Des mouvements sacrés du Paléolithique pensés pour éloigner le mauvais temps aux chorégraphies TikTok exécutées sous l’orage, la danse n’a cessé d’animer les foules. Si son histoire a mis du temps à s’écrire, les corps ont toujours exprimé ce que les mots peinaient à dire. Entre émotions, passions et (r)évolutions : retour sur des siècles de danse, ainsi que sur celles et ceux qui l’ont menée, avec notre sélection des meilleurs beaux livres sur le sujet !
Introduction
La danse accompagne l’humanité depuis la nuit des temps. Dès la Préhistoire, les peintures rupestres témoignent de la pratique rythmée à laquelle s’adonnent les Hommes pour assurer le bon déroulé de leur quotidien (fertilité, réussite à la chasse, météo clémente…). Lors du Paléolithique, la danse se fait donc rituelle et spirituelle, mais également communicationnelle, afin que les individus échangent entre eux. De même durant l’Antiquité – qu’elle soit égyptienne, grecque ou romaine –, la danse a des vertus sociales, et se présente à la fois comme un acte religieux, mais également comme un art.
Pourtant, s’il s’agit bien de l’un des plus anciens moyens d’expression, l’histoire de la danse n’a pas été racontée tout de suite : il aura fallu patienter jusqu’au XVIIIᵉ siècle pour que Jacques Bonnet, puis des théoriciens spécialistes, en rédige les premiers récits transversaux.
Et c’est véritablement à Jean-Georges Noverre, sur les bases de Louis de Cahusac, que nous devons la théorisation, la définition et la promotion de la danse. Les apports de ce danseur et maître de ballet français ont été considérables et il est d’ailleurs reconnu comme le créateur du ballet moderne. Petite anecdote : la Journée internationale de la danse a lieu le 29 avril en hommage à son anniversaire de naissance.
Mais alors, pourquoi avoir attendu si longtemps pour coucher sur le papier une discipline si populaire ? Eh bien, c’est qu’en matière de sixième art, il est tout à fait normal de ne pas savoir sur quel pied danser ! Par essence et par excellence, la danse est éphémère. Aussitôt exécutés, les mouvements disparaissent : un vertige de l’instant qui rend cette forme d’expression plus que fascinante, mais également extrêmement complexe à capturer et à consigner.
Heureusement, aujourd’hui, de nombreux beaux livres réussissent le tour de force d’immortaliser ces moments fugaces. Pour les adeptes comme pour les curieux, lever de rideau sur notre sélection de livres sur la danse !
Les premiers pas : histoire et lexique de la danse
Nouvelle Histoire de la danse en Occident – Laura Cappelle (Seuil)
On ouvre le bal avec un ouvrage très complet dirigé par Laura Cappelle. Cette sociologue de l’art, critique et journaliste a fait appel à 27 spécialistes du monde entier afin d’établir une Nouvelle Histoire de la danse en Occident, de la Préhistoire à nos jours. Loin d’un simple catalogue chronologique, les multiples pratiques et techniques y sont analysées au prisme des mœurs et des contextes culturels propres à chaque société. Richement illustré et accessible, ce livre concilie rigueur et esthétique. Un travail de recherche offrant un œil résolument moderne et permettant d’éclairer la création contemporaine. Idéal pour débuter pas à pas ou ravir les passionnés du premier rang !
Les 100 mots de la danse – Geisha Fontaine (Que Sais-Je)
Avec les petits rats, les entrechats, les pas de biche, ceux de cheval et les termes empruntés au grec, à l’anglais ou à l’italien : le moins que l’on puisse dire c’est que vous faites des pieds et des mains pour comprendre les noms des positions de jambes et de bras des danseurs. Car oui, si le grand récit de la danse s’avère abondant et complexe, son vocabulaire l’est également. Heureusement, la danseuse, chorégraphe et chercheuse Geisha Fontaine nous aide à les décrypter dans Les 100 mots de la danse, un dictionnaire exhaustif.
