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Horizon Worlds, le metaverse de Meta : on est venu, on a vu, on en est revenu

06 septembre 2022
Par Florence Santrot
Horizon Worlds, le metaverse de Meta : on est venu, on a vu, on en est revenu
©Meta

Présenté comme une ébauche du futur metaverse de Mark Zuckerberg, Horizon Worlds est disponible en France depuis mi-août. Nous l’avons testé.

Très attendue en France, l’application Horizon Worlds permet d’avoir un premier aperçu de ce à quoi pourrait ressembler le metaverse de Meta (Facebook) dans le futur. Cet univers en réalité virtuelle, disponible sur le casque Oculus Quest 2 depuis la mi-août dans l’Hexagone, se veut un peu une vitrine technologique, une ébauche, comme un avant-goût. Mais, force est de constater que le résultat est encore bien loin des attentes.

Le « selfie » de Mark Zuckerberg suffit en lui-même à expliquer le premier problème d’Horizon Worlds : le rendu graphique est extrêmement pauvre. Ce n’est pas sans rappeler les petits personnages qu’on pouvait croiser à la fin des années 1990 dans les logiciels d’apprentissage de langues ou d’atlas électroniques disponibles sur CD-Rom. Pour résumer, ça pouvait bluffer un enfant de CM1-CM2 il y a 25 ans, aujourd’hui, ça frise le ridicule. Et que Meta n’en ait pas eu conscience au moment de publier ce « selfie » est pour le moins inquiétant.

Le fameux selfie de Mark Zuckerberg, qui a attiré tant de moqueries que le PDG de Meta s’est senti obligé de justifier la qualité des graphismes.

Premiers pas dans Horizon Worlds

Avant de pouvoir explorer les différents « mondes » d’Horizon Worlds, il faut d’abord se connecter grâce à son compte Facebook. On repassera donc pour le monde décentralisé qu’on nous vante avec le metaverse. Puis, il faut créer son avatar. Ici, rien que de très classique. Différents panneaux de personnalisation s’affichent pour choisir la forme de son visage, sa pilosité, la couleur de sa peau, la présence ou non de taches de rousseur, de lunettes, le type de vêtements qu’on veut porter, etc. En cinq minutes, l’affaire est pliée. Cela va d’autant plus vite que les personnages sur Horizon Worlds n’ont pas de jambes. C’est encore un peu trop compliqué techniquement à gérer.

Notre personnage virtuel étant prêt, il n’y a plus qu’à se lancer. Anglais obligatoire : Horizon Worlds est en cours de traduction en français. Et si, officiellement, l’application n’est disponible que pour les 18 ans et plus, la réalité est toute autre. Chasse aux zombies, shoot’em up basique, terrain de basket… Une série de jeux semble davantage dédiée aux ados qu’aux adultes. D’ailleurs, les personnages croisés dans ces mondes sont clairement mineurs. Leur voix, qui n’a pas encore mué, ne laisse pas de place au doute. Car on peut effectivement discuter entre personnages virtuels.

Pour l’immersion et les interactions, on repassera

À côté de la qualité visuelle des jeux vidéo à l’heure actuelle, le rendu d’Horizon Worlds est pour le moins décevant. Il n’y a pas de finesse dans les détails, que ce soit pour les personnages, les bâtiments ou les objets. Incroyable quand on sait que les experts estiment que Meta dépense 1 milliard de dollars par mois dans son projet de metaverse. Surtout que, malgré un design très basique, les interactions restent limitées et le temps de chargement de chaque univers est lent. Très lent. Une fois dedans, on ne peut pas manipuler l’ensemble des objets et la gestuelle de son avatar reste relativement limitée.

Mais c’est avant tout une impression globale de vide, et donc d’ennui, qui saute aux yeux lors des premières expériences dans Horizon Worlds. Il n’y a pas tant de monde que ça. Ce sont surtout des anglophones – majoritairement Américains, semble-t-il – et les occasions de se parler sont limitées. C’est facile dans les jeux, mais on se retrouve à discuter avec des gamins. Le niveau est… au ras des pâquerettes. « T’es Russe ou un truc du genre ? », « T’es une femme ? Ici, on tue toutes les femmes. Non mais je dis ça pour rigoler, hein. » Vite, trouvons la sortie.

