Le nouveau-né signé Pixar est une aventure écologique hilarante, qui renoue avec le second degré emblématique du studio américain. Critique.
C’est peu dire que Pixar Animation Studios connaît des hauts et des bas depuis quelques années. Entre les sorties déprogrammées des salles pendant la pandémie, les échecs (Buzz l’Éclair), les succès surprise (Élémentaire) et les triomphes absolus (Vice-Versa 2 et son 1,698 milliard de dollars de recettes au box-office mondial), la trajectoire du studio est imprévisible.
Une imprévisibilité qui se retrouve aussi dans son line up. Les suites et les films originaux se côtoient, au service d’histoires tantôt métaphoriques, tantôt terre-à-terre, à l’animation traditionnelle ou plus expérimentale. Jumpers atteste de cette évolution permanente : à mi-chemin entre le retour aux sources et la proposition inédite, le petit nouveau des studios Pixar est une ode à la nature bienveillante et hilarante, portée par des personnages attachants.

Depuis toujours, Mabel est impliquée dans la cause animale et manifeste régulièrement pour la sauvegarde de la faune et de la flore locale. Quand un projet immobilier met en péril un lieu qu’elle affectionne tout particulièrement, elle tente par tous les moyens de le stopper. En découvrant une nouvelle technologie futuriste permettant de transférer sa conscience dans un robot castor plus vrai que nature, elle décide d’infiltrer le monde animal pour faire bouger les choses.
Mabel fait alors la connaissance des lois qui régissent cette société cachée et tente de s’adapter. Entre le récit initiatique et la fable écologique, Jumpers est une aventure inventive et colorée, qui utilise la force de l’animation pour servir son récit.

Une animation cartoonesque
La découverte du monde animal par Mabel, une fois qu’elle est à l’intérieur du robot castor, permet à Jumpers d’atteindre tout son potentiel. Entre la parodie et l’hommage, le film ne cherche pas le réalisme à l’excès, conscient de pouvoir faire, avec l’animation, des choses que le live action ne serait pas en mesure d’accomplir. Défendant jusqu’au bout son rendu cartoonesque, le long-métrage de Pixar enchaîne les trouvailles visuelles, allant de la conception des animaux (irrésistibles) à l’expression des émotions, chaque personnage s’exprimant dans un réjouissant excès.
Jumpers rappelle par moment l’énergie débridée d’Alerte rouge (2022), sans tomber dans la caricature. Constamment drôle grâce à la personnification de chaque animal, Jumpers devient alors la suite spirituelle de 1001 pattes (1998). L’histoire s’écrit au premier plan, avec son lot de protagonistes attachants – le Roi Georges, souverain des castors –, mais aussi en arrière-plan, avec une multitude de détails, de petits événements et d’histoires parallèles à découvrir au sein de ce grand cycle animal.

Protéger la nature, tout simplement ?
Derrière l’aventure humoristique, Jumpers développe tout un propos autour du vivre-ensemble, entre acceptation et préservation des espèces animales. Retrouvant certains des thèmes les plus chers au studio (on se souvient de WALL•E ou du Monde de Nemo), Pixar énonce des vérités acquises et basiques, mais qui demeurent fondamentales aujourd’hui.
Le long-métrage a beau être une course effrénée, il parvient à proposer quelques séquences au ralenti, plus poétiques, plus douces qui abordent les notions de transmission, de cycle naturel et d’écoute.
Un vrai troisième acte
La difficulté, avec un postulat aussi solide, est de tenir sur la longueur. Jumpers démarre fort et ne ralentit jamais, offrant un troisième acte spectaculaire, qui ne s’essouffle pas. Simple dans ses enjeux, mais parvenant à casser certains codes attendus, le film profite de son aspect minimaliste : il ne s’agit après tout que d’une « petite » histoire, contenue dans un périmètre très réduit.
Touchant à l’universel, ce huis clos animal en devient grand. Le film peut se permettre certains élans de folie tout à fait surprenants. Même dans la construction de ses personnages, Jumpers évite le manichéisme. Si Mabel apparaît comme la grande protectrice de la nature, son principal adversaire – un maire ambitieux au service de sa ville – ne tombe pas dans le cliché du politicien corrompu. Le dialogue coexiste malgré l’affrontement et Jumpers renoue avec la finesse plébiscitée de Pixar lorsqu’il s’agit de créer des antagonistes plus complexes qu’il n’y paraît.

Inventif et attachant, Jumpers est probablement l’un des meilleurs Pixar depuis de nombreuses années. Le studio laisse de côté ses tentatives symboliques et métaphoriques pour revenir à une histoire plus brute de décoffrage, qui repose sur un postulat précis sans jamais en dévier.
Si l’ensemble est toujours au service de la blague – avec moult références, allant de Game of Thrones à Terminator –, Jumpers ne manque pas d’émouvoir et rappelle avec fermeté que la nature dans son ensemble est plus que jamais en danger. En 2026, près de 20 ans après WALL•E (2008), ce message (simple) semble plus nécessaire que jamais.