Pas de bédéthèque idéale sans y inscrire le genre (auto)biographique ! Les auteurs se racontent ou dépeignent des histoires hors du commun, avec toujours un talent monstre. D’un bluesman qui aurait vendu son âme au diable à une dessinatrice de Charlie Hebdo qui réapprend à vivre après l’horreur, en passant par l’enfance d’un futur tueur en série ou celle d’un enfant adopté en quête de ses origines : cette sélection se compose de dessins aussi singuliers que les vies qu’ils racontent.
Le meilleur des BD biographiques
| Titre | Auteur | Ton | Idéal pour |
| Love in Vain, Robert Johnson 1911-1938 | Jean-Michel Dupont et Mezzo | Sombre, mystique, envoûtant | Les fans de blues, amateurs de biographies musicales habitées |
| Kiki de Montparnasse | Catel et José-Louis Bocquet | Enlevé, flamboyant, vivant | Les passionnés d’histoire de l’art et des années folles, lecteurs friands de portraits de femmes libres |
| Mon ami Dahmer | Derf Backderf | Dérangeant, clinique | Les adeptes de true crime et de psychologie criminelle, curieux de connaître la génèse d’un tueur |
| Glenn Gould, une vie à contretemps | Sandrine Revel | Sensible, mélancolique, virtuose | Les mélomanes, fans de portraits de génies tourmentés |
| Anaïs Nin, Sur la mer des mensonges | Léonie Bischoff | Sensuel, vibrant, introspectif | Les lecteurs de littérature intime qui apprécient les récits d’émancipation féminine |
Love in Vain, Robert Johnson 1911-1938 – Jean-Michel Dupont et Mezzo (Glénat)
Véritable légende de la musique blues, Robert Johnson maîtrise la guitare, l’harmonica et le chant. Love in Vain retrace sa vie, mais pas seulement. Cette BD brosse aussi le portrait de l’Amérique ségrégationniste des années 1930. Entre le travail aux champs et les difficultés financières flotte une atmosphère mystique autour de ce musicien que l’on connaît à peine et qui prétend avoir passé un pacte avec le Diable. Amateurs de blues, Jean-Michel Dupont et Mezzo lui rendent hommage avec des illustrations en noir et blanc intenses et émouvantes. Un portrait habité, à la mesure du mythe.
Les Clandestines de l’Histoire : Kiki de Montparnasse – Catel et José-Louis Bocquet (Casterman)
Née dans la pauvreté, Kiki va prendre son destin en main et devenir la muse du Montparnasse des années folles. Artiste et femme libérée, elle rencontrera et inspirera certains des plus grands noms de l’époque (Man Ray, Foujita…) Cette BD biographique nous emporte avec délice dans la vie passionnante d’une femme hors-norme, icône d’une époque. Et après le succès de Kiki de Montparnasse, la dessinatrice Catel et le scénariste José-Louis Bocquet ont continué à mettre en avant le destin de femmes extraordinaires avec la publication de Joséphine Baker, d’Olympe de Gouges et bien d’autres. Inspirant !
Mon ami Dahmer – Derf Backderf (Çà et Là)
Derf Backderf raconte son amitié avec « le cannibale de Milwaukee », l’un des plus terrifiants serial killers américains, à l’époque où il n’était encore qu’un jeune homme un peu dérangé. Regroupant les informations légales glanées çà et là après son arrestation et rassemblant ses souvenirs, l’auteur retrace le parcours chaotique de Jeffrey Dahmer, du lycée jusqu’à son tout premier meurtre. Il nous livre ainsi son témoignage cathartique de la genèse d’un monstre. Mon ami Dahmer a reçu le Fauve Révélation au Festival d’Angoulême 2014 : une bande dessinée choc, à la lisière du documentaire. Dérangeante, brutale et sans concession, sa lecture ne laissera personne indemne.
Gleen Gould, une vie à contretemps – Sandrine Revel (Dargaud)
Star planétaire du piano classique, Glenn Gould arrête pourtant sa carrière de concertiste en plein succès, à 31 ans, pour se consacrer aux seuls studios d’enregistrement. Sandrine Revel explore les zones d’ombre de ce génie solitaire, hypocondriaque, habité par la musique jusqu’à l’obsession, de sa précocité fulgurante à ses interprétations légendaires des Variations Goldberg de Bach. Entre virtuosité et fragilité, l’autrice relève le défi de dessiner le son et le rythme d’un homme qui semblait vivre une vie à contretemps du monde, pour un portrait sensible d’une des personnalités les plus fascinantes du XXe siècle musical.