Pour parler avec des adultes, en anglais donc, il faut changer d’univers, quitter les jeux et débarquer de manière impromptue au milieu d’un groupe dont on ne sait pas si les membres se connaissent déjà ni de quoi ils sont en train de parler. Ce n’est qu’en s’approchant des personnages qu’on entend ce qu’ils disent. C’est l’option choisie par Meta, histoire d’éviter un brouhaha géant. Résultat : on a vraiment l’impression de stalker les gens en passant à côté d’eux et en s’arrêtant non loin pour écouter ce qu’ils racontent. Dans la « vraie vie », personne n’irait s’incruster dans une conversation entre plusieurs personnes croisées dans la rue. Pourquoi le ferait-on en réalité virtuelle ?

Ce menu permet de choisir entre différents jeux et groupes.

Parler avec des inconnus… très peu pour nous

On a quand même tenté l’expérience. C’est bizarre. Comment trouver un sujet de conversation avec quelqu’un de totalement inconnu ? A fortiori un avatar qui, si ça se trouve, est à 12 000 lieues de ce à quoi ressemble vraiment la personne. Impossible de savoir réellement son genre, son âge, sa nationalité… C’est une bonne chose, d’une certaine manière, mais ça n’aide pas pour engager une discussion. On a tenté l’expérience avec l’avatar « Nicey_313 » :

« Salut.
— Salut.
— T’es d’où ?
— Chicago.
— Moi de Paris.
— Ah.
— Tu fais quoi là ?
— Je découvre. Première fois. Je ne m’attendais pas à ça. J’ai fait un concours de lancer d’avion en papier et j’ai planté des vis. C’est un peu chelou ce truc.
— Moi j’ai joué au tennis avec un robot et des ados m’ont tué 43 fois, y compris ceux qui étaient dans mon équipe. »

Passées les traditionnelles questions pour se présenter (sachant que l’avatar peut bien nous raconter ce qu’il veut), on en vient à demander ce qu’il y a d’intéressant à faire. Spoiler : tout le monde semble chercher sans jamais vraiment trouver. 

Par ici la sortie

Le constat est sans appel : on tourne assez vite en rond dans ce metaverse. Un peu comme dans les premiers chats des débuts d’Internet. Le tout est lent (il faut attendre que les éléments se chargent dès qu’on passe d’une zone à l’autre), les espaces sont souvent limités à 20 personnes (et rarement pleins)… Avec ses proches, ça pourrait peut-être être amusant. Mais ils sont encore trop peu à être équipés d’un casque Oculus et à avoir installé Horizon Worlds. Sans parler du fait qu’il faut se donner rendez-vous dans un lieu et à un horaire précis.

Alors on a décidé d’essayer des lieux de socialisation comme la Party House. À l’intérieur, ça joue Barbie Girl d’Aqua. Quelques personnes de-ci, de-là, mais pas foule. Forcément, on ne s’est pas connecté aux bons horaires pour les États-Unis. Next. Direction un comedy club. Les règles sont affichées sur le mur de la salle virtuelle (rien de raciste, sexiste, etc.). À notre arrivée, une femme chantait (faux) sur la scène. Puis un « humoriste » a pris la suite. Son avatar s’intitulait Unemployed_Diva. Et, visiblement, un de ses amis l’accompagnait puisque ce dernier balançait des rires enregistrés à la fin de chacune de ses phrases… À quelques rares moments, des pouces jaunes s’élevaient du public. Une manière d’applaudir sans doute. Gênance et malaisance étaient donc au rendez-vous, on a quitté le bateau au bout de quelques minutes. Bref, on erre encore comme une âme en peine dans cette ébauche de metaverse. 

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