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Didier Decoin (1945-2026), l’adieu à un amoureux des mots

07 août 2026

Par La rédaction

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©AFP

Après plusieurs années de lutte contre le cancer, l’écrivain et scénariste Didier Decoin s’est éteint le 5 août 2026, à l’âge de 81 ans, à l’hôpital de Villejuif. Retour sur le parcours et les livres marquants de ce grand conteur français, prix Goncourt 1977 pour John l’Enfer et ancien président de l’Académie Goncourt entre 2020 et 2024.

Portrait d’un conteur exigeant

Fils du cinéaste Henri Decoin, Didier Decoin publie son premier roman (Le Procès à l’amour) à seulement vingt ans et ne cessera jamais d’écrire ensuite.

Pour préserver sa liberté, il choisit très tôt de mener une double carrière, romancier d’un côté, scénariste de l’autre, refusant qu’un seul métier ne dicte ses ambitions littéraires. Cette indépendance portera ses fruits dès 1977, avec le prix Goncourt qu’il reçoit pour John l’Enfer. Didier Decoin confiera plus tard combien cette récompense, loin d’être un simple honneur, était pour lui un encouragement précieux à toujours mieux écrire.

Une fidélité à la littérature qui ne le quittera jamais. Devenu président de l’Académie Goncourt de 2020 à 2024, il reste un juré assidu et passionné jusqu’au bout. Selon son fils, l’écrivain Julien Decoin, il lisait encore les romans de la rentrée littéraire quelques jours avant son décès.

Côté scénario, il avait travaillé pour le cinéma, côtoyant des figures comme Marcel Carné, Robert Enrico ou encore Henri Verneuil ; mais aussi – et surtout – à la télévision, signant de nombreux scripts originaux et adaptations. Sa mini-série Le Comte de Monte-Cristo, diffusée en 1998, lui a valu le 7 d’or du meilleur scénario l’année suivante.

Les œuvres incontournables de Didier Decoin

Voici quelques titres pour (re)découvrir l’univers de l’écrivain.

John l’Enfer (1977)

Le roman qui vaut à Didier Decoin le prix Goncourt met en scène John, laveur de vitres cheyenne perché au sommet des gratte-ciel new-yorkais. Lui seul perçoit les signes d’un effondrement annoncé de la ville, entre immeubles à l’abandon et chiens qui fuient vers les montagnes. Devenu chômeur, il croise Dorothy, jeune femme rendue aveugle par un accident, et Ashton, exilé polonais hanté par son pays. Trois destins qui se lient dans un New York fascinant et malade.

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Henri ou Henry (2006)

Dans ce récit intime, Didier Decoin revient sur la figure de son père, le cinéaste Henri Decoin, entre admiration filiale et vérité sur un homme plus complexe qu’il n’y paraît. Henri ou Henry est un texte pudique qui éclaire, en creux, le rapport de l’écrivain à ses propres origines.

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Une Anglaise à bicyclette (2011)

L’intrigue d’Une anglaise à bicyclette prend place après le massacre de Wounded Knee en 1890. Un photographe anglais veuf recueille une fillette indienne rescapée et l’élève dans un manoir du Yorkshire, au grand étonnement du village. Devenue adulte, elle reçoit en cadeau de mariage un vélo qui va changer sa vie : ses longues échappées la mènent à une troublante affaire de fées, que croira dur comme fer Arthur Conan Doyle, obsédé de spiritisme dans l’Angleterre de l’après-guerre.

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Le Bureau des jardins et des étangs (2017)

Dans le Japon du XIIe siècle, la jeune veuve Miyuki doit reprendre la charge de son mari, pêcheur réputé devant livrer des carpes aux étangs sacrés de la capitale impériale. Chaussée de sandales de paille, courbée sous sa palanche, elle traverse forêts et montagnes hostiles, affrontant brigands, orages et créatures aquatiques, portée par le souvenir de l’homme qu’elle a tant aimé. Le Bureau des jardins et des étangs est un roman d’initiation salué pour la beauté de son écriture.

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Maypops (2026)

Publié quelques mois avant la mort de l’auteur, Maypops s’inspire de l’affaire George Stinney Jr, adolescent noir de quatorze ans, exécuté en 1944 en Caroline du Sud, après un procès expéditif mené dans une petite ville rongée par la ségrégation. Sa condamnation ne sera annulée que soixante-dix ans plus tard. Fidèle à son goût pour les faits divers et l’Histoire, Didier Decoin y signe un texte poignant sur l’injustice raciale et l’erreur judiciaire. Un dernier livre, qu’on vous recommande vivement !

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Avec la disparition de Didier Decoin c’est une certaine idée de l’homme de lettres qui s’éteint : celle d’un écrivain exigeant, resté fidèle à la langue française jusqu’à ses derniers jours, et celle d’un passeur infatigable, convaincu que la littérature méritait qu’on s’y batte sans relâche. L’Académie Goncourt, dont il fut l’une des figures les plus engagées, salue la qualité de son œuvre, qui continuera d’accompagner des générations de lecteurs.

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