Décryptage

La musique néo-classique : histoire et compositeurs incontournables

21 septembre 2022
Par Clément D.
La musique néo-classique : histoire et compositeurs incontournables

Né en réaction au romantisme tardif, le néo-classique a émergé dans les années 1920 en revenant à des idiomes plus sobres et simples. Un siècle plus tard, plein de sous-genres ont fleuri. Panorama d’un courant musical et de certains des plus grands interprètes d’aujourd’hui !

« Quand les gens apprendront à aimer la musique pour elle-même, ils seront capables de la juger d’un meilleur point de vue et réaliser sa valeur propre » (Igor Stravinski, Chroniques de ma vie, 1935)

Le néo-classique, c’est quoi ?

musique néo classique - Apollon Musagète - Pulcinella Suite - igor stravinsky - fnac

Le néo-classicisme musical, bien qu’il ait quelques précurseurs au XIXe siècle, est un courant fondé dans les années 1920. Construit en opposition aux passions romantiques et post-romantiques, il est voisin de son équivalent littéraire lancé entre autres par Paul Valery, qui pensait que l’art ne devait exprimer que lui-même. Igor Stravinski, après sa période post-romantique et avant sa période dodécaphonique, en fut un des promoteurs. Le néo-classicisme n’est pas ennemi de la narration, mais même la musique d’un argument narratif doit exister d’abord pour elle. Une de ses caractéristiques est le retour à une plus grande simplicité, une orchestration plus chambriste et – en dehors du minimalisme – une inclination vers les mouvements lents.

Après la seconde guerre mondiale, les expérimentations atonales et sérielles de la Seconde Ecole de Vienne amenèrent plusieurs réactions. L’une d’entre elles est le retour à la tonalité, le langage musical occidental codifié depuis le XVIIe siècle. Un sous-mouvement fait notamment parler de lui : le minimalisme. Originaire des Etats-Unis au début des années 60, il consiste en la répétition continue de cellules musicales qui se modifient que progressivement et sur le long terme. Ces boucles musicales parfois hypnotiques se prêtent fort bien au son argentin du piano. C’est ainsi que les néo-classiques et minimalistes modernes ont souvent composé pour piano seul, avec parfois des ajouts acoustiques ou électroniques. Ils ont pu aussi arranger des pièces non néo-classiques dans une version néo-classique. D’autres ont établi des crossovers avec d’autres musiques tonales : le jazz, la pop, le rock… ou ont fait usage de drones (longues tenues sonores) pour de l’ambient. Enfin, des compositeurs s’inscrivent dans la tradition savante occidentale, reprenant des formes anciennes et/ou s’inscrivant en disciples éclairés de modèles auxquels ils apportent leur propre touche.

Portes d’entrée du néo-classique

musique néo classique - fnac - Madness - philia trio

Bien qu’il ne s’agisse pas à proprement parler de néo-classique, les plus beaux mouvements lents des grands compositeurs rejoignent un certain esprit pur et transcendant souvent de mise dans ce style. Le disque Relaxing Classics propose à cet égard un magnifique spicilège de ces musiques hors du temps, de Johann Sebastian Bach à Arvo Pärt en passant par Jules Massenet et Maurice Ravel.

Comme portes d’entrée dans le néo-classique, nous pouvons citer les compositeurs et interprètes qui rendent hommage aux géants du passé en exécutant fidèlement ou avec des arrangements néo-classiques leurs partitions. Le pianiste Aurèle Marthan dans Guéthary, et la violoncelliste Anastasia Kobekina dans Ellipses compilent pièces classiques, romantiques et néo-classiques, dans une superbe exécution. Le Philia Trio, dans Madness, utilise sa formation hétéroclite (violon, violoncelle, accordéon) pour donner une tout autre écoute à Vivaldi, Beethoven ou Prokofiev. Tandis que le pianiste Can Cakmur, dans le bien nommé Without Borders, célèbre les compositeurs classiques ayant mâtiné leur œuvre des éléments populaires de leurs pays comme Bartok et Enescu, tout en préservant un idiome proche du néo-classicisme.

On peut noter la démarche de la violoniste Esther Abrami qui créé une passerelle entre arrangements classiques et modernes de style néoclassique. Son album éponyme Esther Abrami mélange par ailleurs pièces classiques et création contemporaine.

Arrangements néo-classiques modernes

musique néo classique - fnac - the new four seasons recomposed - max richter

D’autres arrangements plus modernes font usage de la technologie et de l’électronique pour remixer des chefs-d’œuvre classiques. Le plus fameux représentant de ce courant est sans doute Max Richter, qui par deux fois a remixé Les Quatre saisons de Vivaldi en y injectant un côté plus électro et punk-rock, tout en préservant l’intensité virtuose du Prêtre roux, The New Four Seasons – Vivaldi Recomposed est un redoutable tour de force à cet égard. Une pratique devenue régulière, avec par exemple l’album Summer Tales, dont les covers électro et néo-classiques du répertoire classique (Pachelbel, Debussy…) sont similaires à la démarche de Max Richter.

