Critique

Après Dracula, Georges Bess illustre Frankenstein

24 novembre 2021
Le monstre de Frankenstein, interprété par Boris Karloff en 1931.
Le monstre de Frankenstein, interprété par Boris Karloff en 1931. ©Collection Christophe L./GETTY IMAGES

Après une adaptation très remarquée du roman de Bram Stoker en 2019, Georges Bess s’attaque à un autre monument de la littérature gothique, Frankenstein. Mettant en images le roman de Mary Shelley, il signe un petit bijou en noir et blanc idéal pour les amateurs de romans graphiques et d’horreur.

L’histoire du docteur Victor Frankenstein et de la créature monstrueuse à laquelle il a donné vie est l’une des plus connues de la littérature gothique. Alors que le roman de Mary Shelley s’offrira une nouvelle jeunesse l’an prochain avec la parution d’une nouvelle traduction dans la collection Le Rayon Imaginaire des éditions Hachette, nul besoin d’attendre aussi longtemps pour en découvrir une adaptation en roman graphique. Disponible depuis le 24 novembre dernier aux éditions Glénat, elle est signée Georges Bess et compte 208 pages. Comme pour son adaptation du Dracula de Bram Stoker, Georges Bess respecte scrupuleusement la trame du roman.

Un récit connu…

Cette bande-dessinée est ainsi une version de Dracula bien plus fidèle que de nombreuses autres adaptations – notamment au cinéma. Tout au plus, les premières planches nous posent directement à bord d’un bateau pris dans les glaces de l’Arctique au lieu de faire commencer le récit à Saint-Pétersbourg, comme dans la première lettre du capitaine Robert Walton à sa sœur. Dès ces premières cases, au milieu des étendues gelées, Georges Bess parvient à agripper le regard. Sa mise en scène graphique, tout en noir et blanc, rappelle tout autant les penny dreadfuls et autres illustrations gothiques du XIXe siècle que les comics américains des années 60.

Tout commence donc sur la banquise, lorsque le capitaine Walton et son équipage recueillent un docteur Frankenstein plus mort que vif. Il leur raconte alors comment sa curiosité naturelle et son amour des sciences l’ont conduit à réaliser l’inimaginable : (re)donner vie à un être humain sans père ni mère. Et comment, effrayé par sa créature, il la fuit – poussant celle-ci à une vie criminelle pour se venger de la société et de son créateur qui la rejettent.

… qui gagne en profondeur et en humanité

L’adaptation de Georges Bess n’est pas la première version en bande dessinée de Frankenstein. Le mangaka spécialiste de l’horreur, Junji Ito, s’y était déjà essayé en 1994. Mais cette version se distingue par l’attachement dont l’auteur témoigne pour chaque personnage. Le récit de Victor Frankenstein montre des expériences terrifiantes, avec une mise en scène pleine page, et pourtant la curiosité pousse le lecteur à continuer de tourner les pages – comme elle pousse d’ailleurs le docteur à aller toujours plus loin dans sa recherche d’immortalité. Le personnage du monstre est si empli de douceur et d’envie que ce qu’il subit apparaît d’autant plus effroyable. À chaque fois, le trait précis du dessinateur et son travail sur les ombres et les contrastes donnent un peu plus de profondeur et de richesse au récit haletant et profondément humain de Mary Shelley. Même en connaissant l’histoire sur le bout des doigts, cette adaptation appelle à une double lecture : une première pour retrouver le récit, et une autre pour prendre le temps de s’attarder sur les détails des illustrations.

Outre une édition classique, Glénat proposera également une édition prestige à partir du 1er décembre avec quelques modifications graphiques et une couverture différente.

Mary Shelley, Frankenstein, de Georges Bess, Glénat, 208 p., 25,50 €.

Article rédigé par
Stéphanie Chaptal
Stéphanie Chaptal
Journaliste
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