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Mika, portrait d’un dandy pop

30 novembre 2023
Par Mathieu M.
Mika, portrait d’un dandy pop

Des années après Boum Boum Boum ou Elle me dit, Mika retrouve la langue de Molière pour son nouvel album Que ta tête fleurisse toujours, entièrement en français. Un disque sur lequel, selon ses dires, il use du français pour mieux dévoiler sa sphère privée et chanter l’amour. Portrait d’un artiste américano-britannique d’origine libanaise qui, depuis ses débuts, se joue des barrières.

Mika, l’homme par qui la pop arrive

C’était il y a bientôt dix-sept ans. Les ondes européennes diffusaient en boucle Relax (Take It Easy), Grace Kelly, Love Today, Big Girl (You Are Beautiful). Et un vent de fraîcheur soufflait sur la pop mondiale : le jeune Mika, inconnu quelques mois auparavant, ressuscitait l’époque des disques d’Elton John ou de Michael Jackson, avec pléthore de singles et de clips, des refrains fleurant bon le tube et une personnalité extravagante aux visuels artisanaux parfaitement adaptés à son univers.

À 24 ans, l’homme cartonne, et son album Life in Cartoon Motion parvient au sommet des charts en France et en Angleterre. La réussite de Mika ici débute dès cette époque : parlant français (il a été à l’école primaire en France), il incarne le nouveau visage de la musique européenne, possède une aura universelle qui séduit un public hexagonal plus enclin, d’habitude, à consacrer les artistes chantant en français.

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« Mes disques reflètent des phases de ma vie », explique Mika, qui assure que son premier album a été pensé « comme un disque simple, à l’écriture simple ». Son horizon ? La mélodie, toujours la mélodie, et (quasiment) rien que la mélodie : la recherche du couplet/refrain gagnant anime celui qui aime aussi à disséminer des éléments autobiographiques ou politiques au milieu de ce qui a l’air d’une chanson innocente. Preuve en est, son plus grand tube Relax, Take It Easy, provient d’une image saisissante : encore inconnu, Mika entrait dans le métro de Londres lorsqu’une annonce sonore demanda aux voyageurs de quitter les stations ; c’est par ce message qu’il apprenait les terribles attentats de Londres, en 2005. Malgré le caractère enjoué de la mélodie, les paroles évoquent en effet « le bout de la ligne », des trains « éventrés » et déploie un paysage mental cauchemardesque. Pour l’artiste, cette manière d’en dire plus de manière simple reste fondamentalement pop : « je fais sans penser, sans calcul, c’est du chaos que sortent les choses les plus honnêtes » révèle l’artiste en interview.

Une carrière multiple et des engagements précieux

Changer d’optique et de projet à chaque album, tout en restant fidèle à son propre ADN : voilà comment Mika définit lui-même sa manière de puiser l’inspiration. « Le premier disque était simple, le deuxième compliqué… Le troisième est devenu plus simple, le quatrième plus éclectique ». Après le carton de Life in Cartoon Motion, The Boy Who Knew Too Much et les singles comme We Are Golden ou Rain ont eu plus de mal à s’imposer dans les charts… hormis en France. Le disque, plus sombre, évoque l’adolescence et ses turpitudes. Pour le chanteur, la période de sortie d’enfance correspond au début de sa vocation musicale, arrivée après une douloureuse expérience de harcèlement scolaire. « J’ai érigé mon propre système de valeurs à la suite du harcèlement dont j’ai été victime, parce que les harceleurs gagnent s’ils parviennent à écraser cette part de rêve et de créativité que l’on a en nous lorsqu’on est enfant », précise Mika, qui a fait du combat contre le harcèlement à l’école l’un de ses engagements les plus forts. En témoigne sa prise de parole aux côtés de Brigitte Macron en novembre, dans le cadre de la Journée nationale dédiée à cette problématique.

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En 2011, Mika met en chantier son troisième album, The Origin of Love, avec l’idée de revenir à plus de simplicité, et de surprendre. À l’été, il dévoile un titre en français, mettant en scène Fanny Ardant, Elle me dit. Avec ses paroles « burlesque », son thème (toutes les choses terribles qu’une mère peut asséner à son fils), son clip (avec Fanny Ardant), Mika décroche son tout premier tube écrit en français. On y découvre à cette occasion « le français de Mika » : les inventions langagières de l’artiste fourmillent, son co-parolier Doriand lui laissant carte blanche quand une phrase ou un mot apparaît comme « étrange » pour les aficionados de la langue française « classique ».

Trois ans plus tard, c’est un autre titre francophone qui assure à Mika un nouveau succès : Boum Boum Boum. Cette chanson, qui parle à la fois d’érotisme et d’homophobie, lui assure une aura supplémentaire, en tant qu’icône pop. À la même période, l’artiste a intégré le jury de The Voice, dont il coache l’un des candidats, qui devient le gagnant de la saison, Kendji Girac. En Italie, il participe également à un télécrochet similaire, X Factor. Une place de choix pour un spécialiste de la variété européenne sous toutes ses coutures…

Avec My Name Is Michael Hollbrook, en 2019, Mika s’attaque à un morceau de bravoure : le concept-album. Autour de sa vie, de ses amours, l’artiste raconte une histoire le temps d’un album, comme l’ont fait avant lui Queen (A Night At The Opera) ou Bowie. Des idoles que le garçon garde en tête depuis ses débuts, et dont il poursuit l’ambition artistique : faire de la pop efficace mâtinée de thèmes métaphysiques et spirituels.

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Un nouvel album intimiste

Depuis deux ans, la vie de Mika a bien changé : après l’annulation de sa tournée en 2020 en raison de la pandémie, le chanteur a eu la douleur de perdre sa mère, qui faisait partie de son équipe artistique et dont il a évoqué à plusieurs reprises le caractère dans son œuvre. Outre une nouvelle participation à The Voice, le chanteur se livre dans le même temps à une nouvelle expérience, en composant la bande originale de Zodi et Téhu, frères du désert. « Le travail pour le cinéma implique un grand nombre de personnes », explique Mika, « mais pour le nouvel album, je souhaitais m’entourer d’une petite équipe, afin de développer son caractère intimiste ». Aussi, deux co-paroliers et deux producteurs seulement accompagnent l’artiste sur Que ta tête fleurisse toujours, un disque entièrement en français.

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Hommage d’un artiste cosmopolite à une terre d’adoption, l’album évoque la langue de Molière, des figures élevées au rang de mythes (la chanson sur Jane Birkin, enregistrée avant le décès de l’ancienne muse de Gainsbourg, en est un bel exemple) et des sentiments très ancrés dans l’imaginaire hexagonal. Musicalement, Mika reste un artiste pop, même lorsqu’il franchit une barrière linguistique.

Mais au fait, pourquoi ce passage soudain à la langue française ? « J’aime les challenges, et j’aime les choses inattendues : en utilisant cette langue, plutôt que l’anglais, j’avais l’impression de pouvoir être plus intimiste, de me livrer vraiment » répond Mika. Et l’artiste d’abonder en ce sens : « il y a une chanson où j’emploie le mot « baiser » [au sens sexuel du terme], je n’aurais jamais pu utiliser l’équivalent anglais que ce soit f*ck ou make love ». Seize ans après ses grands débuts, Mika n’a donc jamais été si explicite, et prouve que son talent se défie des barrières, fussent-elles linguistiques ou culturelles

Retrouvez Mika en tournée à partir de mars 2024 !

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Article rédigé par
Mathieu M.
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