Notre sélection des meilleurs premiers romans de la rentrée littéraire de janvier 2026.
| On l’appelait Bennie Diamond, de Michael Dichter
Acteur aperçu chez Cédric Kahn, mais aussi réalisateur l’année dernière du remarqué Les trois fantastiques, Michaël Dichter écrit comme on tourne : des images plein la tête. Au moment de s’élancer dans son premier roman, sans doute s’est-il rappelé Diamant noir, thriller en immersion dans le quartier des diamantaires d’Anvers et premier long-métrage qui a révélé Arthur Harari, coscénariste avec Justine Triet de la Palme d’or, Anatomie d’une chute. Sans doute a-t-il repensé à toutes ces heures passées, lorsqu’il était adolescent, à visionner et revisionner les classiques de Martin Scorsese, symphonies flamboyantes qui font résonner ambition et argent, famille et truands, religion et amour.
Phénomène de foire à Francfort, la grand-messe internationale du livre, cédé en poche avant même sa publication, déjà en cours d’adaptation, On l’appelait Bennie Diamond brille par les influences qui l’ont bercé, mais surtout par sa générosité, son ambition et sa capacité à recréer sous nos yeux un milieu trouble et donc romanesque en diable.
À la suite de Bennie Goodman, jeune loup aux dents longues, qui rêve de marcher dans les traces d’un grand-père qui l’a renié, on arpente l’Anvers interlope des années 1970, où les aspirations d’une nouvelle génération se fracassent contre les codes et les traditions des anciens et des puissants de la ville. Splendeurs et misères d’un aspirant diamantaire. Un roman d’apprentissage balzacien. Un pur plaisir de lecture.
| La mer et son double, de Julia Lepère
En plus d’avoir largement contribué, en publiant David Grann ou Gay Talese, à l’émergence en France de la « narrative non-fiction », genre roi aux États-Unis, mêlant journalisme et littérature, les éditions du Sous-Sol assument depuis quelque temps, avec le même talent, une autre mission : servir de tribune aux voix féminines les plus inventives, les plus troublantes aussi, de la nouvelle génération romanesque. Après l’alchimiste Laura Vazquez, la dure à queer Phoebe Hadjimarkos Clarke et bien sûr la déflagration Adèle Yon, c’est au tour de la poétesse Julia Lepère de venir triturer le langage pour infuser nos imaginaires. La mer et son double est un premier roman foisonnant, sorte de matriochka littéraire où les récits s’enchâssent, où le réel s’effrite et s’illusionne.
Western métaphysique dans une ville fantôme caniculaire devenue le décor d’un film impossible à tourner, voyage paranormal sur un cargo du bout du monde où se multiplient les disparitions et les apparitions mystérieuses, conte fantastique empruntant au folklore inuit, quête intime d’une femme cherchant à appréhender son histoire et dompter ses traumas : perdez-vous sans crainte dans le labyrinthe. Quand Paris, Texas rencontre le roman Terreur de Dan Simmons. Vertigineux.
| Explosives, d’Hélène Coutard
Grand reporter pour le magazine Society, autrice en 2021 d’une enquête saisissante intitulée Les fugitives, partir ou mourir en Arabie saoudite, Hélène Coutard s’est fait une spécialité de prendre le pouls d’un monde qui vacille à la lumière des femmes. Avec Explosives, son premier roman, elle continue à creuser ce sillon.
En arrivant à Paris, Clara se prend de plein fouet les injonctions du patriarcat. Alors, sous la coupe de la troublante Ari, avec des sœurs de galère qui porte la violence des hommes en bandoulière, elle s’engage dans un groupe féministe radical. Chronique sociale corrosive, thriller sous tension, récit documentaire qui interroge la révolution au féminin : une bombe dont le souffle porte très loin.
| La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, de Jean-Philippe Daguerre
Aux origines du premier roman de Jean-Philippe Daguerre, dramaturge à succès récompensé de neuf Molières, une folle histoire vraie, qui a peu à peu été oubliée. Jeudi 18 octobre 1973, en pleine guerre du Kippour, une jeune femme détourne un vol Paris-Nice avec des revendications pour le moins étonnantes : la saisie de toutes les bobines du film de Gérard Oury, Rabbi Jacob, qui sort le jour même dans toutes les salles de l’Hexagone, et la promesse que le gouvernement français n’autorisera sa diffusion qu’une fois la paix instaurée entre les pays arabes et Israël. La forcenée n’est autre que Danielle Cravenne, femme de Georges Cravenne, pionnier français des relations publiques, attaché de presse des grandes figures du cinéma français, mais aussi des grandes sorties internationales, comme Le Parrain, et surtout proche de Gérard Oury et Louis de Funès, chargé de la promotion de Rabbi Jacob.
En se glissant malicieusement, avec un style très théâtral, effréné et jubilatoire, dans la peau de chacun des personnages illustres qui ont vécu de près ou de loin cette histoire, Jean-Philippe Daguerre raconte les dessous d’une affaire romanesque en diable, qui prête d’abord à sourire avant de faire froid dans le dos. Car l’histoire de Danielle Cravenne est celle d’une femme qui, au nom d’un engagement, d’une utopie, a subitement sombré dans la folie. C’est celle aussi d’un État français qui, en pleine tension sociale et religieuse, n’a pas fait dans la dentelle pour éliminer un problème gênant.
| Le sigisbée, de Mathilde Désaché
Sigisbée : de l’italien cicisbéo, mot désignant, au sein de la noblesse italienne du XVIIIe siècle, un chevalier servant, chargé officiellement de tenir compagnie à une femme mariée par son époux. À partir de cette surprenante réalité historique qui fait écho à l’air du temps, alors que l’on cherche aujourd’hui plus que jamais à redéfinir les contours de l’amour, Mathilde Désaché déploie un premier roman enivrant, détournant avec brio le poncif fictionnel qu’est le triangle amoureux.
Dans le faste du Venise de l’époque, Caterina Querini mène la grande vie, mondaine, festive, libérée. Elle vit une passion simultanée avec deux hommes, son mari et le jeune Français qu’on lui a choisi comme sigisbée. De cette tempête polyamoureuse naîtra même une fille, Giulia. Mais l’amour a ses raisons que la raison ignore et cette dernière finit par être enlevée par l’une de ses deux figures paternelles. Quinze ans plus tard, recluse dans un couvent pour expier sa faute, Caterina missionne un ami cher pour la retrouver. Surgit alors Henri Beyle, alias Stendhal, romancier dont on connaît le lien étroit avec l’Italie. L’auteur de La chartreuse de Parme s’élance sur les traces de Giulia. Sans savoir qu’à l’amour lui aussi succombera.