Décryptage

XO, Kitty : la série mérite-t-elle autant de critiques ?

31 mars 2026
Par Melissa Chevreuil
“XO, Kitty”, saison 3, le 2 avril 2026 sur Netflix.
“XO, Kitty”, saison 3, le 2 avril 2026 sur Netflix. ©Netflix

Entre paresses scénaristiques, amourettes sacrifiées sur l’autel du fan service et clichés aseptisés sur une Corée du Sud de carte postale, le spin-off des films à succès À tous les garçons que j’ai aimés peine encore à convaincre. Analyse.

Elle fait partie de ces séries que les gens adorent détester et pourtant, à l’annonce de sa création, la hype était sincère et dénuée de malveillance. Car, pour mémoire, XO, Kitty est avant tout le spin-off de la saga à succès À tous les garçons que j’ai aimés, trilogie portée par Lana Condor et Noah Centineo.

Si les trois films n’ont pas marqué l’histoire du long-métrage d’une pierre blanche, ils ont le mérite d’avoir fait émerger leurs têtes d’affiche, en plus d’avoir proposé un divertissement sympathique, voire attendrissant, qui vieillit bien mieux que, au hasard, The Kissing Booth, autre trilogie romantique du même acabit avec Joey King et Jacob Elordi. Pourtant, XO, Kitty ne jouit pas du même engouement. Et c’est peut-être, notamment, à cause de la solide réputation du matériau d’origine dont elle s’inspire.

Un produit dérivé pour l’algorithme ?

Mais, avant tout, peut-être vous faut-il une piqûre de rappel : dans À tous les garçons que j’ai aimés, Lara Jean doit composer avec le fait que son espiègle petite sœur Kitty s’est amusée à envoyer toutes les lettres d’amour qu’elle avait écrites à chacun de ses crushs au gré des années. Un mal pour un bien, puisque ce petit coup monté permet à Lara de finir avec Peter, qu’elle a toujours plus ou moins secrètement aimé.

À tous les garçons que j’ai aimés.©Netflix

Dans l’un des films, les deux sœurs partent en famille en Corée du Sud, leur pays d’origine. Bien qu’elle ne soit encore qu’une enfant, Kitty rencontre un certain Dae, qui deviendra son premier amour à distance. C’est sans doute là que la firme de Los Gatos a senti le bon filon pour lancer un spin-off.

Pourquoi ne pas proposer tout un programme dédié aux amourettes de la cadette, à présent que Lara Jean est heureuse et rangée ? Sort donc XO, Kitty, qui suit l’adolescente fraîchement admise dans un lycée international à Séoul, pour retrouver son petit ami, mais aussi enquêter sur les origines de sa mère – enfin, pas particulièrement, mais ça, nous y reviendrons.

XO, Kitty.©Netflix

On pourrait alors croire qu’avec cette nouvelle histoire, non pas outre-Atlantique, mais prenant place dans la capitale sud-coréenne, XO, Kitty serait une série forte avec sa propre identité, sans pour autant oublier quelques clins d’œil ici et là aux films à qui elle doit son existence. Hélas, le spin-off a un souci plus profond : il semble incapable de totalement se détacher d’À tous les garçons que j’ai aimés, au mieux.

Au pire, il souffre de la comparaison. À commencer par sa colonne vertébrale, son pivot : Kitty elle-même. Autant, dans les films, elle joue un second rôle plutôt attachant, intelligent, bien que très intrusif, autant son écriture n’a jamais été assez musclée pour en faire le personnage principal d’un programme tout à sa gloire.

XO, Kitty.©Netflix

Elle manque clairement de profondeur, ce qui peut, hélas, parfois la faire passer pour superficielle ou irritante. Car, au fond, on ne sait que peu de choses d’elle, de ses goûts, de ses aspirations. Elle ne semble exister que par ses relations, amicales ou amoureuses, qu’elle vit directement ou par procuration – après tout, elle se surnomme elle-même « la matchmaker », capable de créer n’importe quel couple malgré les tensions.

Lara Jean, elle, avait une personnalité bien affirmée, et le spectateur pouvait décrire aisément ses goûts, son univers et son caractère sans pour autant la rattacher aux garçons à qui elle avait justement écrit après un coup de cœur.