L’art du mouvement – Ken Browar et Deborah Ory (Epa)
Nous l’avons mentionné, la danse est l’art de l’éphémère. Pourtant, Deborah Ory et Ken Browar, un couple de talentueux photographes new-yorkais, ont réussi à capturer L’art du mouvement. Sur près de 300 pages, se déroule une série de fantastiques clichés accompagnés de divers témoignages de professionnels de la danse. Autant de poses suspendues et de portraits vibrants qui transpirent la vitalité et la beauté. Une prouesse, et la promesse d’entrer dans un monde passionnant, où les corps figés sur le papier donneraient presque l’impression de s’animer !
Quelques livres sur les différents types de danse
Après les rites sacrés de la Préhistoire et les célébrations de l’Antiquité, le Moyen Âge a eu ses danses collectives et festives telles que le branle ou la tarentelle. Puis, à la Renaissance, le sixième art a accéléré la cadence : c’est la naissance du ballet et l’apparition des premiers maîtres à danser, la discipline se codifie davantage. Ensuite, le ballet se transpose à la cour, les styles se font tour à tour baroques, romantiques, classiques, modernes, contemporains, mais surtout hétéroclites : jazz, tango, hip-hop… Il est clair que les genres ont valsé au fil des époques, faisant parfois le grand écart. Sous le feu des projecteurs, regardons ça de plus près !
Ballet, Une histoire illustrée (Flammarion)
Ballet, Une histoire illustrée propose une rétrospective de 500 ans. Des ballets de cour aux œuvres contemporaines, en passant par les classiques tragiques à l’instar de Giselle ou Le Lac des cygnes, tout y est. Célèbre compagnies, lieux emblématiques et personnalités phares, personne ne manque à l’appel. Sublimé par des visuels d’exception et soulignant les liens indéfectibles qui unissent la danse à la musique, ce beau livre valorise les émotions et la féérie, à l’image même de son sujet.
La danse russe du vingtième siècle – Sergio Trombetta (Gremese)
On entre volontiers dans la danse menée par Sergio Trombetta pour étoffer nos connaissances sur le genre classique ! Importé des cours européennes où il séduit, le ballet arrive finalement en Russie, où il rencontre un essor monumental. Dès les années 1910, et malgré une situation politique complexe et des restrictions idéologiques, la créativité d’avant-garde explose. La danse russe du vingtième siècle rayonne alors à l’international durant de nombreuses décennies, et laisse un héritage considérable entre grandes figures (Diaghilev, Fokine, Nijinski, Balanchine, Oulanova…) et ballets dramatiques inoubliables. Un éclairage essentiel sur ce mythe !
Danse contemporaine – Rosita Boisseau et Philippe Laurent (Nouvelles éditions Scala)
Si, avec les Russes, un vent de nouveauté avait déjà soufflé, la seconde moitié du XXᵉ siècle s’inscrit elle aussi dans une dynamique de changement. Sur scène, la liberté prend le dessus : la danse s’affranchit du classicisme, explore la gravité et s’ouvre à des expérimentations inédites. Les années 1980 et 1990 marquent une rupture décisive : une génération de chorégraphes révolutionne le genre en le croisant notamment avec d’autres arts et en s’adaptant aux supports multimédias émergents. La Danse contemporaine constitue une métamorphose envoûtante, de Martha Graham à Damien Jalet, relatée par Rosita Boisseau et photographiée par Philippe Laurent.
Pour autant, la danse ne s’est pas épanouie que sur les planches des opéras ! Nées dans la rue ou les cafés, les danses populaires ont elles aussi écrit l’Histoire.
Luz flamenca – Valentina Benigni (Benigni Valentina)
Grâce au métissage culturel en Andalousie, le flamenco émerge au XIXᵉ siècle dans les cafés cantantes (cafés chantants) espagnols. Il incarne l’expression brute, la ferveur, la profondeur et le rythme. Aujourd’hui, symbole mythique du sud de l’Espagne, nombreux sont les professionnels à capturer cet art de l’émotion. C’est le cas de Valentina Benigni qui donne à voir, dans Luz flamenca, toute la richesse des récits viscéraux relatés par les pas, les gestes et les visages du flamenco.
