À l’occasion de la sortie, le 25 mars 2026, du premier long-métrage de Bérangère McNeese, L’Éclaireur a rencontré la réalisatrice et l’une des actrices, Shirel Nataf, nouvelle étoile du cinéma français. Ensemble, elles nous embarquent dans les coulisses des Filles du ciel.
Bérangère, qu’est-ce qui vous a motivée, cinématographiquement, à travailler sur Les filles du ciel ?
Bérangère McNeese : Je crois que ce qui a vraiment été le tout premier moteur, ce sont les personnages. Leur relation, surtout celle entre le personnage de Mallorie et de Héloïse. Je voulais parler de cette rencontre, car je me souviens avoir rencontré une jeune femme à son âge qui m’avait fascinée et qui ressemblait à Mallorie.
J’ai fait un premier court-métrage en 2015 qui parlait d’une communauté de jeunes femmes qui vivaient ensemble. Après quoi, j’ai fait deux autres courts-métrages, dont le dernier, Matriochkas (2019), abordait une relation mère-fille qui parlait d’un amour très fort, mais qui pouvait en même temps enfermer. Comme ce court-métrage a beaucoup voyagé, on m’a proposé d’en faire une version longue, mais je n’avais pas envie de retourner à cette histoire, plutôt de la décliner en parlant de la sororité. Je voulais retrouver l’idée que les meilleures intentions peuvent quand même enfermer. C’est comme un questionnement sur la sororité en tant qu’utopie. Même si ce concept est merveilleux et que j’y crois très fort, quand il s’agit de jeunes femmes qui sont encore en construction. L’idée était de voir ce qui peut se passer dans cette espèce de huis clos.
Shirel, quand vous découvrez Mallorie, qu’est-ce qui vous marque à la lecture du personnage ?
Shirel Nataf : Les relations entre les personnages sont sincères. Ce sont des femmes qui essaient d’avancer et qui sont très proches les unes des autres. Mallorie est très aimante. C’est une gamine et, pourtant, elle essaie d’avoir une maturité affirmée. C’est aussi une personne qui peut parfois se révéler toxique. J’avais vraiment envie de jouer cette complexité.
Comment parvient-on à trouver un personnage aussi complexe que Mallorie ?
S. N. : J’ai l’impression que ma manière de jouer est naturelle. Sans parler de la toxicité, j’ai quelque chose d’assez proche de Mallorie, ce qui me permet de jouer le rôle le facilement. Après, c’est une question de moment, dans le sens où, quand on se lance dans un rôle, on se jette dedans et on ne voit plus vraiment les défauts.
B. N. : Quand on travaillait sur Mallorie, l’idée n’était pas de l’aborder comme un personnage toxique. Elle essaie de prendre soin d’elle et des autres, mais elle fait n’importe quoi. Elle se sent menacée, car elle voit que ses amies peuvent partir alors qu’elle veut juste qu’on l’aime.

Quels étaient les enjeux en termes d’écriture de personnages ?
B. M. : Je voulais vraiment qu’on les aime. Malgré leurs erreurs, même si elles font n’importe quoi, je voulais qu’elles restent attachantes parce qu’elles ne savent pas ce qu’elles font. Elles ne sont pas armées. Ce sont des filles qui font comme elles peuvent. Je voulais avant tout qu’on les comprenne.
Les filles du ciel est un film qui aborde la sororité, mais aussi les questions de l’avortement, de l’addiction… Pourquoi était-il important de traiter ces sujets-là ?
B. M. : Je vois la vie comme ça. J’ai l’impression ce qui compte dans la vie, c’est souvent les sous-textes. Ce n’est pas ce qui est au premier plan, finalement, bien que ça soit présent. Je préférais mettre en avant le groupe. Après, qui dit groupe dit plusieurs jeunes femmes – d’autant plus qu’on fait l’impasse sur leur passé, car on ne voulait pas dresser un portrait misérabiliste. Je voulais placer mes personnages dans un groupe lumineux, qui ne se considère même pas comme vivant dans la précarité. Elles tentent de mener leur barque, ce sont des femmes fières. Mais il fallait aussi des endroits où elles se divisent. Que chacune ait des ambitions propres, des traits propres et des faiblesses propres. Pour qu’il y ait de la lumière, il fallait aussi qu’il y ait de l’obscurité.
Les filles du ciel raconte l’histoire de quatre jeunes femmes qui vivent ensemble, comme une vraie troupe. Quel souvenir gardez-vous de ce groupe en tant que réalisatrice et actrice ?
S. N. : Une proximité directe s’est créée avec les filles. Tout ça s’est fait très naturellement, rien n’était forcé au moment de notre rencontre. Ce que je retiendrais aussi de ce tournage, c’est que Bérangère est aussi une actrice, donc elle était capable de nous emmener là où elle voulait avec les mots que l’on pouvait connaître. Elle prenait aussi beaucoup de temps avec nous sur le tournage. Elle voulait vraiment tourner la scène comme il faut, comme elle l’avait imaginée.
B. M. : En travaillant avec elles, j’ai pu me projeter en tant que jeune comédienne, car j’avais leur âge quand j’ai commencé. Je connais les endroits où on n’est pas à l’aise, où on n’est pas certaine, où on a peur de tester des choses. Mes personnages passent par des choses qui sont intenses, il y avait de vrais enjeux, donc c’était important de créer des endroits de confiance où on peut essayer ensemble. On était comme dans un laboratoire, finalement.

Quel message voulez-vous que le public retienne du film quand il ira le voir en salle ?
B. M. : Au-delà du thème général de la sororité, je voulais parler dans mon film des rapports humains. Je voulais avant tout étudier les relations humaines quand elles sont placées sous cloche, en huis clos. J’aimerais qu’on retienne aussi les personnages masculins : je n’ai pas voulu faire un film qui divise. Je sais que parfois c’est ténu, mais j’ai aussi voulu dépeindre des personnages masculins qui ont une réelle bienveillance, afin de voir à quel endroit ils se placent pour être des alliés.
Les personnages évoluent entre leur appartement et la boîte de nuit, faisant du film un quasi-huis clos. Quels étaient les principaux défis par rapport à cette contrainte scénique ?
B. M. : Disons que c’est un faux huis clos, car elles sortent parfois, mais qu’est-ce que le huis clos implique ? Déjà de tourner en chaussettes dans l’appartement. [Rires] C’est tout petit, mais on a aussi le sentiment d’un cocon. Il fallait s’imprégner de cet endroit, et le lieu – même si c’est cliché de dire ça – était aussi un personnage. L’appartement a permis aussi de dessiner les rapports. Ça impliquait aussi d’être serrées comme des sardines. Il fallait être précis, mais j’avais toujours pour ambition d’être très proche des personnages. Je pense que ça se voit dans ma mise en scène.
S. N. : C’était aussi un bon repère pour nous en tant qu’actrices, car une fois qu’on rentre dans l’appartement, ce n’est plus nous, mais les rôles. Ça permettait de se mettre en condition.
Et c’est quoi la suite pour vous après la sortie des Filles du ciel ?
S. N. : J’ai un film qui est sorti en début d’année, qui s’appelle Ma frère. Je joue aussi dans Furies, dont la saison 2 est disponible depuis le 18 mars sur Netflix.
B.M. : Je vais sortir une série Netflix qui s’appelle Recalé avec Alexandre Kominek. J’ai aussi tourné une série anglaise, une coproduction de la BBC avec Canal+ qui s’appelle SAS Rogue Heroes, qui est écrite par le créateur de Peaky Blinders, Steven Knight. C’était un immense kiffe de faire ça !