Critique

Toute la lumière que nous ne pouvons voir : que vaut la mini-série (ultra) prometteuse de Netflix ?

06 novembre 2023
Par Agathe Renac
”Toute la lumière que nous ne pouvons voir” est disponible sur Netflix depuis le 2 novembre.
”Toute la lumière que nous ne pouvons voir” est disponible sur Netflix depuis le 2 novembre. ©Netflix

L’adaptation sérielle du Prix Pulitzer de 2015 a tout pour devenir un phénomène. Dirigée par le scénariste de Peaky Blinders, elle peut compter sur un casting cinq étoiles, dont Hugh Laurie (Dr. House), Mark Ruffalo (Hulk) et Louis Hofmann (Dark).

Autant l’avouer tout de suite : on était complètement passé à côté de cette sortie. Il faut dire que le catalogue de Netflix est toujours en mouvement, entre les nouveautés de la plateforme et les ajouts de productions cultes. Pourtant, Toute la lumière que nous ne pouvons voir n’est pas le genre de show qui passe inaperçu. Cette mini-série de quatre épisodes est l’adaptation du best-seller d’Anthony Doerr, qui a reçu le Prix Pulitzer en 2015 pour cette œuvre qui s’est écoulée à 6 millions d’exemplaires dans le monde – rien que ça.

Pour son adaptation sérielle, Netflix a choisi des mastodontes du petit écran. Le scénario a été confié à Steven Knight (Peaky Blinders), et la réalisation à Shawn Levy (Stranger Things). En tête d’affiche, on retrouve Hugh Laurie (Dr. House), Mark Ruffalo (Hulk), Louis Hofmann (Dark) et Aria Mia Loberti, une actrice débutante et malvoyante qui a tout pour devenir la nouvelle star de la plateforme.

La guerre des ondes

Cette dernière incarne Marie-Laure LeBlanc, une jeune Française aveugle qui vit seule dans une maison de Saint-Malo, alors que les bombardements américains ne cessent de s’abattre sur la ville, en août 1944. Des allers-retours dans le passé nous permettent de comprendre son parcours, de sa fuite de Paris avec son père au début de la guerre, jusqu’à son arrivée dans cette demeure familiale qu’elle partageait avec son oncle Étienne et sa sœur, Madame Manec, quelques mois plus tôt.

Recherchés par les Allemands après avoir volé une pierre précieuse qui aurait des pouvoirs magiques, Marie-Laure et son père, Daniel, sont des cibles à abattre. Face à la dangerosité de la situation, ce dernier décide de quitter Saint-Malo pour faire diversion, et ainsi protéger sa fille. Cependant, les événements s’enchaînent et la jeune femme se retrouve seule dans cette grande maison. Son seul moyen de communication est la radio, qu’elle utilise pour transmettre illégalement des messages à ses proches et à la Résistance.

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Son émission est écoutée par ses alliés, mais aussi par Werner Pfennig, un officier allemand qui a toujours été branché sur cette fameuse fréquence qui émettait une émission philosophique et pleine d’espoir quand il était petit. Ses connaissances et capacités exceptionnelles dans le domaine de la radio lui ont permis d’intégrer l’armée (à contrecœur), et son but est de traquer toutes les stations qui diffusent illégalement. Cependant, son sentiment de nostalgie va être plus fort que son sens du devoir, et il va tout mettre en œuvre pour protéger celle qui fait encore vivre la fréquence de son enfance.

Netflix in Saint-Malo

Toute la lumière que nous ne pouvons voir ne révolutionne pas les films de guerre. Il nous plonge au cœur de la Seconde Guerre mondiale, comme des dizaines de shows l’avaient fait avant lui. Cependant, le personnage de Marie-Laure apporte une vraie originalité et nous permet de vivre cette période d’une manière inédite. Les deux actrices qui l’incarnent (dans sa version enfant et adulte) sont toutes deux malvoyantes, et Aria Mia Loberti (la plus âgée) nous a complètement séduits par son jeu quasi impeccable et l’émotion qu’elle transmet.

La cécité est (trop) peu représentée à l’écran et cette mise en avant est d’autant plus intéressante dans ce contexte. Le spectateur ne peut s’empêcher d’éprouver de l’empathie pour ce personnage beaucoup plus fort qu’il n’y paraît, et s’interroge sur les conditions des personnes malvoyantes en temps de guerre.

©Netflix

Le destin de la jeune femme est captivant, mais la série offre aussi une belle évolution à ses autres protagonistes. Les allers-retours dans le passé permettent de leur donner davantage de profondeur et de caractère – des éléments qui manquent cruellement aux personnages secondaires. Mis à part Werner Pfennig, les Français sont les gentils et les Allemands les méchants. Le show propose une vision très manichéenne de la guerre, et ne nous interroge pas sur des questions plus complexes, qui résonneraient pourtant parfaitement avec le contexte actuel.

©Netflix

Malgré cette facilité, la série nous offre des images sublimes et des épisodes très rythmés qui nous permettent de ne jamais nous ennuyer. Elle réussit à trouver un juste équilibre entre les scènes d’action et les moments plus intimes qui jouent sur l’émotion. En tant que spectateur français, on ne peut s’empêcher de ressentir une petite fierté de voir nos villes représentées à l’écran.

De Paris à Saint-Malo, les rues sont sublimées, mais pas aussi clichées qu’Emily in Paris – et on ne peut que s’en réjouir. Finalement, les quelques caricatures autour des personnages secondaires et des messages d’espoir ne nous enlèvent pas le plaisir de binger le show. Cette mini-série est un très bon divertissement qui nous fait voyager et vibrer, le temps de quelques heures.

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste
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