Critique

Pécheresses : une comédie adolescente qui dynamite l’ordre moral

03 mars 2026
Par Marion Olité
“Pécheresses”, le 3 mars 2026 sur Ciné+ OCS.
“Pécheresses”, le 3 mars 2026 sur Ciné+ OCS. ©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

Attendue le 3 mars sur Ciné+ OCS, Pécheresses suit les tribulations de Cassidy, une ado rebelle de 17 ans envoyée par sa mère dans un couvent. Entre règles strictes, amitiés et amours naissantes, la série dresse un portrait tendre et hilarant d’une Gen Z en manque de repères dans un monde hostile.

Grillée par sa mère en train de faire des vidéos sexy sur un site de camgirls alors qu’elle est mineure, Cassidy (Léonie Dahan­-Lamort), 17 ans, est virée de la caravane familiale par sa mère, qui l’envoie vivre dans un couvent. Ça lui apprendra ! Les règles y sont strictes : pas d’alcool, pas de cigarettes et pas d’Internet après 20 heures. Si Cassidy, punk queer et féministe dans l’âme, vit mal cet encadrement, elle va nouer des liens d’amitié forts pour la première fois de sa vie et s’interroger sur son rapport à la spiritualité.

Une esthétique pop chez les bonnes sœurs

Créée et réalisée par Charlotte Sanson – à qui l’on doit la chouette série Les 7 vies de Léa sur Netflix et qui a elle-même vécu dans un de ces foyers pour jeunes filles tenus par des religieuses –, Pécheresses s’appuie sur la rencontre explosive entre deux mondes à priori très opposés : celui, austère, des couvents, et celui de l’adolescence déjantée et rebelle que représente Cassidy. Ce clash des valeurs est transposé en images dans une réalisation survoltée, qui assume une direction kitsch et pop. La réalisatrice s’en est donné à cœur joie avec un budget serré.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

La série possède une esthétique unique en son genre, qui mélange les décors beiges du couvent et les costumes sobres des religieuses avec les parties de Cyber Bikers IV sur Twitch (le jeu vidéo préféré de deux des adolescentes) et les fringues Y2K hyper colorées de Cassidy, notre rebelle en cheffe, blonde décolorée aux jeans troués et veste de jogging nineties.

Un casting frais et attachant

Dans une industrie qui fait souvent appel aux mêmes têtes, les shows adolescents ont l’avantage de mettre en avant de nouveaux visages. L’actrice Léonie Dahan­-Lamort, vue dans les films La morsure (2023) et La Pampa (2024), brille dans le rôle de Cassidy. Avec ses faux airs d’Isabelle Adjani jeune, elle incarne à merveille à la fois le chaos et la vulnérabilité de sa jeune héroïne queer, plus tout à fait ado, pas tout à fait adulte.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

À ses côtés, l’actrice Lou Sériot tire son épingle du jeu dans le rôle de Gaspard, le petit ami de Malika (Rita Benmannana, vue dans La petite dernière) qui endosse une identité féminine, Juliette, pour intégrer le couvent, avant d’emprunter un chemin vers une transidentité ou non-binarité (iel est en plein questionnement).

Sur un sujet potentiellement casse-gueule (une des rhétoriques transphobes consiste à accuser les personnes trans de se cacher parmi la population féminine pour les agresser), la série évite tout cliché, notamment grâce au jeu sincère et sensible de la jeune actrice.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

Le reste du casting comprend Ninon François dans le rôle de MC, une attachante jeune femme en quête de sa sexualité et qui rêve d’être une « salope », ou Sonia Bonny dans celui de Sidonie, une religieuse prêtre à prendre l’habit, dont la foi va vaciller après sa rencontre avec Cassidy.

Avoir ou ne pas avoir la foi ?

Dans un monde en crise, qui nous semble plus apocalyptique que jamais, Pécheresses aborde avec sensibilité le rapport de la jeune génération à la spiritualité. Féministe et queer, Cassidy n’est à priori pas spécialement attirée par le catholicisme. En quête de repères, elle va pourtant éprouver une certaine attirance pour le mode de vie de Sidonie et s’inscrire à des activités religieuses.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

Si ce foyer pour jeunes filles est tenu par des bonnes sœurs, toute jeune personne ayant besoin d’un lit et d’un couvert peut y postuler. On croise ainsi des personnages athées ou en questionnement, comme Cassidy, ou de confession musulmane, comme Malika. À travers sa chaîne Twitch, la jeune femme aborde des questions liées à la sexualité des jeunes musulmanes croyantes.

La série évite tout prosélytisme, mais laisse ses personnages explorer leurs croyances sans les juger et dans toute la contradiction apparente que cela peut comporter. Une cam girl croyante, et pourquoi pas ? Pécheresses invite ses protagonistes à se réapproprier des religions historiquement patriarcales, et ça, c’est un geste subversif et émancipateur.

Une ode à la sororité et au pouvoir du collectif

Si une croyance se dégage de la production, ce serait plutôt la foi que place la showrunneuse Charlotte Sanson dans les bienfaits de l’amitié et le pouvoir du collectif. On le comprend dès le choix de son arène (soit le lieu principal d’une fiction). Ce foyer de jeunes filles est abordable financièrement, propose des repas et diverses activités de socialisation qui ne sont pas toujours en lien avec la religion. Il s’agit de faire communauté ensemble, loin des vicissitudes d’une société néolibérale qui ne profite qu’aux riches.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

Si la série s’amuse, dans des scènes comiques, avec le décalage des modes de vie entre adolescentes et religieuses, elle célèbre aussi ce lieu, refuge pour toutes. Des jeunes femmes issues de milieux sociaux complètement différents apprennent à vivre ensemble, à s’apprécier et à ne pas se juger, au sein d’une société qui leur balance mille et une injonctions contradictoires alors qu’elles sont en pleine construction de leur identité.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

Le pouvoir du collectif se passe aussi sur les réseaux : c’est aussi la chaîne Twitch que Cassidy, Malika, Juliette et MC vont investir avec de plus en plus de passion, jusqu’à un live de 24 heures qui leur permet de créer une vraie communauté en ligne. La série nous montre également l’envers du décor des communautés en ligne, quand un utilisateur masculiniste se met à les insulter, avant de s’introduire dans le couvent dans une séquence mi-comique, mi-horrifique, où il est question d’autodéfense féministe.

Un détonant mélange des genres

À travers des séquences à la lisière du fantastique et de l’horrifique – sans compter une irrésistible scène de comédie musicale ou en immersion dans le jeu vidéo old school de Malika et MC –, l’œuvre s’amuse à mélanger les genres, sans jamais se départir d’un humour décapant qui désamorce les intrigues les plus flippantes, comme celle de ce harceleur en ligne.

Pécheresses.©Empreinte Digitale/Ciné+ OCS

Cela peut dérouter, mais ce mélange des genres correspond en fait assez bien à l’état émotionnel de Cassidy, qui arrive à cet âge où elle n’est déjà presque plus une adolescente, tout en ayant encore des réflexes de rébellion alors qu’elle doit réfléchir à quelle adulte elle veut devenir. Signe qui ne trompe pas sur la qualité de Pécheresses : après le visionnage de ces six épisodes, on n’a pas vraiment envie de quitter cette bande de joyeuses bras cassés. On croise les doigts pour que la série de Charlotte Sanson ait droit à une deuxième saison, histoire d’accompagner ces pécheresses autoproclamées dans les premières années chaotiques de leur vie d’adulte.

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