Face au recul de la lecture et à la place croissante des écrans dans la vie des enfants, l’actrice et autrice publie un manifeste pour défendre l’écriture comme outil d’émancipation et de pensée.
Connue pour sa carrière d’actrice et pour ses romans, Isabelle Carré s’aventure cette fois sur un terrain directement engagé. Avec la journaliste Delphine Saubaber, elle publie Nos enfants, l’urgence d’agir ! – Manifeste pour l’écriture, un court essai qui plaide pour redonner sa place à l’écriture dans l’enfance. L’ouvrage paraît aux éditions Robert Laffont.
L’autrice sera l’invitée d’Augustin Trapenard dans La Grande Librairie ce mercredi 11 mars. L’émission met cette semaine à l’honneur la cinquième édition du Quart d’heure de lecture national, organisée par le Centre national du livre (CNL), en partenariat avec le ministère de l’Éducation nationale et plusieurs institutions culturelles. L’initiative invite chacun à interrompre ses activités pour consacrer quelques minutes à la lecture.
Que défend ce livre ?
Le texte adopte la forme d’un manifeste, bref et direct. Isabelle Carré et Delphine Saubaber y lancent un appel à réhabiliter l’écriture dans l’éducation. Selon elles, la maîtrise des mots ne constitue pas seulement une compétence scolaire mais un levier essentiel pour structurer sa pensée, comprendre ses émotions et affirmer sa voix.
Le livre s’appuie sur l’expérience des autrices dans l’animation d’ateliers d’écriture auprès d’enfants et d’adolescents. Ces ateliers, racontent-elles, révèlent combien l’écriture peut devenir un espace de construction personnelle. Mettre des mots sur une expérience, raconter une histoire ou formuler une idée permettrait de renforcer la confiance en soi et de développer l’imaginaire.
Le manifeste se veut également un texte d’alerte. Dans la quatrième de couverture, les autrices évoquent un« coup de gueule » face à une évolution qu’elles jugent préoccupante. Selon elles, la place grandissante des écrans et de l’intelligence artificielle risque d’éloigner les jeunes de l’écrit et d’affaiblir leur capacité à penser par eux-mêmes.
Pourquoi la question de la lecture inquiète-t-elle ?
L’enquête internationale PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) 2022, menée par l’OCDE, montre, en effet, un recul des performances en compréhension de l’écrit en France. Le score moyen des élèves français est passé de 493 points en 2018 à 474 points en 2022.
Les difficultés ne concernent pas seulement les élèves. Selon l’Insee, environ 10 % des adultes rencontrent encore des difficultés en lecture ou en écriture, dont près de 4 % sont en situation d’illettrisme. Parallèlement, les pratiques culturelles évoluent. Une étude Ipsos pour le Centre national du livre indique qu’en 2025 seuls 45 % des Français déclarent lire chaque jour.
Qui sont les deux autrices ?
Comédiennes du cinéma et du théâtre français, Isabelle Carré s’est révélée dans les années 1990. Elle a obtenu le César de la meilleure actrice en 2003 pour Se souvenir des belles choses et deux Molières au théâtre. Depuis 2018, elle mène également une carrière littéraire avec plusieurs livres, dont Les rêveurs, récit autobiographique récompensé par le Grand Prix RTL-Lire.

À ses côtés, Delphine Saubaber apporte son expérience de journaliste. Diplômée de Sciences Po et du CFJ, elle a été grand reporter à L’Express et a reçu en 2010 le prix Albert-Londres pour une série d’enquêtes internationales. Elle est également romancière, notamment avec La fille de la grêle, publié en 2022.