Dictionnaire passionné du tango – Jean-Louis Mingalon, Gwen-Haël Denigot et Emmanuelle Honorin (Seuil)
Le Dictionnaire passionné du tango porte excellemment son nom : composé par trois professionnels du genre, il s’avère extrêmement bien documenté et organisé, parfait pour rendre accessible le monde puissant et magnétique du tango. À travers 500 entrées, ce guide offre une agréable balade entre biographies des grandes personnalités, lieux emblématiques, évolutions et techniques. C’est clair qu’il n’y aura pas meilleur partenaire pour découvrir le vocabulaire de cette danse venue des faubourgs de Buenos Aires et Montevideo à la fin du XIXᵉ siècle !
Danser hip hop – Rosita Boisseau et Philippe Laurent (Nouvelles éditions Scala)
Des block parties du Bronx au début des années 1970 jusqu’aux scènes du monde entier, le hip-hop s’est imposé comme le mouvement urbain et multidisciplinaire majeur de notre époque ! Danser hip hop explore ce genre protéiforme avec ses cinq chapitres captivants mettant l’accent sur l’histoire française de ce style, la place fondamentale des femmes et la force du collectif. Une fabuleuse embarcation visuelle au cœur de la pluralité des danses urbaines.
Quelques grands noms qui ont mené la danse
Isadora Duncan (1877-1927)
C’est à Isadora Duncan que nous devons les pas de la modernité. Inspirée par la Grèce antique, cette Américaine a souhaité délivrer le corps des danseuses. Adieu corsets, tutus et chaussons de pointe : elle choisit de danser pieds nus, uniquement drapée de tuniques fluides, voire nue. Elle réinvente aussi le rapport aux mouvements, au souffle, à la gravité. Son approche nouvelle séduit : Antoine Bourdelle la sculpte, elle inspire des néologismes à Fernand Divoire et Jules Grandjouan dessine Duncan – avec laquelle il a d’ailleurs une liaison. En bref, s’il s’agissait de définir la danseuse en un mot, nous pourrions opter pour libre. Isadora Duncan était ivre de liberté, avant tout dans la danse, mais aussi dans l’amour et dans la vie. Seule la mort l’aura stoppée, tragique : d’abord celle de ses deux enfants en 1913 ; et la sienne en 1927, lors d’une balade en Amilcar à Nice, son long foulard de soie s’emmêle dans les rayons de la roue, l’éjectant de la voiture et la tuant sur le coup.
Anna Pavlova (1882-1931)
Jugée trop faible et trop fragile à ses débuts, Anna Pavlova a pourtant fait forte impression et a laissé une empreinte durable sur l’univers de la danse. Aujourd’hui, elle est sans doute la danseuse étoile la plus célèbre, et un dessert porte même son nom. Eh oui, il n’y a aucun hasard à ce qu’elle ait inspiré un mets aérien, délicat et léger à un chef pâtissier ! Et pour cause : sa grâce éthérée subjuguait le public dans les représentations de Giselle ou de La Bayadère, mais surtout dans La Mort du Cygne, un solo créé pour elle et dont elle se souviendra la chorégraphie jusque sur son lit de mort. Malgré une vie personnelle souvent compliquée, elle a sillonné le monde avec la compagnie de ballet qu’elle a fondée – une première – afin de partager son amour de la danse au plus grand nombre. De la manière que Martine Plannels, si nous devions la surnommer, ce serait Anna Pavlova L’Incomparable, tout simplement.
Vaslav Nijinski (1889-1950)
Sauts vertigineux et destin tumultueux : Vaslav Nijinski demeure une légende fascinante du XXᵉ siècle ! Étoile et chorégraphe des Ballets Russes, il a marqué l’histoire par ses interprétations très expressives (Schéhérazade, Petrouchka, Le Spectre de la rose…) et a révolutionné l’histoire de la danse avec l’audacieux Après-midi d’un faune en 1912, sur la musique de Debussy inspirée du poème de Mallarmé. Or, au sommet de sa carrière, sa vie bifurque brutalement : sa relation sulfureuse avec Diaghilev prend fin lorsqu’il se marie sur un bateau avec une jeune aristocrate hongroise. Bientôt rattrapé par des crises et la dépression, Nijinski consigne ses visions dans son journal – actuels Cahiers – ultime témoignage d’un génie sombrant dans la folie avant de décéder, des années plus tard, à Londres.
