Article

Une ombre qui marche de Tiphaine Le Gall : les mots et le monde

04 septembre 2020
Par Le Cercle Littéraire
Une ombre qui marche de Tiphaine Le Gall : les mots et le monde
©dr

LE CERCLE LITTÉRAIRE – Le coup de cœur de Caroline L. (Cambridge). Comment dire le monde ? Quelle est l’importance du mot ? Quel est le rôle du vide ? Quel est le rapport entre présence et absence ? Voilà quelques-unes des questions soulevées par ce roman écrit avec maestria, érudition et une magnifique ironie.

Le Cercle littéraire_Nouveau_Logo_Novembre_2016

Une ombre qui marche

Le coup de cœur de Caroline L. (Cambridge)

Un auteur culte

Timothy Grall est un auteur culte des années 2020-2030. À son nom, un ouvrage à succès, L’ouverture de la porte et un premier ouvrage initialement mal reçu, Éthique et Métaphysique du gros orteil droit (le ton est donné).

Tiphaine Le Gall fait de son personnage un mal-compris, pour avoir osé interpréter certains Grands Auteurs différemment de ses professeurs (avec le sous-entendu que l’on voudra). N’en déplaise, il poursuit une carrière académique, n’hésite pas à séduire ses étudiantes les portant jusqu’à son lit pour les abandonner le lendemain (on voit le genre), réfléchit sur les Essais de Montaigne, son maître à penser, et publie, après avoir surmonté non sans difficulté les doutes de son éditeur, L’Œuvre absente, un essai composé de… pages blanches.

Une quête de l’absolu

Voilà où ce premier roman de Tiphaine Le Gall prend son envol. Il se présente comme la glose des œuvres de son personnage sous la forme d’un essai académique, notes, références et bibliographie à l’appui. Dans un style littéraire soutenu, elle mélange des analyses fines de passages de Montaigne (et plus tard de Flaubert et d’autres) et les réflexions de Timothy Grall.

Toute la question pour Timothy est de comprendre les insuffisances des mots pour dire le monde, et si les mots ne suffisent pas parce que trop contraignants, selon la logique qui lui est propre, développée avec virtuosité par l’auteure, la page blanche devrait pouvoir faire l’affaire. L’auteure met exactement au centre du roman l’élan cocasse qui fait du banal blanc de la page un « absolu sans souillure, une pureté immaculée », élevant Timothy Grall à un statut divin, une quasi-apothéose.

C’est le décalage entre le sérieux des analyses littéraires de Tiphaine Le Gall et le burlesque de la vie de Timothy Grall (jusqu’à sa chute (de bicyclette), du sublime au ridicule (une dent, « cette part de lui, son identité corporelle à jamais perdue »), qui fait de ce roman un texte savoureux.

Paru le 20 août 2020 – 208 pages

Article rédigé par
Le Cercle Littéraire
Le Cercle Littéraire
l'espace où les grands lecteurs partagent leurs coups de cœur.
Sélection de produits