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Pour limiter leur impact, les serveurs informatiques s’allient avec la nature

07 octobre 2022
Par Marion Piasecki
Modélisation du projet de centre de données Kolos, en Norvège, qui promet d'être un modèle en matière d'écologie.
Modélisation du projet de centre de données Kolos, en Norvège, qui promet d'être un modèle en matière d'écologie. ©Kolos

Face à la quantité astronomique de données que les entreprises du Net doivent gérer, la construction de nouveaux serveurs est inévitable. Elles rivalisent donc d’ingéniosité pour les rendre plus écologiques.

Tous les jours, des milliards de mails, messages, images et vidéos sont envoyés sur Internet, ce qui génère un nombre grandissant de données à stocker. Les serveurs informatiques consomment donc beaucoup d’énergie et produisent de la chaleur, mais il est impossible de s’en passer et de nouveaux doivent régulièrement être construits. Alors, comment limiter leur impact sur l’environnement ?

Refroidissement naturel

Le refroidissement des serveurs étant le principal poste de consommation d’énergie des serveurs informatiques, la première solution, adoptée par de nombreuses entreprises, est de les installer dans une région froide du monde afin d’utiliser le climat local pour les refroidir naturellement. En 2017, la construction du plus grand centre de stockage de données au monde a ainsi été annoncée par la société Kolos en Norvège, près du cercle Arctique. Ses quatre bâtiments occuperont une surface de 600 000 m2 (soit 85 terrains de football) et seront alimentés en électricité par l’éolien et l’hydroélectrique.

Cette solution de refroidissement a déjà été adoptée par Meta en construisant un serveur dans le nord de la Suède en 2013. En 2020, Microsoft avait aussi annoncé qu’il allait installer des serveurs en Suède, en Finlande et au Danemark. Un autre pays est apprécié pour son climat glacial : l’Islande. Au point que cette île s’est donnée un nouveau slogan pour encourager les entrepreneurs à venir s’installer chez eux : « The coolest location for data centers », soit « l’endroit le plus cool/froid pour les centres de données ».

En 2018, Microsoft, avec son projet Natick, a aussi essayé des serveurs sous-marins en Écosse pour que ceux-ci se refroidissent naturellement avec l’eau de mer. Le projet avait clairement mis l’accent sur l’aspect environnemental, en promettant que des matériaux recyclés seraient utilisés et que le tout serait recyclable à la fin de son cycle de vie. Cependant, on pourrait s’inquiéter de l’impact que ce rejet de chaleur dans la mer pourrait avoir sur les écosystèmes locaux, surtout si cette pratique venait à se généraliser.

Ben Cutler, directeur du projet, avait répondu à cette question au site Marine Professional en 2020 : « Natick utilise de l’eau de mer pour se refroidir et l’eau retourne dans l’océan une fraction de degré plus chaude. En se mélangeant rapidement aux courants océaniques, l’impact sur la température est indétectable même à quelques mètres du centre de données. (…) Nous avons utilisé des caméras à l’extérieur de la capsule pour observer la faune durant le déploiement. Nous avons constaté que le centre de données était un endroit attractif pour la vie sous-marine et qu’il a été rapidement colonisé par de multiples espèces de poissons et autres formes de vie. »

Après deux ans passés sous l’eau, le serveur du projet Natick de Microsoft est couvert d’algues, d’anémones et d’autres formes de vie sous-marine.©Jonathan Banks / Microsoft

Réutiliser la chaleur produite

« Rien ne se perd, rien ne crée, tout se transforme » : pourquoi laisser toute cette chaleur s’évanouir dans la nature, s’il est possible de l’utiliser ? C’est la solution qui commence à être adoptée par plusieurs entreprises pour refroidir leurs serveurs tout en chauffant d’autres installations, et que tout le monde en sorte gagnant. Aux Pays-Bas, les derniers centres de données de l’entreprise Switch acheminent la chaleur dégagée vers le système de chauffage public du quartier. Plus étonnant, en Norvège, Green Mountain s’est associé à Norwegian Lobster Farm pour que la chaleur des serveurs serve à maintenir à température optimale l’eau d’un élevage de homards.

Le Japon aussi a des idées pour associer ses serveurs à un climat propice et à la production de nourriture : le White Data Center, dévoilé cette année, profite des hivers glaciaux de l’île d’Hokkaido et pendant l’été, qui reste assez frais, le refroidissement se fait grâce à de la neige conservée sous des copeaux de bois et de la terre. Enfin, la neige fondue peut alimenter une serre pour élever des anguilles, des oursins, du café et des champignons.

La France n’est pas en reste puisqu’un centre de données, inauguré le 6 octobre à Saint-Denis par l’entreprise américaine Equinix, réutilise aussi la chaleur des serveurs. Celle-ci est réintroduite dans le système de chauffage urbain pour chauffer le futur centre aquatique olympique et la zone d’aménagement concerté Plaine Saulnier, d’environ 12 hectares. Le concepteur du centre de données, Benoît Chevalier, a indiqué que ce dernier pourrait ainsi chauffer l’équivalent de 1 600 logements de 60m2. De plus, des fruits et légumes pourront être cultivés dans la serre de 430m2 qui se trouve sur le toit.

Si la sobriété est le meilleur moyen de limiter son impact environnemental, il est peu probable que tout le monde baisse son nombre de selfies envoyés et de vidéos regardées chaque jour sur Internet. Les grandes entreprises du net comme Meta et Microsoft n’encouragent pas des usages plus sobres non plus, bien au contraire, puisqu’elles veulent nous pousser vers le metaverse. Sans oublier que, dans les années à venir, de plus en plus de personnes devraient avoir accès à Internet. À défaut, ces nouveaux types de serveurs, en coopérant avec les entreprises et habitations environnantes, peuvent créer de petits cercles vertueux et donner des idées à d’autres secteurs industriels.

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Article rédigé par
Marion Piasecki
Marion Piasecki
Journaliste