Martha Graham (1894-1991)
Adolescente, Martha Graham assiste à une représentation de Ruth St. Denis qui la chamboule profondément ; ce sera ensuite à son tour de bouleverser l’histoire de la danse. Résolument moderne, elle invente la technique Graham, une méthode basée sur la respiration, entre contraction et relâchement, pour traduire les tourments de l’âme. L’un de ses plus illustres ballets, inspiré du mythe d’Ariane, n’est autre qu’Errand into the Maze, reflétant l’affrontement contre des démons personnels ; un spectacle toujours inscrit au répertoire de la Martha Graham Dance Company qu’elle a fondé en 1926. Tout au long de son existence, la danse de Martha « Grahâme » fut très expressive : une pratique personnelle du sixième art sur laquelle elle revient dans Mémoire de la danse, une autobiographie rédigée avant qu’elle ne succombe à une pneumonie en 1991 et publiée de manière posthume.
Rudolf Noureev (1938-1993)
Pointant le bout de son nez pour la première fois dans un train du Transsibérien : Rudolf Noureev laissait déjà présager un destin hors du commun ! Un peu plus de 20 ans plus tard, il fausse compagnie aux agents du KGB à l’aéroport du Bourget afin de demander l’asile. L’Occident entend alors parler de cette étoile montante de la danse soviétique avec fracas. Technique impeccable, caractère implacable, Noureev aura tout affronté dans sa vie : la pauvreté, l’exil et même la maladie. Inarrêtable, aucune scène n’a résisté à ce seigneur de la danse et il a révolutionné de nombreux ballets d’exception. Infatigable, il a défié la douleur jusqu’au bout, continuant de danser et de diriger le Ballet de l’Opéra de Paris même lorsque le SIDA l’épuise. Si Noureev, l’insoumis s’éteint en 1993, son aura et son talent, eux, brillent pour toujours
Pina Bausch (1940-2009)
Pina Bausch ne s’intéressait guère à la manière dont les gens bougeaient, mais à ce qui les faisait bouger ! Pionnière absolue du Tanztheater, traduisez danse-théâtre, la chorégraphe allemande a totalement inventé ce genre en bouleversant les codes de la danse contemporaine. En 55 créations, dont 11 spectacles majeurs, et plus de 40 présentés avec sa compagnie à travers le monde, Pina Bausch a exploré avec une humanité poignante les expériences émotionnelles : l’amitié, l’amour, la passion, la douleur, la solitude, la quête du contact, la féminité, l’identité… À travers des décors spectaculaires et des pièces mythiques comme Café Müller ou Le Sacre du printemps, son œuvre demeure universelle malgré sa disparition brutale, des suites d’un cancer, en 2009.
Une dernière danse
Les grandes étoiles du XXe siècle – Gérard Mannoni (Buchet-Chastel)
Vous en voulez encore ? On vous comprend : le sixième art est tellement intriguant ! Pour clore cette sélection sur une note lumineuse, Gérard Mannoni propose de revenir sur Les grandes étoiles du XXe siècle. À travers une galerie de photographies originales, l’ouvrage retrace les étapes clés des carrières de cinquante figures incroyables qui ont façonné le visage de la danse.
Danseuses 50 héroïnes – Rosita Boisseau (Nouvelles éditions Scala)
À l’image d’Isadora Duncan, d’Anna Pavlova, de Martha Graham ou encore de Pina Bausch, de multiples femmes ont marqué l’histoire de la danse. Pour aller plus loin et découvrir d’autres danseuses exceptionnelles, on vous propose de lire Danseuses 50 héroïnes. La journaliste spécialisée Rosita Boisseau y met en lumière les idées et les créations de chorégraphes et d’interprètes d’exception.
Tous danseurs – Dorothée de Cabissole (Marabout)
Bien qu’on manque encore de recul sur l’actualité, cela n’empêche pas Dorothée de Cabissole d’expliquer la danse d’aujourd’hui à travers 30 artistes. Tous danseurs constitue un panorama complet et coloré qui prouve que, même si les siècles précédents ont vu passer de grands noms, la relève est, de nos jours, bien assurée !
Il est maintenant l’heure de tirer notre révérence : on espère que cette sélection sur les beaux livres de danse aura su vous intéresser !