Anaïs Nin, Sur la mer des mensonges – Léonie Bischoff (Casterman)
Paris, début des années 1930. Anaïs Nin étouffe dans son rôle d’épouse de banquier, tiraillée entre deux continents et trois langues qui ne lui offrent aucune place fixe. Son journal intime, tenu depuis l’enfance, devient son unique échappatoire pour exprimer fantasmes, ambiguïtés et sensualité qui couve, jusqu’à sa rencontre avec Henry Miller, point de bascule vers le désir assumé. Léonie Bischoff choisit le crayon de couleur multi-mines pour donner à ses planches un éclat mouvant, vibrant, sensuel, charnel, à l’image de son sujet. Anaïs Nin, Sur la mer des mensonges capte avec finesse la naissance d’une écrivaine en quête d’émancipation.
Le meilleur des BD autobiographiques
| Titre | Auteur | Ton | Idéal pour |
| Couleur de peau : Miel | Jung | Pudique, touchant | Les curieux d’histoire de la Corée ou de l’adoption internationale |
| La Légèreté | Catherine Meurisse | Lumineux, poétique | Les lecteurs en quête de résilience, ceux qui voient l’art et la littérature comme remède |
| L’Arabe du futur | Riad Sattouf | Drôle, grinçant, lucide | Les amateurs d’humour caustique, qui ont envie d’en savoir davantage sur la géopolitique du Moyen-Orient dans les années 1980 |
| L’Ascension du Haut Mal | David B. | Onirique, âpre | Les adeptes de fantastique, les sensibles émus par les récits sur la maladie et la fratrie |
| Ce n’est pas toi que j’attendais | Fabien Toulmé | Cru, sincère, tendre | Ceux en quête de témoignagnes sur le handicap et la parentalité |
Couleur de peau : Miel – Jung (Soleil)
Jung avait 5 ans quand une famille belge l’a adopté, lui l’orphelin errant dans les rues de Séoul. Entre humour et pudeur, l’auteur raconte son intégration, ses mensonges d’enfant, ses petits larcins, et cette identité coréenne qu’il porte sans la comprendre. Devenu adulte, il enquête sur l’histoire de l’adoption en Corée, marquée par la guerre, la misère et le statut des mères célibataires, alors privées de tout droit sur leur enfant. Couleur de peau : Miel donne une voix rare, celle de l’enfant adopté, et interroge avec finesse ce que « famille » signifie.
La Légèreté – Catherine Meurisse (Dargaud)
Comment redessiner quand on a survécu à l’impensable ? Catherine Meurisse, rescapée de l’attaque contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, ne raconte pas le drame : elle en explore les suites, cette panne durable de créativité et d’émotion. Sa reconstruction passe par les lieux qui l’apaisent, l’océan, le Louvre, la Villa Médicis, et par une culture littéraire mobilisée comme rempart contre l’horreur. Couronné du prix Wolinski, La Légèreté fait le pari de la beauté, et quelque fois de l’humour inattendu, pour raconter le deuil, sans jamais en atténuer la gravité.
L’Arabe Du Futur (Série en 6 tomes) – Riad Sattouf (Allary)
Dans ce roman graphique à succès, Riad Sattouf, né d’une mère bretonne et d’un père syrien, nous raconte ses jeunes années d’expatrié. À travers ses yeux d’enfant, il nous livre sa vision de la Syrie et de la Libye des années 1980. Il peint ces pays dans toute leur beauté, mais souligne également le choc culturel auquel il est confronté. Riad Sattouf est un auteur reconnu pour son œuvre multiple. Il a exploré l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, mais pour la première fois dans L’Arabe Du Futur, il se raconte véritablement au travers d’une BD à la fois drôle et touchante, parfois grinçante, mais indéniablement authentique.
L’Ascension du haut mal – David B. (L’association)
Et si la pathologie d’un frère façonnait toute l’imagination d’un futur bédéiste ? Quand Jean-Christophe, le frère aîné de David B., commence à faire des crises d’épilepsie à 7 ans, c’est toute la famille qui part en quête de remèdes, entre médecine classique impuissante, gourous et régimes macrobiotiques. Le jeune David, surnommé Fafou, se réfugie, lui, dans un monde peuplé de guerriers mongols et de dieux égyptiens pour lutter contre la culpabilité de ne pas être malade lui-même. L’Ascension du haut mal mêle noir et blanc âpre et onirisme pour raconter l’enfance à l’ombre d’une maladie. Une BD incontournable aussi bien pour le sujet qu’elle traite que pour son graphisme incroyable.
Ce n’est pas toi que j’attendais – Fabien Toulmé (Delcourt)
Il faudra du temps à Fabien Toulmé pour aimer sa fille. Après un retour en France depuis le Brésil, il découvre à la naissance de Julia une trisomie 21 que la grossesse n’avait pas révélée. Rejet, incapacité à la prendre dans ses bras, honte de ses propres pensées : il ne s’épargne aucune vérité inconfortable sur ces premiers mois. Loin du témoignage misérabiliste, Ce n’est pas toi que j’attendais raconte plutôt un apprentissage, celui d’un amour qui ne va pas de soi mais qui finit par s’imposer, page après page.