Rien ne semble en mesure de mettre un coup d’arrêt au raz-de-marée de la musique par IA sur les plateformes d’écoute.
Introduction
En tête de file de la lutte contre la musique générée par IA, notamment grâce à son algorithme de détection perfectionné, la plateforme de streaming française Deezer publie un nouveau bilan alarmant de la déferlante qui s’abat, quotidiennement, sur les plateformes. D’après Deezer, 44 % des uploads quotidiens sont désormais générés par IA, contre 39 % en janvier dernier.
75 000 titres générés par IA par jour
Voilà un peu plus d’un an que Deezer vogue à contre-courant de l’industrie et labellise systématiquement (et avec 99 % de certitude) les titres générés entièrement, ou en partie, par des outils d’intelligence artificielle comme Suno ou Udio (les leaders de ce marché). Pourtant, rien n’y fait : chaque jour, davantage de musique générée par l’intelligence artificielle s’invite sur les plateformes.
« La musique générée par l’IA est désormais loin d’être un phénomène marginal et, alors que les livraisons quotidiennes ne cessent d’augmenter, nous espérons que l’ensemble de l’écosystème musical se joindra à nous pour prendre des mesures visant à protéger les droits des artistes et à promouvoir la transparence pour les fans », a déclaré Alexis Lanternier, DG de Deezer. Dans son dernier bilan, la plateforme aux 10 millions d’utilisateurs dit recevoir près de 75 000 titres générés par IA par jour, soit environ 44 % du total quotidien. En 12 mois, ce chiffre a donc été multiplié par 7,5.
Des morceaux qui sont publiés en masse, et pas seulement sur Deezer. Toutes les plateformes de streaming sont concernées. Mais, à part Deezer, Qobuz et, dans une certaine mesure, Bandcamp, les autres plateformes (Spotify, Apple Music) ne semblent pas prendre la mesure du problème.
Des streams en majeure partie frauduleux
On a déjà eu l’occasion de l’aborder : la musique par IA n’est pas un problème pour la culture avec un grand « C ». Les défenseurs de cette technologie ne manquent pas de prendre en exemple l’arrivée du synthétiseur, qui aurait provoqué une même levée de boucliers. Ce n’est pas la question. Le problème n’est pas que l’IA produise de la musique médiocre. C’est que ses outils permettent, de fait, la mise en ligne massive de morceaux produits en quelques secondes, qui inondent les serveurs et invisibilisent le travail d’artistes de chair et de sang.
Sur Deezer, c’est presque devenu un non-problème. Les titres explicitement identifiés comme étant de l’IA sont exclus des recommandations et ne peuvent pas prétendre à la rémunération. Mais, sur toutes les autres plateformes, et notamment sur Spotify, des titres totalement générés par IA s’invitent régulièrement dans des playlists publiques – celles que l’on écoute sans trop s’en apercevoir, en fond. C’est comme cela que l’on explique le succès de groupes IA comme The Velvet Sundown ou Xania Monet, signée par un label pour un million de dollars.
Le problème sous-jacent de la musique par IA est qu’elle est conçue par des robots, pour des robots. Toujours d’après Deezer, 85 % des streams enregistrés sur les morceaux faits par IA sont frauduleux, c’est-à-dire réalisés par des bots, achetés en masse sur des sites spécialisés. Le mécanisme est simple : des producteurs peu scrupuleux produisent des titres par IA, les mettent en ligne sur les plateformes, achètent des streams à bas coût sur des plateformes à l’étranger, et espèrent que la sauce prenne et qu’ils se retrouvent ensuite dans une playlist publique afin de générer un revenu passif.
Cependant, avec un nombre grandissant de titres créés par l’IA mis en ligne chaque jour, c’est justement le piège qui se referme sur ces producteurs opportunistes qui n’auront fait qu’aggraver le problème de « découvrabilité » d’artistes sur les plateformes de streaming.