composent son nouvel album. C’est le divorce avec son ex-mari Simon Konecki, mais aussi les blessures que cette séparation a fait ressurgir chez elle et la tristesse qu’elle a généré chez leur jeune fils, qui a inspiré l’autrice et interprète. De ce point de vue, 30 n’est pas différent des précédents albums de la chanteuse : divorce ou non, la peine d’amour a toujours été le fond de commerce d’Adèle, de 19 (XL Recordings, 2008) à 25 (XL/Columbia, 2015) en passant par 21 (XL/Columbia, 2011).

Cela semble d’ailleurs agacer certains critiques, tel Olivier Nuc qui décrit pour Le Figaro une « pauvre petite » « d’humeur bien maussade ». Paternalisme fort osé pour qualifier une artiste qui a écoulé plus de 48 millions d’albums, remporté 15 Grammy Awards sur 18 nominations (dont cinq simultanément en 2017) ! D’autant qu’à l’écoute de 30, il apparaît que l’album est bien loin d’être une suite de complaintes post-rupture, et qu’il est au contraire animé d’une véritable joie de vivre et d’un indéniable optimisme romantique.

Un album varié et audacieux

La soul est l’un des ingrédients principaux de la musique d’Adèle depuis 19, son premier album ; dans 30, la soul se fait encore plus présente, encore plus affirmée. Toute la seconde moitié de l’album est porté par la (presque) seule et extraordinaire voix de l’artiste, tout juste habillée de quelques accords de piano et de quelques notes d’orgue. C’est de cette simplicité que résulte la superbe Hold On – six minutes de soul portées par une interprétation d’une rare maîtrise.

Mais la soul est loin d’être la seule influence à nourrir 30. L’album sonne parfois plus jazzy -avec All Night Parking, par exemple. Le R&B s’y invite aussi, avec Oh My God, sa production enrichie façon rap américain et son rythme roulant qui rappelle celui de Rolling in the Deep. La pop, bien sûr, n’est pas en reste, avec le titre I Drink Wine. Quant à la rythmique de Cry Your Heart Out, elle évoque le reggae et séduit l’oreille par son refrain simple et particulièrement efficace.

30 : surproduit ?

Sur Can I Get It en revanche, les compositeurs et réalisateurs Max Martin et Shellback tentent la dance-pop, et le résultat est malheureusement peu concluant : la voix d’Adèle est si travaillée qu’elle en devient méconnaissable. Seconde déception : les six minutes de To Be Loved, morceau en collaboration avec Tobias Jesso, qui manquent de caractère.

La plupart des titres s’ouvrent sur la voix d’Adèle accompagnée au piano, mais l’orchestre et les choristes s’ajoutent presque systématiquement à ce duo pourtant si efficace. 30 souffre peut-être, finalement, d’être l’album de l’une des plus grands stars contemporaines : certaines chansons semblent ainsi « surproduites », multipliant les arrangements et les habillages. Or, la voix et les textes d’Adèle ont déjà prouvé à de multiples reprises qu’ils se suffisaient à eux-mêmes.

30, d’Adèle, Columbia/Melted Stone, disponible depuis le 19/11/2021.

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Article rédigé par
Sophie Benard
Sophie Benard
Journaliste