Alors que les films policiers ne cessent de se réinventer sur nos écrans, le polar made in France conserve sa place immuable. Flics bourrus, ruelles sombres, suspects insaisissables, enquête vertigineuse et jungle urbaine : zoom sur les 10 meilleurs films du genre.
Le polar en France, c’est bien plus qu’une simple histoire de brigands et de policiers. C’est une atmosphère poisseuse, un sens du tragique exacerbé et surtout, des personnages d’enquêteurs souvent au bord de la rupture. De la traque obsessionnelle d’un tueur en série au quotidien brut des brigades de stup, sélection des meilleurs films polars français à (re)voir absolument.
Le Boucher, Claude Chabrol (1970)
Dans un petit village du Périgord, une institutrice (Stéphane Audran) se lie d’amitié avec le boucher local (Jean Yanne). Alors que la région est touchée par une série de meurtres de jeunes filles, elle commence à soupçonner son nouvel ami…
Sommet de Claude Chabrol, Le Boucher est un polar psychologique d’une finesse absolue. Le cinéaste, pilier de la Nouvelle Vague, filme avec une cruauté paradoxalement tranquille, la naissance du soupçon dans la France rurale. Une œuvre avant-gardiste transformant une simple enquête de village en une tragédie humaine universelle.
Peur sur la ville, Henri Verneuil (1975)
Le commissaire Jean Letellier (Jean-Paul Belmondo) est un flic de terrain marqué par l’échec de sa précédente affaire. Assigné à la brigade criminelle, il se lance à la poursuite du dénommé Minos, un tueur en série qui rode dans Paris et assassine les femmes qu’il juge comme étant immorales.
Peur sur la ville, en véritable thriller urbain, est d’une redoutable efficacité. Henri Verneuil y mélange habilement enquête policière classique et grand spectacle, offrant à Belmondo l’un de ses meilleurs rôles.
Police Python 357, Alain Corneau (1976)
L’inspecteur Marc Ferrot (Yves Montand), solitaire et rigoureux, entretient une liaison avec une jeune femme qui est également la maîtresse de son supérieur (François Périer). Lorsqu’elle est assassinée par ce dernier, Ferrot se retrouve chargé de l’enquête, devant aller à l’encontre des preuves qui l’accusent.
Avec Police Python 357, Alain Corneau nous offre un polar sec et nerveux, fortement influencé par le cinéma américain. Un long-métrage immanquable au trio d’acteurs impérial.
Garde à vue, Claude Miller (1981)
Le soir de la Saint-Sylvestre, Jérôme Martinaud (Michel Serrault), un notaire local, est convoqué au commissariat pour être entendu sur le double viol et homicide de deux fillettes. Face à lui, l’inspecteur Gallien (Lino Ventura), persuadé de sa culpabilité, va tout faire pour obtenir des aveux.
Huis clos psychologique d’une tension insoutenable, Garde à vue repose sur un duel d’acteurs d’anthologie. Claude Miller y emploie la parole comme une arme, révélant les fêlures et les secrets les plus sombres. Un sommet d’écriture cinématographique.
Tchao Pantin, Claude Berri (1983)
Cap sur Belleville. Lambert (Coluche), un pompiste alcoolique, dépressif et solitaire, rencontre Bensoussan (Richard Anconina), un petit dealer. Au fil des nuits, les deux hommes se lient d’amitié jusqu’au jour où Bensoussan se fait violemment assassiner.
C’est le film de la cassure pour Coluche, qui nous offre ici une prestation bouleversante de sobriété. Tchao Pantin, polar crépusculaire et poisseux, a marqué toute une génération par la mélancolie de sa déambulation nocturne dans un Paris oublié.
L.627, Bertrand Tavernier (1992)
Lucien (Didier Bezace), un enquêteur de terrain passionné par son métier, est intégré à une brigade de stupéfiants aux moyens dérisoires. Il y documente tout : le quotidien ingrat, les planques interminables et la misère humaine liée au trafic de drogue du Paris des années 90.
Loin des cascades et des fusillades héroïques, L.627 (nom tiré de l’article du Code de la santé publique portant sur les stupéfiants) est une œuvre quasi-sociologique, tant Bertrand Tavernier filme le terrain avec réalisme.
36 quai des Orfèvres, Olivier Marchal (2004)
Léo Vrinks (Daniel Auteuil), chef de la BRI, et Denis Klein (Gérard Depardieu), chef de la BRB, sont appelés à arrêter un gang de braqueurs de fourgons. À la clé ? La direction du 36 quai des Orfèvres. Une compétition rude s’installe alors entre les deux hommes, réveillant, au passage, des trahisons passées.
Honneur et déchéance se font face sous la grisaille parisienne. Pensé par Olivier Marchal, ancien inspecteur reconverti dans le cinéma, 36 quai des Orfèvres dépeint la police comme une véritable tragédie grecque.
La French, Cédric Jimenez (2014)
Marseille, 1975. Pierre Michel (Jean Dujardin), juge de grande instance, décide d’affronter la « French Connection », une organisation mafieuse exportant de l’héroïne partout dans le monde. Face à lui, Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche), parrain intouchable, ne compte pas se laisser faire.
Vibrante plongée dans les années 70, La French brille par son rythme effréné. Le réalisateur de Bac Nord, Cédric Jimenez, réussit le pari du grand polar populaire, porté par un duo d’acteurs monumentaux du cinéma français.
L’Affaire SK1, Frédéric Tellier (2015)
À travers le regard de Franck Magne (Raphaël Personnaz), un jeune inspecteur qui fait ses débuts au 36 quai des Orfèvres, nous suivons, sur près de dix ans, la traque titanesque de Guy Georges, le tueur en série de l’est parisien.
D’une rigueur documentaire, L’Affaire SK1 évite tous les pièges du voyeurisme pour se concentrer sur l’enquête même. Une plongée réaliste, sobre et haletante dans l’horreur d’une affaire ayant marqué l’histoire judiciaire française.
La Nuit du 12, Dominik Moll (2022)
Tout juste nommé chef de groupe à la PJ de Grenoble, Yohan (Bastien Bouillon) va s’enfoncer dans une enquête obsessionnelle visant à déceler l’assassin de Clara, une jeune femme brûlée vive alors qu’elle rentrait chez elle.
Inspiré de la terrible affaire Maud Maréchal, La Nuit du 12 fut le grand vainqueur des César 2023. Dominik Moll signe un polar engagé et féministe, mettant en lumière les défaillances d’un système face aux violences faites aux femmes. Un grand film (très) noir, qui hante durablement.