Critique

Blue Giant : que vaut le film adapté du manga phénomène ?

05 mars 2024
Par Agathe Renac
“Blue Giant” sortira le 6 mars dans les salles françaises.
“Blue Giant” sortira le 6 mars dans les salles françaises. ©Eurozoom

L’œuvre de Shinichi Ishizuka ne cesse d’étendre son univers. Après deux spin-off remarqués, le manga se fait une place de choix dans les salles de cinéma, avec une adaptation très réussie.

C’est le manga qui nous a fait aimer le jazz. Publié en 2013 au Japon et édité en France chez Glénat cinq ans plus tard, Blue Giant nous conte l’histoire de Dai Miyamoto, un jeune homme passionné qui aspire à devenir le meilleur saxophoniste du monde. Malgré son sujet de niche, l’œuvre de Shinichi Ishizuka a créé la surprise dans le monde entier.

Le succès était tel que le manga a étendu son univers avec deux spin-off (tout aussi passionnants) : Blue Giant Supreme et Blue Giant Explorer (qui a été sélectionné au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2024). Après avoir séduit les lecteurs aux quatre coins de la planète, Dai Miyamoto s’apprête à faire ses premiers pas dans les salles obscures. Première adaptation cinématographique du manga, Blue Giant relève un défi de taille et compte bien surprendre les spectateurs français dès le 6 mars.

Itinéraire d’un passionné

Développé par le studio d’animation NUT, qui a notamment produit les séries Yôjo Senki et Deca-Dence, le long métrage peut compter sur une équipe solide. Son réalisateur, Yuzuru Tachikawa, a quant à lui travaillé sur Détective Conan : l’exécutant de Zero qui était, à l’époque, le film le plus rentable de tous les temps avec plus de 9 milliards de yens de recettes. Un casting de renom, qui assure avec brio ce portage à l’écran tant attendu.

Les plans sont beaux et énergiques, et les fans de la première heure retrouvent les mêmes dynamiques de dessin que dans le manga. Dès les premières secondes, Blue Giant montre tout son potentiel poétique. Des flocons tombent dans l’obscurité, tandis que le son reconnaissable du saxophone perce le silence de la nuit.

S’ensuit une phrase, affirmée avec assurance par un jeune homme : « Je serai le meilleur jazzman du monde. Je réussirai, j’en suis sûr. » Dai Miyamoto joue dans le froid, sous la neige, à s’en faire saigner les doigts. Plus qu’une passion, la musique est sa raison de vivre.

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À 18 ans, il décide de se lancer dans une toute nouvelle aventure à Tokyo, loin de sa famille. Il enchaîne les petits boulots manuels le jour et arpente les bars et les salles de concerts la nuit. Chaque yen économisé lui permet d’assister à ces sessions live afin de mieux comprendre le jazz et les dynamiques entre les musiciens sur scène. Il consomme la musique et s’entraîne partout, tout le temps, que ce soit dans un petit bar de quartier comme sous un pont. Son but : exprimer ses émotions à l’aide de son saxophone.

Le sens du rythme

Enthousiaste et déterminé, le jeune homme parvient à convaincre le talentueux pianiste Yukinori de monter un groupe avec lui. Accompagné de son cousin Shunji, qui débute à la batterie, ils forment désormais le trio JASS. On suit leur évolution, de leurs premiers concerts devant trois personnes à leur performance devant une centaine de spectateurs dans un festival.

Sans surprise, la musique est au cœur du film et les sonorités du jazz accompagnent chacune de ces étapes, les galères, les frictions au sein du groupe et les moments de joie partagés. Interrogé par Glénat en 2019, le mangaka Shinichi Ishizuka expliquait qu’il avait découvert ce genre aux États-Unis quand il était étudiant, et qu’il voulait « que le plus grand nombre possible de Japonais connaissent ce genre » pour « ramener ce sentiment d’Amérique ».

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Consciencieuse et très fidèle au manga d’origine, l’adaptation de Blue Giant transmet cet amour de la musique. Les scènes de concert live représentent environ un quart du film et parviennent à capter l’attention des spectateurs, même les plus novices. Les solos de Dai sont de véritables voyages oniriques et sensoriels qui dégagent une énergie folle.

On se surprend à taper du pied et hocher la tête sur des scènes musicales de plusieurs minutes, avec la sensation d’assister à un concert du prodigieux Jacob Collier. On doit cet exploit à une équipe technique cinq étoiles. En effet, la bande originale est composée par Hiromi Uehara, une pianiste de renommée mondiale qui a reçu de nombreuses distinctions, dont un Grammy Award.

Elle double aussi la partition de piano de Sawabe Yukinori, et le personnage principal est quant à lui interprété par le saxophoniste ténor Tomoaki Baba. Avec son montage dynamique, sa BO exceptionnelle et ses personnages attachants, Blue Giant ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer. On ne ressent aucune longueur et on se prend au jeu très facilement. L’adaptation est clairement à la hauteur du manga, et a tout pour séduire les néophytes comme les adeptes du genre.

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste