Critique

Demain c’est loin : aura-t-on le temps d’y arriver ?

10 janvier 2019
Par Sébastien Thomas-Calleja
Demain c’est loin : aura-t-on le temps d’y arriver ?

Dans ce polar comique et social, Jacky Schwartzmann nous entraîne dans un traquenard irrésistible entre caïds et police.

Dans ce polar comique et social, Jacky Schwartzmann nous entraîne dans ce traquenard irrésistible entre caïds et police.

François Feldman 

Demain-c-est-loin jacky schwartzmann

«  Je lui ai dit que j’avais un nom de juif et une tête d’Arabe mais qu’en fait j’étais normal  » Avec Jacky Schwartzman, pas question de faire dans la dentelle car «  c’est pour les tapettes  ».  Et on n’est pas près de se laisser bercer par « Les Valses de Vienne », François il serait plutôt du genre IAM : le titre du livre étant aussi une chanson dudit groupe. «  Je m’appelle François Feldman, comme l’aut’con. Mais je suis pas chanteur.  » François Feldman, le personnage principal, vient du quartier des Buers, à Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise. À 39 ans, il a ouvert une boutique de t-shirts détournant des citations, réelles ou imaginées, dans le but de créer une situation comique. Il veut se sortir des magouilles de la cité et devenir «  enfin un Français. Un vrai.  ». «  Bonjour, c’est bien ici Charlie Hebdo ?  », signé Chérif Kouachi, est sa dernière création. Mais, apparemment son humour macabre ne passe pas dans le centre-ville. Ça ne marche pas. Son humour des banlieues n’arrive pas à passer le Rhône.  

La cité 


«  Ce genre de vannes, aux Buers, ça faisait marrer tout le monde. Mais dans la presqu’île, pas du tout, et à la Banque populaire encore moins.  » Car évidemment, sa petite entreprise connaissant la crise, il est en conflit avec les agences de prêts financiers, notamment sa conseillère, « la Bacardi », Juliane de son prénom. À travers son mépris, il se verra telle qu’elle le considère, avec la condescendance que lui impose son poste : vulgaire et ignare. C’est pourtant avec elle, une fois qu’elle se sera mise toute seule dans «  une merde apocalyptique  » qu’il partira dans une fuite effrénée à travers les rues de la ville lumière, tentant d’échapper autant à la police qu’aux petites frappes de la cité. Même si son aide est au départ intéressée, c’est un véritable duo de choc qui va se former sous nos yeux de lecteur, pour leur survie, mais aussi pour notre propre bonheur.  

Un road movie 


Sur un rythmé enlevé, allié à un humour décapant, nous voilà embarqué dans une course poursuite délirante à laquelle il est difficile de résister, dépassés que nous sommes par la verve et style inimitable du bonhomme. Entre un humour mordant à la Pierre Desproges et une ironie sociale qui fait penser à Iain Levison, si Jacky Schwartzmann ne fait pas dans la demi-mesure («  c’est pour les pédés  »), c’est au contraire pour nous offrir une écriture fine et maline. Le mépris des nantis, la décolonisation, les cités-ghettos ou la peur du déclassement, tout y passe. Intelligent, vif, et drôle, éclats de rire garantis ! Seule précaution : s’armer d’une bonne dose de deuxième, voire de troisième degré. Un roman social noir, à l’humour… noir forcément, qui ne pourra vous laisser indifférent. À noter que pour les amateurs, son dernier ouvrage, Pension complète, est paru en octobre 2018.

Pour finir : « C’est quand même un joyeux bordel la vie ». 

Parution le 11 octobre 2018 – 182 pages

Demain c’est loin, Jacky Schwartzmann (Points) sur Fnac.com

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Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
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