On ne les compte plus : les héritiers de Sherlock Holmes sont innombrables. Depuis plus d’un siècle, le détective imaginé par Arthur Conan Doyle traverse les écrans, mute, change d’époque, de visage, de nationalité. Pourtant, toutes les adaptations ne se valent pas. Certaines redéfinissent le mythe ; d’autres divertissent ; certaines le trahissent. Tour d’horizon des déclinaisons récentes – avec, en ligne de mire, la nouvelle venue, Young Sherlock, sur Prime Video le 4 mars.
1 La plus incontournable : Sherlock
Diffusée par la BBC entre 2010 et 2017, cette relecture contemporaine signée Steven Moffat et Mark Gatiss demeure la référence moderne. En transposant Holmes dans le Londres du XXIe siècle, smartphones en main et blog à la place du carnet, la série n’a pas que modernisé le mythe : elle l’a réinventé.

Benedict Cumberbatch y campe un détective abrasif, cérébral, quasi inhumain dans sa précision, face à un Martin Freeman en Watson, solide et subtilement mélancolique. Chaque épisode, construit comme un téléfilm, assume une ambition rare et le génie déductif devient spectacle visuel. On peut discuter des excès des dernières saisons. Reste que Sherlock a imposé une grammaire nouvelle et appartient désormais au canon.
2 Les plus divertissantes : Robert Downey Jr. et Elementary
Avant que Cumberbatch ne s’approprie la figure culte, c’est Robert Downey Jr. qui en a dynamité l’image au cinéma. Fidèles à la chronologie victorienne de Conan Doyle, les films des années 2000 de Guy Ritchie ont imposé un héros physique, nerveux, punk dans un dandysme froissé savoureux. Le succès populaire est immédiat et massif, grâce à une mise en scène privilégiant la percussion : raisonnements visualisés, combats anticipés, montage syncopé… Face à lui, Jude Law installe un Watson ferme et stratège.

Dans un tout autre registre, Elementary transporte l’histoire à New York, où Jonny Lee Miller compose un Holmes toujours génie absolu, mais traversé d’addictions et de névroses. La série rappelle que le prodige tutoie la pathologie, sans jamais altérer la netteté glaçante de ses déductions. Face à lui, Lucy Liu érige une Watson d’égal à égal, choix audacieux qui rééquilibre le duo. Les intrigues sont denses, brillantes. Bref, une belle proposition.

3 La plus mignonne : la version Miyazaki
Bien antérieure aux années 2000 mais trop singulière pour être oubliée, cette série est une coproduction italo-japonaise réalisée par le studio TMS. S’il n’en signe pas l’intégralité, Hayao Miyazaki met en scène plusieurs épisodes au début du projet.

Dans cet univers anthropomorphique où Holmes et Watson deviennent des chiens détectives, l’esprit de Conan Doyle se mue en aventure familiale adressée aux enfants. L’inventivité visuelle, la douceur du trait et le rythme confèrent à l’ensemble un charme intact. Ce n’est naturellement pas l’adaptation la plus fidèle ; mais sans doute la plus tendre. Une preuve que le mythe supporte bien des métamorphoses.
4 Les plus décevantes : Enola et Mademoiselle Holmes
Avec deux longs-métrages et un troisième en préparation, Netflix a tenté sa propre déclinaison du mythe en décentrant l’intrigue vers la sœur fictive du détective, portée par Millie Bobby Brown. L’idée était séduisante ; le résultat, très – trop – netflixien. Image léchée, narration évidente, énergie calibrée… : tout est pensé pour satisfaire l’algorithme.

La France aussi a tenté sa variation bleu-blanc-rouge du protagoniste. Mademoiselle Holmes, diffusée sur TF1 en 2024, transforme l’héritier de Baker Street en héroïne de comédie policière calibrée prime time. « Un pari à moitié réussi », « efficace mais sans originalité », note Le Point ; « il n’était pas nécessaire de recycler à nouveau pour vendre une série si peu originale », assène Télérama. L’ambition, séduisante ; le verdict, un peu cinglant.

5 La plus récente : Young Sherlock
Reste la nouvelle venue. Adaptée des romans d’Andrew Lane, la prochaine série de Prime Video s’intéresse à un Holmes de 19 ans, étudiant à Oxford. Hero Fiennes Tiffin prête ses traits à ce Sherlock, avant la légende.
La question est simple : déclinaison opportuniste ou relecture ambitieuse ? Les premiers extraits laissent entrevoir une mise en scène nerveuse, une tonalité sombre et un réel souci de densité narrative. Prudence : l’embargo impose la retenue. Mais, à ce stade, Young Sherlock semble davantage s’inscrire dans la lignée des adaptations solides que dans la catégorie des recyclages paresseux.