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Qui était Ricardo Bofill, l’architecte de l’impossible ?

18 janvier 2022
Par Félix Tardieu
Ricardo Bofill lors d'une interview à Barcelone (Espagne) en 2020
Ricardo Bofill lors d'une interview à Barcelone (Espagne) en 2020 ©shutterstock.com

L’architecte espagnol, décédé le 14 janvier dernier à l’âge de 82 ans, laisse derrière lui une oeuvre protéiforme, parfois controversée, mais résolument moderne.

L’architecte visionnaire Ricardo Bofill, l’homme aux « 1000 projets », est reconnu dans le monde entier pour son architecture utopiste et moderniste. Renvoyé de l’École d’architecture de Barcelone pour ses positions anti-franquistes, Bofill se forme à Genève avant de revenir dans une Espagne toujours aussi divisée, où il rejoint le groupe intellectuel dit de la « Gauche divine ». Bofill a oeuvré dans le monde entier, de la Catalogne (comme le célèbre Hotel Vela de Barcelone) aux États-Unis en passant par le Maroc, ou encore la Chine, le Japon, la Russie et l’Inde à travers les innombrables projets de son cabinet d’architectes Ricardo Bofill Taller de Arquitectura (RBTA) fondé à Barcelone en 1963. Composé d’architectes, de philosophes, de sociologues, de cinéastes, d’ingénieurs et d’écrivains, son cabinet s’installe dans une ancienne cimenterie à Saint Just Desvern (Barcelone) et commence à créer de gigantesques espaces de vie communs nourris par l’architecture traditionnelle catalane, à l’image du bâtiment Walden 7 (1975), inspiré par la structure des ruches d’abeilles.

Walden 7 (Sant Just Desvern) ©Denis Esakov

L’architecte catalan, né à Barcelone en 1939, a notamment réalisé d’importantes constructions en France à partir des années 1970 qui ont marqué l’imaginaire collectif, dont des logements sociaux monumentaux ayant pour objectif de replacer l’humain au coeur de la pensée architecturale, en réaction à l’« architecture de masse » des HLM. « L’architecture est la victoire de l’homme sur l’irrationnel », avait-il coutume de dire. Dans l’Hexagone, Ricardo Bofill est surtout resté célèbre pour la conception du quartier Antigone (mis en chantier en 1982) de Montpellier, coeur battant de la ville inspiré par les monuments de l’Antiquité, ou encore les espaces d’Abraxas de Noisy-le-Grand, où furent tournés de nombreux clips musicaux et des scènes de films dont l’emblématique Brazil (1985) de Terry Gilliam ou encore Hunger Games : La Révolte – partie 2 (Francis Lawrence, 2015). Longtemps dégradés et menacés de démolition, les Espaces d’Abraxas seront finalement réhabilités, l’architecte espagnol pilotant lui-même le projet de revitalisation. 

Le quartier Antigone à Montpellier ©Daniel Ibanez Parra
Les Espaces d’Abraxas à Noisy-Le-Grand ©Petr Kovalenkov

Ricardo Bofill a également détaillée sa conception de l’architecture dans quelques essais, comme Espaces d’une vie (Odile Jacob, 1989), ou encore L’architecture des villes (Odile Jacob, 1995). Un brin mégalo – de son propre aveu – Bofill rêvait de réaliser « l’impossible » et de révolutionner l’architecture moderne et l’organisation spatiale de la vie humaine. Il aura en tout cas produit des visions futuristes et utopistes qui marqueront durablement dans les esprits et la mémoire du tissu urbain.

Article rédigé par
Félix Tardieu
Félix Tardieu
Journaliste
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