Un scénario qui fait défaut

Mais Kitty n’est pas la seule à manquer d’épaisseur ou de subtilité. Tous les personnages n’existent que de manière ultrastéréotypée : le garçon populaire et hautain, le professeur exigeant, mais au grand cœur, l’ami gay et de bon conseil (un poncif à la fois positif et regrettable). Petit twist toutefois : la « rivale » cool et froide devient un « queer awakening », permettant au personnage de Kitty d’explorer sa possible bisexualité.

XO, Kitty.©Netflix

Enfin, ça, c’est en théorie, car beaucoup, notamment sur TikTok ou Reddit, l’affirment : le fan service l’a emporté. Le grand public ayant une large préférence pour le personnage de Min Ho (ledit garçon populaire et hautain cité plus haut), les scénaristes ont peut-être trop rapidement avorté la relation saphique pour créer un rapprochement entre lui et Kitty, très brusque et peu crédible. La production semble bien consciente de ses lacunes côté écriture et n’hésite pas à jouer la carte de la nostalgie sur les fans de la première heure autant que possible pour rattacher les wagons.

XO, Kitty.©Netflix

Dans la saison 2, Noah Centineo, bien que désormais un peu trop vieux pour jouer un étudiant, passe une tête afin de « valider » le nouveau crush de Kitty. Dans la troisième, c’est Lana Condor qui retrouve sa petite sœur. Mais pas sûr que cela suffise. À l’inverse, cela peut même renforcer l’aspect « produit dérivé » peu authentique, en plus de mettre le doigt sur les failles d’un univers qui marchait très bien en films, mais un peu moins en épisodes courts étalés sur plusieurs saisons.

La Corée comme fantasme consommable

Ce sentiment d’avoir un produit purement commercial est aussi très lié à la façon dont Netflix montre une Corée du Sud de carte postale, surtout à une époque où le soft power coréen – avec ses programmes, sa skincare glowy ou sa musique – a plus que jamais le vent en poupe. Regrettable, car, à travers son enquête sur sa mère, Kitty aurait pu permettre à nombre d’Américains d’origine asiatique d’interroger leur place parfois complexe dans la société, ainsi que la crise identitaire qui est souvent liée.

XO, Kitty.©Netflix

Mais non. Ici, il ne s’agit que d’un prétexte purement scénaristique et paresseux qui durera le temps d’une saison – avec une résolution tout aussi décevante. La lycéenne ne se demande pas plus que ça quelle est sa place dans la diaspora et ne fait pas non plus beaucoup d’efforts pour apprendre le coréen.

Le vrai but du show étant, selon ses détracteurs, de jouir de la popularité du pays : ainsi, de la k-pop passe à chaque épisode ou presque, de manière un peu aléatoire. Les scènes ont lieu dans des lieux iconiques, insta-friendly, mais pas toujours très réels. Comme si Kitty avait rejoint une Corée du Sud fantasmée. Cela se relève notamment à travers l’utilisation de couleurs très pastel et clichées que même les k-dramas les plus candides préfèrent aujourd’hui volontairement éviter.

XO, Kitty.©Netflix

Tout ceci étant dit, la troisième saison, qui sera diffusée le 2 avril sur Netflix, prouve que le public reste paradoxalement fidèle au rendez-vous. Les raisons sont plurielles. Les épisodes sont courts, donc ultrafaciles à binge(ou hate)watcher. L’ambiance, elle, est feel good et familiale : ici, pas d’énigmes, de mystères ou de meurtres à résoudre sur plusieurs épisodes, voire saisons, pas de dramas lourds qui interrogent la moralité. Le cerveau est totalement sur pause et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose.

Mais surtout, les acteurs et la direction artistique semblent être taillés pour briller sur TikTok, plateforme mère des trends et edits. Les musiques choisies sont souvent déjà virales (de Blackpink à Chappell Roan). Les dialogues, eux, sont clairement écrits pour être « clipés » et provoquer la viralité. Et le casting, très à l’aise sur les réseaux, donne régulièrement de sa personne pour promouvoir la série à coups de lipsync ou de chorégraphies. De quoi nous faire oublier tous les défauts du show ? Cela, on vous laisse en juger.

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