Néo-classique et Minimalisme

musique néo classique - fnac - maxence cyrin - melancholy island

Le minimalisme et post-minimalisme a fait du chemin depuis les premiers bijoux de Steve Reich, Terry Riley, La Monte Young ou Philip Glass. On retrouve la fascination des boucles répétitives progressivement modifiées, à la fois essence des compositions et moyen pour créer un paysage sonore unique. Pour un aperçu de la tradition minimaliste, on peut écouter Study of the Invisible, album de la pianiste Vanessa Wagner, spécialiste du contemporain et qui immortalise ici Philip Glass, Julia Wolfe ou le pape de l’ambient qu’est Harold Budd. Un compositeur comme James Heather fait sien cette tradition dans Invisible Forces. A chaque pièce, le piano seul agglomère une force d’évocation étonnante par l’itération continue et pourtant changeante des boucles

Le piano n’a pas toutefois à être seul, Maxence Cyrin donne du relief aux ostinatos du clavier en y incorporant des nuances d’electro dans Melancholy Island. Il n’en reste pas moins attaché à l’imagerie classique (les accords égrenés d’As the Darkness Falls rappellent fortement le célèbre Prélude en ut majeur du 1er clavier bien tempéré de Bach). Melaine Dalibert accompagne, lui, son piano de musique concrète et d’electro dans Shimmering, flirtant même avec le drone comme dans le profondément introspectif Mantra. Quant à Koki Nakano, il ajoure son piano avec des interventions acoustiques dans Oceanic Feeling dont les ostinatos très rythmés peignent à merveille tensions internes et quête existentielle en perpétuel mouvement.

Mais le piano n’est pas obligatoire chez les minimalistes. La marque de fabrique de René Aubry est son côté homme-orchestre (il est un multi-instrumentiste de grand talent). Grâce à une gamme de couleurs instrumentales qu’il déploie en solitaire, I Sing My Song sort des sentiers battus du néoclassique et nous ravit les oreilles par son épure harmonique.

Piano seul : l’instrument-roi du néo-classique

musique néo classique - fnac - Tree Of Light - riopy

Le minimalisme n’est toutefois pas la seule voie pour les néoclassiques aimant le piano solo. Riopy sait nous immerger dans des nappes méditatives dénuées de répétitions dans ses albums [Extended] Bliss et Tree of Light. A la lisière du néo-classique, Sofiane Pamart laisse libre cours dans Letter à des intonations plus romantiques comme très chopinien Dear, ou le très rachmaninovien Saved. On est aussi à la frontière entre néoclassique et néoromantisme. Même quand il imagine un voyage au tour du monde dans Planet Gold, Pamart reste dans cette lignée, ne stylise pas avec des tropes typés, se permettant cependant des nuances jazzy.

L’immixtion d’autres genres musicaux peut également colorer le piano néoclassique. Stephan Moccio, surtout connu pour avoir écrit des hits de Miley Cyrus, Celine Dion, The Weeknd, adorne dans Lionheart son néo-classique de touches blues/jazz (Havana 1958) ou d’ambient (After Midnight).

Néo-tonal et néo-classique

musique néo classique - fnac - In A Dream - eric tanguy

Si le néo-classique est en principe presque toujours néo-tonal, le terme désigne ici les compositeurs modernes les plus empreints d’influence classique. Le pianiste Alexis Ffrench s’accompagne de l’orchestre symphonique dans Truth pour exécuter des fantaisies lentes concertantes vaguement imprégnées de jazz dans le but d’exprimer une lecture politique et spirituelle. Eric Tanguy s’appuie carrément sur les instruments et formes classiques : rhapsodie, sonate, trio, quintette, parfois virtuose (finale de la Sonate pour violon seul). Certains des plus belles pièces de son catalogue sont à retrouver dans Eric Tanguy : in a dream. L’inspiration d’Alban Caudin est plus à chercher du côté de la simplicité d’Erik Satie, totalement transmuté dans It’s a Long Way to Happiness. Son piano au son modifié, décoré de traits acoustiques et electro fait naître une atmosphère mélancolique de la plus belle eau.

Le Néo-classique symphonique

musique néo classique - fnac - Are You Still Somewhere ? - lavinia meijer - iggy pop

Certains néo-classiques ont une ambition plus grande encore en construisant de véritables univers sonores d’une largesse quasi symphonique tout en restant dans le côté intime du néo-classique. Le mystérieux Piano Novel, le « Daft Punk du néo-classique » (en référence à son visage caché) est un créateur démiurge de grands mondes sonores. Tout au long de e.Dreamer, le piano, accompagné de drones et d’electro, semble voyager dans l’espace et nous.

Chad Lawson a comme Pamart une appétence pour les atours romantiques où la passion est là, en sous-main. Dans Breathe, il propose chaque titre en deux versions : en piano seul et orchestral, démontrant qu’une même pièce peut avoir des sens bien différents suivant l’instrumentation. Dans Drone Mass, le compositeur Jóhann Jóhannsson bâtit une messe moderne très originale. Des voix proto-religieuses en contrepoint/harmonie classique serré sont accompagnées par des drones dont le style évoque les musiques du monde ou anciennes. On y sent l’héritage de Karl Jenkins (l’auteur de Palladio et Adiemus)

Mais l’une des compositrices les plus originales et douées est sans doute Lavinia Meijer. Maîtresse du crossover, la harpiste réorchestre les grands du néoclassique (Lambert, Olafur Arnalds, Alexandra Stréliski, Ryuichi Sakamoto…) en différents genres, de l’electro à la folk. Dans son album Are You Still Somewhere? elle fait montre de sa versatilité : Saman est pop, Another Lonely Night entre Satie et blues, Porcelain en ostinato évoquant minimalisme… En prime, un feat d’Iggy Pop.

Pour conclure ce voyage, mentionnons une autrice qui a su s’épanouir dans plusieurs sous-genres néo-classiques : Emilie Levienaise-Farrouch. Dans son album Ravage, pourvu de sons acoustiques et electro très riches, elle peut faire de l’ambient (Unsaid), exploiter des pédales que n’auraient pas désavoué les minimalistes (The Universe within you, The Easy Passage) ou des drones aux sensations maléfiques (Fata Morgana). Une bonne compilation du néo-classique.

Article rédigé par
Clément D.
Clément D.
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