Un chercheur spécialisé dans la confidentialité sur le Net a découvert que Google installait silencieusement Gemini Nano avec son navigateur web.
Introduction
Google et le consentement, ce n’est pas encore tout à fait ça. En début de semaine, le chercheur en vie privée Alexander Hanff découvrait sur son Mac un étrange dossier contenant un fichier .bin pesant 4 Go. Plutôt étonnant, étant donné qu’il vient juste d’installer le navigateur web de Google (pour rappel, le plus utilisé dans le monde). Après quelques recherches, tout devient clair pour lui : Google installe sans prévenir l’un de ses modèles d’intelligence artificielle les plus légers, sans jamais prévenir les internautes.
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Google installe Gemini Nano avec Chrome
Google est l’une des entreprises les plus avancées dans le monde en matière d’intelligence artificielle. À ce titre, elle dispose d’un large éventail de modèles de langage (LLM), qui recouvrent différentes fonctionnalités en fonction de leur taille.
Adapté aux tâches peu complexes ou aux appareils peu puissants, Gemini Nano est notamment présent au sein des smartphones Google Pixel et aide les utilisateurs et utilisatrices à exécuter certaines fonctions, notamment relatives au traitement de texte.
Seulement, ce même Gemini Nano accompagne désormais nativement toute nouvelle installation du navigateur Google Chrome. Le chercheur Alexander Hanff a en effet découvert que Chrome 147 crée automatiquement un dossier baptisé OptGuideOnDeviceModel et télécharge un fichier weights.bin qui pèse 4 Go. 4 Go, c’est exactement la taille du modèle Gemini Nano lancé il y a quelques mois par Google.
D’après ses essais, il est tout simplement impossible de s’en débarrasser. Supprimer le dossier ou le fichier entraînera un nouveau téléchargement. Autrement dit, pour utiliser Chrome, il faut accepter d’installer un modèle d’IA localement sur son ordinateur. Le pire étant que ce modèle est en réalité assez peu utilisé par le navigateur. Pour la plupart des fonctionnalités liées à l’AI Mode désormais intégrées dans Google Chrome, ce sont bien les serveurs distants de Google qui sont mis à profit. Gemini Nano n’intervient que lors de l’utilisation des fonctionnalités textuelles, permettant notamment de résumer des pages ou de générer du texte.
Le fait est qu’avec cette installation fantôme, Google Chrome est désormais l’un des navigateurs les plus lourds du marché. Nos confrères de Numérama le rappellent avec astuce. La toute première version stable de Google Chrome, il y a presque 20 ans, ne pesait que 8,4 mégaoctets.
Une potentielle violation du RGPD ?
Vous l’aurez compris, le plus gros problème ici est que Google ne nous demande pas notre avis. Il n’explique à aucun moment à quoi sert ce modèle d’IA local et ne permet pas aux internautes de s’en débarrasser s’ils se rendent compte qu’il est installé par défaut.
Des signaux d’alerte qui pourraient mettre le géant du Web en porte-à-faux avec le Règlement général pour la protection des données, le RGPD. D’après le chercheur ayant découvert l’affaire, il s’agit là d’une potentielle violation de l’article 5(3) de la directive ePrivacy et du RGPD. Ce texte encadre le stockage d’informations et l’accès à des informations déjà présentes sur l’ordinateur d’un internaute, comme les cookies. Pour ce genre de fichier, le texte exige que l’utilisateur ou l’utilisatrice donne son accord préalable avant toute installation. Si des exceptions sont bien listées dans le texte, Alexander Hanff estime que le téléchargement d’un modèle d’intelligence artificielle local n’en fait pas partie.
Déjà condamné maintes fois en Europe et ailleurs dans le monde pour son laxisme en matière de protection des données personnelles, Google risque donc de se retrouver une nouvelle fois devant les tribunaux. Affaire à suivre.