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À voir : l’expo CinéMode par Jean Paul Gaultier à la Cinémathèque française

26 octobre 2021
Par Alexia De Mari
CinéMode à la Cinémathèque française du 6 octobre 2021 au 16 janvier 2022.
CinéMode à la Cinémathèque française du 6 octobre 2021 au 16 janvier 2022. ©CInémathèque française

Malgré l’annonce de ses adieux aux défilés haute couture lors de la fashion week de l’année dernière, Jean Paul Gaultier n’a pas réellement pris sa retraite – pour notre plus grand plaisir !

Costumier pour de nombreux réalisateurs, la carrière de Jean Paul Gaultier doit beaucoup au cinéma : c’est en effet le 7e art qui lui a donné envie de devenir couturier. L’enfant terrible de la mode a, depuis le 6 octobre dernier, pris possession du cinquième étage de la Cinémathèque française, à Paris, en tant que commissaire de l’exposition CinéMode. Cette ode à la mode et au cinéma croise l’histoire de la haute couture et celle des costumes sur grand écran. La première section du parcours est consacrée à la cinéaste Tonie Marshall, décédée en 2020, à qui Gaultier dédie son exposition. La mère de la réalisatrice, Micheline Presle, a fortement marqué l’enfance de Gaultier lorsqu’il la découvre dans Falbalas (Jacques Beker, 1945). Dans ce film, les costumes sont réalisés par Michel Rochas et, pour Gaultier, ce dernier est le premier couturier à s’emparer du cinéma afin d’en faire une vitrine pour ses créations.

Vêtements iconiques

Dans la première section, Jean Paul Gaultier joue sur la transparence et la légèreté en usant de voilages blancs derrière lesquels sont exposés les costumes : on est tenté de tendre le cou pour mieux voir les vêtements dont on ne peut apprécier tous les détails. Ces tissus rappellent l’univers de la mode et créent un effet vaporeux visuellement réussi et un support de projection tout en délicatesse.

Le parcours nous conduit ensuite à un espace noir plus classique qui permet d’apprécier les costumes mis en valeur par l’éclairage. Si le lieu est mixte, les vêtements masculins y sont largement minoritaires. De la robe de Marilyn Monroe dans Certains l’aiment chaud (Billy Wilder, 1959) au costume du Superman de Richard Donner (1978), on découvre les vêtements portés par des icônes du 7e art. Les costumes prennent vie sur les zones de projections qui nous permettent d’apprécier les mouvements du tissu sur les acteurs et la mise en valeur de leur silhouette. La féminité des icônes fait face à la virilité des costumes de cow-boys et de supers-héros. Les genres s’affirment et sont hypersexualisés : les tailles fines, les jupes bouffantes ou les jeux de transparence d’un côté, la mise en valeur de la musculature de l’autre. On regrette néanmoins que quelques rares pièces ne soient pas des originales, mais des « robes similaires à… » : dans une exposition consacrée à la mode et au cinéma, on aurait souhaité contempler les tenues portées par les actrices et les acteurs.

Les costumes de Sharon Stone dans Basinc Instinct (Paul Verhoeven), et de Fanny Ardant et Catherine Deneuve dans 8 femmes (François Ozon).©Alexia de Mari

Transgressions et extravagances

La déambulation nous mène progressivement vers la section « transgression », où l’on joue avec les stéréotypes. Les légendes que représentent Marlene Dietrich et Katharine Hepburn sont ici largement mises en avant. Ces deux stars hollywoodiennes ont emprunté smokings et pantalons dans le vestiaire des hommes et ont ainsi bouleversé les codes et représenté une étape vers l’émancipation des femmes à l’écran comme à la ville. Cette thématique est chère à Jean Paul Gaultier qui s’est intéressé précocement aux silhouettes androgynes.

Les costumes les plus extravagants et les plus contemporains suivront, notamment avec des vêtements créés par Gaultier pour son ami réalisateur Pedro Almodóvar. La mode au cinéma se fait ainsi révélatrice de son époque, autant qu’elle permet d’expérimenter les visions les plus originales – comme les costumes en métal exposés, qui ont été filmés dans le long-métrage Qui êtes-vous, Polly Maggoo ? (William Klein, 1966).

L’un des costumes en métal du film Qui êtes-vous, Polly Maggoo ?©Alexia de Mari

Le clou du spectacle

La dernière pièce de l’exposition permet d’admirer les robes d’icônes du cinéma aussi bien que de la mode telles que Grace Kelly ou Audrey Hepburn. Gaultier met ainsi en exergue le fait que de nombreuses actrices ont également été mannequins. L’exposition ne pouvait pas se terminer sans la mise en scène d’un défilé, forcément figé, avec des mannequins en plastique noir disposés sur une estrade. Le tout est dynamisé par la projection, au-dessus de la scène, de séquences de défilés provenant de films de différentes époques.

Si cette exposition permet de survoler les époques et de contempler certains vêtements iconiques, elle met également en avant, presque malgré elle, le manque de diversité des corps dans le septième art. Certainement un des nombreux combats encore à mener aujourd’hui dans l’industrie de la mode et du cinéma.

CinéMode à la Cinémathèque française du 6 octobre 2021 au 16 janvier 2022. La billetterie est ici.

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Article rédigé par
Alexia De Mari
Alexia De Mari
Journaliste