La saga de Netflix fait son retour ce 29 janvier avec les premiers épisodes de sa quatrième saison. Portée par de nouveaux personnages et une intrigue amoureuse fidèle à ses codes, la série tente néanmoins d’ajuster sa formule, en proposant un regard légèrement renouvelé sur la société de Mayfair.
Il y a, dans Bridgerton, quelque chose de l’ordre de l’immuable. Salons, bals, mondanités, unions… L’adaptation des romans de Julia Quinn a offert à Netflix une romance en costume aux codes balisés, sans surprise, mais diablement efficace – en témoigne le succès incontesté de ses trois premières saisons.
Après Anthony le responsable, Colin le charmant, Daphné la gracieuse et Francesca la discrète, l’œuvre de Shonda Rhimes s’attarde sur Benedict, deuxième frère de la fratrie, présenté jusqu’alors dans le rôle du marginal, de l’artiste au regard décalé sur la bonne société de Mayfair. Ce quatrième chapitre, dont la première partie débute ce 29 janvier sur Netflix, esquisse pourtant les prémices d’un récit qui semble fidèle aux trajectoires déjà empruntées par ses frères et sœurs. Sentiment de déjà-vu ou divertissement encore maîtrisé ?
Un nouvel équilibre à trouver
Comptant parmi les séries les plus populaires de la plateforme, Bridgerton avait déjà connu un nouveau coup d’éclat avec son troisième volet porté par le duo Nicola Coughlan et Luke Newton. La série y a amorcé un léger déplacement de ton, s’ouvrant à des accents plus politiques à travers la question de Lady Whistledown. Les enjeux liés à la prise de parole et à la place des femmes dans une société patriarcale sont venus enrichir le récit, sans renoncer toutefois à sa vocation première de pur divertissement.

La révélation de l’identité de la chroniqueuse rebat, de fait, les cartes. Comment continuer à faire vivre le jeu des rumeurs une fois le masque tombé, d’autant plus qu’elle agit désormais sous le regard – et l’approbation – de la reine ? Les nouveaux épisodes apportent une réponse mesurée : la voix off est bien de retour, mais son poids narratif s’en trouve mécaniquement affaibli, au détriment du suspense qui constituait jusqu’alors l’un des ressorts les plus stimulants de la série.
Pour compenser cette faiblesse, Bridgerton va devoir redoubler d’efforts : imposer un nouveau rythme tout en réinventant son moteur romanesque. La série choisit pour cela de s’appuyer sur Benedict, plus attiré par les marges que par les convenances mondaines, souvent perçu comme le pendant masculin de sa sœur Éloïse. Bon pari ? Le récit semble en effet effectuer un léger écart avec ce qu’elle a toujours été, sans pour autant renverser la formule.
Une fable familière
Sans trop en dévoiler, difficile de ne pas reconnaître, derrière l’intrigue principale, l’ombre d’un conte de fées bien connu. Ici, le soulier de vair cède la place à un gant égaré. Le procédé est éculé ; pourtant, il fonctionne. Bridgerton ne prétend pas déconstruire ses propres clichés et cette saison ne fait pas exception : amour au premier regard, interdits sociaux, jalousie, rencontres fortuites et romance différée sont au rendez-vous.

La nouveauté se situe ailleurs. Pour la première fois, la série s’attarde sur les coulisses des demeures bourgeoises : cuisines, domestiques, servantes invisibles… Cette focale introduit une lecture plus sociale, en dialogue avec les questions de genre. Il faut le dire : l’approche est maline et prometteuse.
Sophie, le renouveau inattendu ?
Cœur battant de ce nouveau chapitre : Sophie, interprétée par Yerin Ha, vue auparavant dans Halo. L’actrice se révèle très convaincante dans son nouveau personnage : aplomb, répartie, sagesse, elle intrigue autant par ce qu’elle montre que par ce qu’elle dissimule. Quelques indices laissent entendre qu’elle n’est pas à sa place, et Bridgerton choisit intelligemment de recentrer son récit sur elle, reléguant momentanément la famille éponyme à l’arrière-plan.

La série n’abandonne pas pour autant ses récits parallèles. Éloise, incarnée par la toujours remarquable Claudia Jessie, demeure l’un des personnages les plus justes et les plus stimulants, résolue à devenir vieille fille plutôt que de se plier aux attentes maternelles. À noter également l’arrivée de Katie Leung, bien connue des fans de Harry Potter, dans le rôle de Lady Araminta Penwood, en marâtre froide et calculatrice. Reste qu’à ce stade, ces intrigues secondaires peinent à dépasser leur fonction de remplissage.
Une mécanique toujours bien huilée
Visuellement, l’œuvre reste fidèle à elle-même. Décors et costumes sont somptueux, à l’image du bal masqué du premier épisode, particulièrement fastueux. Comme à son habitude, le show s’amuse aussi à revisiter des morceaux contemporains en versions orchestrales – clin d’œil bienvenu.

La structure narrative ne surprendra guère. L’ex-vicomtesse tente de pousser son fils vers le mariage, tandis que celui-ci se retrouve au centre de toutes les convoitises. Ces premiers épisodes suffisent à esquisser les grandes lignes des dénouements à venir. La série ne cherche pas vraiment à brouiller les pistes et l’on aurait aimé un peu plus d’audace – mais la suite saura peut-être nous surprendre. On l’espère.
Un plaisir malgré ses limites
Vous l’aurez compris : pas de révolution annoncée pour ce nouveau volet de La chronique des Bridgerton. La série continue d’exploiter les ressorts qui ont fait son succès, en particulier sur le terrain de la romance.

Et pourtant, l’efficacité demeure redoutable. Addictive, portée par un casting solide et enrichie de nouveaux personnages, la série conserve ce pouvoir singulier de séduction. Regarder Bridgerton, c’est un peu comme se replonger dans un classique de Disney : on en connaît les mécanismes par cœur, mais le charme opère toujours.