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Disney pourrait boycotter les salles de cinéma françaises pour privilégier Disney+

23 septembre 2021
Par Thomas Estimbre

La chronologie des médias est très contestée et Disney laisse planer la menacer de ne plus sortir ses films dans les salles de&cinéma françaises. Une décision qui pourrait avoir l’effet d’une bombe.

Depuis le 1er juillet dernier, un décret paru au Journal officiel stipule que les services de vidéo à la demande, comme Netflix ou Disney+, doivent consacrer au moins 20 % du chiffre d’affaires qu’ils réalisent en France au financement de la production d’œuvres cinématographiques et audiovisuelles européennes ou d’expression originale française. Un taux qui peut passer à 25 % pour les services qui proposent des films de moins de 12 mois. Les plateformes de streaming attendent depuis une compensation et cela pourrait passer par une évolution de la chronologie des médias. Très contestée, cette dernière contraint un film sorti en salles à attendre quatre mois avant de débarquer en VOD, puis huit mois pour certains services comme Canal+ ou OCS et 22 mois pour des chaînes gratuites.

 © Disney
© Disney

Les plateformes de streaming sur abonnement (SVOD) sont exclues de l’équation et doivent respecter un délai de 36 mois, soit trois ans, avant d’être autorisées à diffuser un film sorti en salle. Cette spécificité hexagonale fait grincer des dents les plateformes de vidéo qui doivent financer la création française. Alors que le gouvernement s’était engagé à réduire le délai de 36 à 12 mois pour les plateformes, cette contrepartie met du temps à se mettre en place. Face à la situation, le site Variety annonce que Disney s’impatiente et songe à ne plus sortir ses longs métrages dans les salles de cinéma françaises pour privilégier sa plateforme.

Actuellement, un film comme Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux, sorti en salles le 1er septembre 2021 en France, doit attendre septembre 2024 pour rejoindre Disney+. En cas d’accord, le vingt-cinquième film de l’univers cinématographique Marvel pourrait débarquer sur le catalogue français du service dès septembre 2022.

La chronologie des médias au cœur des débats

Le fait d’éviter une sortie sur grand écran permettrait en effet au géant du divertissement américain de ne plus être soumis à la chronologie des médias.  Cité par Variety, le PDG de Pathé, Ardavan Safaee, évoque « une situation inquiétante ». « Si certains grands films américains font l’impasse sur la sortie en salles en France, cela aura un impact sur tout le monde, y compris sur le secteur du cinéma français indépendant, qui bénéficie des entrées vendues pour ces superproductions américaines », ajoute-t-il.

Outre-Atlantique, on s’interroge sur le décalage sur la méthode employée dans nos contrées. « Aux États-Unis, la fenêtre maximale entre les salles de cinéma et les services de SVOD est de 45 jours, et les autres pays du monde suivent la même voie parce que les films américains représentent 70 à 80 % du box-office dans la plupart des pays ; alors comment la France peut-elle s’isoler du reste du monde ? », explique une source anonyme.

Proche du dossier, elle assure que « la France reste une exception car les films américains représentent moins de 50% des entrées en salle, mais nous ne pouvons pas nous permettre de perdre les films de Disney – ce serait une perte de 50 millions d’entrées par an ». En l’état, cet épineux dossier fait également écho aux attentes de groupes comme Canal+ ou France Télévisions. Un véritable casse-tête auquel s’ajoute la menace de Disney de ne plus proposer des films Marvel, Disney, Pixar ou encore Star Wars.  Jocelyn Bouyssy, directeur des Cinémas CGR, se veut cependant confiant et estime qu’un accord reste possible avec le groupe aux grandes oreilles et les studios américains : « Non seulement ils ont réalisé qu’ils avaient besoin des salles de cinéma pour générer des revenus, mais ils ont également constaté que cela n’avait pas été bon pour leur image et leurs relations avec des talents tels que Scarlett Johansson [au sujet de la sortie hybride de Black Widow, ndlr ] ».

Article rédigé par
Thomas Estimbre
Thomas Estimbre
Journaliste
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