Sélection

Les films de Cédric Klapisch : un cinéma générationnel

05 août 2022
Par Lucie
Les films de Cédric Klapisch : un cinéma générationnel

Le cinéma de Cédric Klapisch a vraiment un air de famille… Une belle famille façonnée au gré de ses rencontres devant la caméra. Romain Duris dans Le Péril jeune, Renée Le Calm dans Chacun cherche son chat, Ana Girardot et François Civil dans Ce qui nous lie, et dernièrement la danseuse Marion Barbeau dans En Corps. Bouffée d’air frais pour le cinéma français, son succès ne peut que nous enchanter. Retour sur la carrière de ce réalisateur chroniqueur de notre époque.

Le Péril jeune – 1994

Les années lycée…

le péril jeune

« – Groupe Anarchie Dure… Pourquoi G.A.G. ?

– Parce que transatlantique monsieur. »

Seventies, féminisme et lutte des classes, sexe, drogue et rock’n roll… Avec Le Péril jeune, Cédric Klapisch croquait le quotidien d’une bande de jeunes lycéens parisiens, au milieu des années 1970. À l’affiche, des débutants aux frimousses juvéniles : Vincent Elbaz, Élodie Bouchez, Hélène de Fougerolles et, bien sûr, Romain Duris, qui deviendra l’acteur fétiche du réalisateur. D’abord diffusé sur Arte en 1994 dans le cadre d’un cycle consacré aux Années Lycée, le film rencontre un tel succès qu’il se voit offrir les honneurs du grand écran l’année suivante. Film culte au charme fou, il posait les bases du cinéma de Klapisch : une photographie de notre époque à travers l’intime banalité de notre quotidien.

Chacun cherche son chat – 1996

Balade sociologique

chacun cherche son chat

« Tu peux vraiment pas garder Gris-Gris ?

– Non ! Putain, t’as qu’à le balancer sur le bord de l’autoroute comme tout le monde. »

C’est la mère Renée qui a perdu le chat noir de Chloé, Gris-Gris… Cela ne devait être qu’un court-métrage, mais, emporté par son élan, Cédric Klapisch a finalement choisi de laisser libre cours à son envie de raconter cette touchante chronique de la vie parisienne. Chacun cherche son chat, c’est un cinéma de quartier « à la new-yorkaise ». Ici, les faubourgs de La Bastille et du 11e arrondissement de la capitale se sont substitués au Greenwich Village de Big Apple. Au prétexte d’une improbable chasse au félidé, Klapisch ausculte avec tendresse un tissu social fragile, entre fracture et solidarité. À l’affiche, Duris, encore, un excellent Zinedine Soualem et surtout Renée Le Calm dans son propre rôle, autre figure fétiche du cinéma de Klapisch. Partie centenaire en juin dernier, elle reste cette Parisienne devant l’Éternel à la gouaille inoubliable.

Un air de famille – 1996

Ça rit là où ça fait mal

un air de famille

« C’est pour les enfants que ça doit être dur. Heureusement qu’ils n’en ont pas. »

 

1996 encore, Cédric Klapisch surfe sur la vague de l’inspiration et, à la demande d’Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, il se lance dans l’adaptation de leur comédie tranchante et pince-sans-rire Un air de famille. À l’écran, la même troupe que sur les planches : Bacri, Jaoui mais aussi Catherine Frot, Jean-Pierre Darroussin, Wladimir Yordanoff et Claire Maurier. Une famille en or pour un formidable dîner à l’arsenic dialogué au cordeau, où les faux-semblants finissent par se fissurer et laisser place à des séries de duels à boulets rouges. Un régal d’écriture et de jeux d’acteurs !

