Décryptage

[Face A / Face B] The Dropkick Murphys & The Pogues : punk, rock et cornemuses !

26 avril 2021
Par Julien D.
[Face A / Face B] The Dropkick Murphys & The Pogues : punk, rock et cornemuses !

Face A / Face B : un nouveau rendez-vous régulier pour plonger dans les eaux plus ou moins limpides, plus ou moins remuantes des musiques populaires. Pas de ségrégation musicale ici, l’idée étant d’aborder des genres et des artistes apparentés au rock, au blues, au jazz, à la soul, au funk, aux musiques du monde et à la scène française, bien évidemment ! Au programme de ce premier épisode : punk, rock, et cornemuses avec Dropkick Murphys & les mythiques Pogues.

Face A : The Dropkick Murphys

dropkick murphys 2021

Actualité oblige, c’est donc le groupe de Boston que l’on place sur le recto de notre platine. Alors que ces furieux punk rockeurs celtes s’apprêtent à publier leur dixième album (Turn Up That Dial), leur popularité n’aura fait que croître depuis leur tout premier enregistrement, Do or Die pour le compte du label EPITATH, fleuron américain indie-punk-rock ayant produit les meilleurs groupes des années charnières 90/2000.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le groupe, ouvrons une petite parenthèse historico-culturo-sociale.

dropkick's murphys photo promo 2Dropkick Murphys est donc né au milieu des années 90 à Boston, une ville qui fut la terre d’accueil d’une vague d’immigration irlandaise au début du siècle dernier et dont les générations suivantes (ces fameux irish-americans) ont entretenu à leur manière l’héritage culturel, flirtant parfois avec des raccourcis folkloriques et des réalités bien éloignées de la mère patrie. C’est peut-être un détail pour vous mais pour les bostoniens ça veut dire beaucoup, l’équipe de basket locale sont les célèbres Celtics et la parade de la Saint-Patrick (le 17 mars) y est la plus célèbre des Etats Unis. Rien de surprenant alors de voir les Dropkick Murphys y jouer traditionnellement pendant 7 jours consécutifs au moment de ces célebrations annuelles. Un rendez-vous qu’attendent des dizaines de milliers de fans, d’où la popularité exponentielle du groupe fondé par Ken Casey, seul rescapé du line up original.

Mais Boston c’est aussi (avec sa voisine New York), LA grande ville du punk-rock américain sur la côte Est. En termes de décibels et de guitares à haut-voltage, Boston a eu une influence considérable qu’on pourrait peut-être comparer au rayonnement mondial de Detroit pour la soul music. Aerosmith, Pixies, Mission Of Burma et je ne vous détaille pas la kyrielle de groupes à tendance punko-garage-hardcore qui ont fait les beaux jours de la ville dans les années 70/80 (DMZ, Real Kids, Lyres and Co…). Vous comprendrez donc mieux alors que le sujet de notre Face A réussisse brillement à synthétiser souches celtiques et rock musclé. L’énergie du punk-rock en fusion totale avec des instruments traditionnels celtiques comme cette petite flûte appelée tin whistle, des cornemuses, banjos et autres accordéons… Rajoutez à cela quelques danseurs/danseuses traditionnels qui viennent exécuter leurs chorégraphies singulières sur fond de guitares saturées, et vous comprendrez que les shows des Dropkick ont tout de la grande fête.

dropkick's murphys photo promo 3

Les présentations faites, il ne vous reste donc plus qu’à astiquer vos Doc Martens et à (pré)commander le nouvel album des Dropkick Murphys par ici !

Face B : The Pogues

Red-roses-for-me

Ce n’est pas moi qui l’ai inventé, ni théorisé, ni analisé, ni expertisé… Mais le constat est d’une limpidité sans équivoques, il se pose là ! La génération dont je suis issue a grandi avec un groupe assez similaire dans l’esprit aux Dropkick Murphys et dont le retentissement, le succès et les ventes d’albums en leur temps étaient loin d’être anodines. Ce groupe qu’on évoque en Face B c’est The Pogues, en toute logique donc !

Eux ne sont pas nés à Boston mais juste de l’autre côté de la frontière irlandaise, à Londres plus exactement. Leur chanteur, le charismatique et talentueux songwritter Shane MacGowan en fut le leader (et par conséquent la vitrine) pendant la première décennie d’existence du groupe. Fêtard notoire et largement édenté avant l’âge légal, MacGowan finissait autant en couverture de la presse rock de l’époque qui lui attribuait une plume, un flow et une voix d’exception, qu’en première page des tabloïds anglais pour des comportements qualifiés d’outrageux pour les sujets de la couronne (la fameuse trilogie sex, drugs & rock’n’roll si chère à l’histoire du rock d’outre-manche). Vive l’Angleterre et ses contradictions !

Néanmoins, les membres du groupe nourris et grandis entre l’âge d’or du punk anglais et un héritage irlandais assumé (musique, politique, poétique mais pas très catholique) ont su trouver la bonne formule musicale, qui dès la publication de leur tout premier album en 1984 (Red Roses For Me), enthousiasma les foules. Un public à l’unisson où on retrouve en plein pogo, punks à crêtes, résistants de tous poils, fanss de rock nerveux ou de folk celtique, buveurs de Guinness et tous celles et ceux qui se sentaient un lien direct ou indirect avec le peuple irlandais en lutte, les bretons en tête pour ce qui est du public français.

Provocateurs, ils l’étaient un peu. Critiques, ils l’étaient pas mal. Bons musiciens, ça oui beaucoup. Énergiques et communicatifs sur scène alors là, on peut dire qu’ils l’étaient carrément ! D’une manière finalement pas si éloignée que le groupe évoqué en face A de cette chronique.

La rançon du succès : une posture rock’n’roll et une manière bien à eux de dépoussiérer quelques grands classiques du patrimoine irlandais (Dirty Old Town, The Auld Triangle, Waxies Dargle, Gentleman Soldier…). Bingo ! Leur recette : un mix parfait de musique traditionnelle (tambour Bodhran compris) et de folk-rock sans autres artifices que la fougue de leur vingtaine et la rage d’une génération ayant vécu dans le pire des années du Thatchérisme. Pas étonnant alors que des « gros poissons» comme Elvis Costello ou Joe Strummer aient fait un bout de route avec eux… Et que leur influence sur les Dropkick Murphys soit aujourd’hui une évidence.

pogues promo photo

Vous en voulez un peu plus ? Retrouvez tout l’univers et la discographie des Pogues par ici.

Rendez-vous le mois prochain pour un autre épisode de Face A / Face B !

Aller + loin : une brève histoire du punk

Article rédigé par
Julien D.
Julien D.
Disquaire à la Fnac Montparnasse
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