Décryptage

Musique en capitale : Kingston

17 août 2023
Par Christophe Augros
Musique en capitale : Kingston

Kingston, capitale de l’île de la Jamaïque, compte un peu moins d’un million d’habitants. Son climat tropical humide se divise en deux grandes saisons : la sèche de décembre à avril et l’humide de mai à novembre. Son quartier le plus connu est Trenchtown, berceau des grandes stars du reggae.

La musique, les origines

Pour la planète dans son ensemble, la Jamaïque, c’est le reggae. Aussi surprenant que cela puisse être, le reggae trouve son origine dans le R&B de la Nouvelle-Orleans. L’origine principale du reggae, c’est le ska, une rythmique rapide et dansante basée sur le R&B de la Nouvelle-Orleans que les artistes jamaïcains entendaient sur les radios. Le ska est très populaire sur l’île dans les années 1960. Il était joué par des instruments électriques et par une grande section de cuivres. R&B américain, calypso et différents courant musicaux des Caraïbes en sont les composantes. Desmond Dekker, les Skatalites, les Gladiators ainsi que Toots & The Maytals en étaient les leaders.

Du ska au reggae

Parfois, les changements ont des origines très simples. Comment en est-on passé du ska au reggae ? Eh bien à cause du climat ! Un été, les chaleurs sont tellement fortes qu’il devient difficile voire impossible de danser. Les musiciens ralentissent le tempo du ska : le reggae est né. Ensuite, le reggae sera aussi varié que le blues. Mélodique, on le nommera Rocksteady et Alton Ellis en sera le maître. Croisé avec la pop, il deviendra le domaine de Bob Marley. Lorsque le mélange se fera avec des musiques psychédéliques, il se transformera en Dub, royaume de Lee ‘Scratch’ Perry. Avec l’arrivée du rap, le raggamuffin dominera un temps.

image

© AFP

Du reggae au rap

Le rap est né à New-York grâce à des immigrés jamaïcains originaires de Kingston. Grâce à un immigré devrais-je dire. En effet, Kool DJ Herc, considéré comme le père de la culture hip-hop est né à Kingston en 1955. Il arrive à New-York, dans le Bronx, en 1967. On connait la suite. L’expression même du rap vient des toasters jamaïcains qui scandaient des textes en rythme sur la musique.

Le rocksteady

Genre né à Kingston, le rocksteady est du ska joué moitié moins vite. La bass et le piano remplacent le trombone. Les textes sont plus politisés et plus sociaux. De plus, une plus grande importance est donnée aux harmonies. Les Heptones, Ken Boothe, Alton Ellis et Sly Dunbar en étaient les grands noms.

Ken-Boothe-by-Bryan-Kremkau-759x542

© Bryan Kremkau

Chris Blackwell et Bob Marley

De par ses origines et grâce à des séjours en Angleterre, Bob Marley sera le premier à utiliser la pop dans le reggae. Avant d’avoir cette idée, il jouait une musique folklorique classique. Il suffit d’écouter son titre Judge Not ou One Cup Of Coffee sur le CD 1 du coffret Songs Of Freedom qui lui est consacré pour s’en rendre compte. La rencontre avec le londonien Chris Blackwell est déterminante. Il donne à Marley des moyens et du matériel technique introuvables en Jamaïque. Ensemble, il crée le reggae moderne qui plaira à la planète entière. La voix, le génie de Marley à l’écriture et la composition et son charisme feront le reste.

Quelques Grands Noms

Ils sont de Kingston et ont marqué la musique reggae :

Gregory Isaacs

Icône du reggae sensuel grâce à sa voix de velours. Entre 1975, date de son premier album et jusqu’à son décès en 2010 à Londres, plus de cent albums dans sa discographie. Les plus connus sont Cool Ruler, Soon Forward, Night Nurse et Judge Not. La légende dit que plus de 500 albums porteraient son nom. Le meilleur album de Gregory Isaacs à ce jour encore disponible est ce best of.

1

© Getty Images

Sean Paul

À 50 ans, Sean Paul a plus de vingt ans de carrière. Il se fait connaitre au début des années 2000 avec l’album Dutty Rock. Il est un des leaders du courant dancehall né dans les années 1980. Le Dancehall, c’est du reggae avec un DJ, un chanteur et du rap. Les rythmiques jouées avec des machines sont plus rapides que celles du reggae. Barrington Levy, Freddie McGregor, Buju Banton, Shabba Ranks puis Shaggy et Sean Paul en sont les grands noms, entre autres. Aujourd’hui, l’essentiel de son œuvre est sur cet album.

 Sean Paul - 1

Buju Banton

Buju Banton a lui aussi a 50 ans et lui aussi a été leader de la scène dancehall avant de se tourner vers un reggae plus traditionnel. Ses grands enregistrements se font dans les années 1990. Ses albums Voice Of Jamaica (1993) et Til Shiloh (1995) ont marqué leur temps. Le monsieur a travaillé avec John Legend, Snoop Dogg et Pharrell Williams, entre autres.

buju-banton-2020-press-cr-Shawn-Theodore-billboard-1548-1594752810

© Shawn Theodore

Ziggy Marley

Né en 1968, le fils de Bob a eu du mal à s’imposer sous son nom. Normal, être fils d’icone n’est pas chose facile. Ziggy Marley s’est fait connaitre avec son groupe Melody Makers avant d’oser s’imposer en solo. Un album fabuleux : son Dragonfly de 2003 qui contient les titres True To Myself et Melancholy Mood.

ziggy-marley-gettyimages-634983744

© Getty Images

Burning Spear

Comme Bob Marley, Burning Spear est originaire de la baie de St Ann où il voit le jour. C’est dieu Bob qui lui conseille de se rendre à Kingston et c’est toujours dieu Bob qui le présente à Coxsone Dodd, producteur légendaire des Studio One. Des albums fabuleux chez Studio One d’abord, chez Mango / Island ensuite. Citons ici Marcus Garvey en 1975 suivi de Man In The Hills un an plus tard et du Live en 1977. Une quarantaine d’albums entre 1973 et 2015.

52f66c1600f61 © Burning Spear Music/Burning Spear

À lire aussi

Décryptage
20 juin 2023
Article rédigé par
Christophe Augros
Christophe Augros
Disquaire à Fnac Chambéry
Sélection de produits