L’Auberge espagnole – 2002

Le choc des cultures 

l'auberge espagnole

« Je suis lui, lui, lui et lui aussi et lui aussi, et je suis lui aussi, et puis lui, lui je veux pas le décevoir. Je suis elle, elle, et elle aussi, je suis français, espagnol, anglais, danois, je suis pas un mais plusieurs. Je suis comme l’Europe, je suis tout ça, je suis un vrai bordel. »

 

En 2002, L’Auberge espagnole affiche complet avec près de trois millions d’entrées. Une consécration pour le duo Klapisch-Duris. L’acteur y tient une nouvelle fois le haut de l’affiche dans le rôle de Xavier, jeune étudiant en quête/perte de repères, qui décide de partir un an à Barcelone dans le cadre d’un programme Erasmus. À ses côtés, entre autres, un excellent casting féminin avec Cécile de France, Judith Godrèche, Audrey Tautou et Kelly Reilly. Le résultat, c’est un énergique et joyeux choc des cultures ! Une réjouissante et dépaysante comédie linguistique doublée d’une pertinente réflexion sur les enjeux existentiels d’une jeunesse européenne. Réflexion que Klapisch décidera de poursuivre à travers deux autres opus, Les Poupées russes en 2005 et Casse-tête chinois en 2013, respectivement consacrés aux caps tout aussi emblématiques de la trentaine et de la quarantaine.

Ce qui nous lie – 2017

Pèlerinage viticole

Ce-qui-nous-lie-Inclus-le-single-de-Camelia-Jordana

« L’amour c’est comme le vin : faut du temps… »

 

Jusque-là plutôt connu pour ses explorations urbaines – parisiennes, barcelonaises, pétersbourgeoises ou new-yorkaises –, Klapisch investit les champs et les vignes dans Ce qui nous lie. Un hommage à ses années d’enfance initiatiques où il s’en retournait en terres bourguignonnes avec son père, le temps de quelques dégustations vinicoles. De la vigne, le cinéaste en fait ici un tendre et drôle de théâtre d’opération familial où il filme une nouvelle fois des existences fragiles en construction, celles de deux frères (Pio Marmaï et François Civil) et une sœur (Ana Girardot) confrontés aux délicates questions de l’héritage et de la transmission.

Découvrez notre portrait : François Civil crève l’écran

Deux moi – 2019

Le droit d’être heureux

« Faites confiance à la vie ! »

Ana Girardot et François Civil sont de nouveau de la partie dans le long métrage de Cédric Klapisch, Deux moi. Un duo que viennent compléter, entre autres, François Berléand et la sémillante Camille Cottin. L’histoire, c’est celle de deux trentenaires à l’ère des réseaux sociaux, deux solitudes égarées dans le même quartier de Paris qui, en suivant chacun leur trajectoire, pourraient bien finir par se retrouver au bout du chemin… Bref, du Klapisch dans le texte. Une sorte d’update de Chacun cherche son chat à travers laquelle le réalisateur continue d’interroger le lien social, nos petits plaisirs et nos angoisses. L’occasion également de filmer les forces modernes qui viennent agiter cette bonne vieille ville de Paris. De voir ce qui change ou, au contraire, ce qui perdure… Toujours avec ce regard optimiste et bienveillant.

En corps – 2022

Un souffle de bienveillance

 
En Corps DVD

« Si tu construis ta vie sur ton corps, à 35 ans, tu es la retraite, tu es obligé d’avoir deux vies. »


Dans En corps, Klapisch choisit de réels danseurs pour jouer les acteurs, et non le contraire. De quoi vraiment crédibiliser le message et l’histoire que véhicule ce long métrage. A la manière du réalisateur sont abordées des thématiques assez angoissantes ou taboues, qui tout de même sont très proches de chacun : la reconversion professionnelle, le jugement de l’entourage, l’acceptation d’un destin pas toujours choisi… Elise (Marion Barbeau), danseuse étoile de 26 ans subit une violente et inattendue blessure, l’obligeant à repenser, endosser mais aussi accepter sa nouvelle vie. Une belle leçon de tolérance et d’indulgence, tout cela sans se passer d’humour dans une ambiance feel good. Pio Marmaï et François Civil sont à nouveau de la partie, tous deux hilarants dans leur rôle respectif.

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Article rédigé par
Lucie
Lucie
rédactrice cinéma sur Fnac.com
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