Entretien

Horia : “Aujourd’hui, on romance la vie des serial killers”

28 octobre 2022
Par Agathe Renac
Horia : “Aujourd’hui, on romance la vie des serial killers”
©Dweeroz

Chaque semaine, Horia raconte des histoires terrifiantes à ses 2,43 millions d’abonnés sur YouTube. La passionnée de true crime nous a fait entrer dans son monde (pas si sombre que ça) pour nous parler de ses peurs, de serial killers et d’expériences paranormales.

Vos premiers abonnés vous ont découverte en tant que youtubeuse beauté et lifestyle, mais, il y a six mois, vous avez décidé de vous spécialiser dans le true crime. Qu’est-ce qui a motivé ce changement ?

J’ai toujours aimé les contenus criminels et policiers, qu’ils soient fictifs ou réels. Quand j’étais toute petite, j’adorais les émissions comme Les 50 histoires les plus mystérieuses, Les 10 disparitions les plus improbables, ou encore les séries sur des résolutions d’enquêtes comme Detective Conan, Monk et NCIS. Il m’arrivait de parler de cette passion sur mes réseaux et sur YouTube, mais on me connaissait surtout pour mes vidéos beauté et lifestyle, donc je ne voyais pas l’intérêt de diffuser du contenu sur cette nouvelle thématique.

« L’homme est le pire des monstres. »

Horia

Puis l’idée a fait son bout de chemin. Il y a presque deux ans, je me suis lancée sur Twitch et j’ai commencé à faire des jeux d’horreur. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé que ma communauté adorait avoir peur. Je pensais être la seule, mais pas du tout ! On a commencé à échanger sur des histoires paranormales, sur des crimes… J’ai fini par me poser et réfléchir. J’étais sur YouTube depuis dix ans, et j’aimais bien l’idée de changer de contenu et de direction artistique pour l’anniversaire de ma chaîne. La boucle était bouclée, en quelque sorte. J’avais fait le tour de la beauté et du lifestyle, et j’avais plus envie de parler des autres que de moi. J’ai passé une décennie à raconter mes histoires, j’avais déjà tout dit.

Et qu’est-ce qui vous intéresse dans ces nouvelles histoires ?

Tout m’intéresse dans le true crime ! Forcément, j’aime beaucoup l’aspect psychologique. Après mon bac, j’ai longtemps hésité à me lancer dans des études de psycho, car je voulais être psy dans une prison. J’aimerais comprendre comment un humain peut en arriver là. Est-ce une histoire de physiologie, d’hormones, de choc, de traumatisme… ? Je me suis toujours posé ces questions. Je m’intéresse aussi à la vie des victimes, qui ont tendance à être oubliées dans ces récits.

Les documentaires et les séries sur les serial killers se multiplient sur les plateformes depuis quelques années. Pensez-vous qu’ils “glamourisent” ces meurtriers ?

Je ne pense pas que cette glamourisation soit liée au nombre d’œuvres. Il y a toujours eu des reportages, des documentaires, des séries et des films sur les serial killers. En revanche, leur représentation a évolué. Dans les contenus “à la Netflix”, les criminels sont incarnés par de beaux acteurs et ils fascinent certains spectateurs, qui oublient que ce sont de vraies histoires, avec de vraies victimes. On le voit très bien en ce moment avec la série Dahmer – Monstre : l’histoire de Jeffrey Dahmer. Le public se met à aimer le meurtrier uniquement parce qu’il est joué par Evan Peters.

Evan Peters dans Dahmer – Monstre : l’histoire de Jeffrey Dahmer.©Netflix

Quand j’étais petite, les reportages et les documentaires utilisaient des images de reconstitution avec des acteurs plus proches de la réalité, ou en tout cas pas aussi beaux. Aujourd’hui, on romance la vie des tueurs en série. J’essaie de ne pas reproduire cette erreur sur ma chaîne, en exposant uniquement les faits et en appuyant mes propos avec de vraies photos et vidéos.

Vous avez d’ailleurs tourné une trentaine d’Horroria [des vidéos de true crime] et vous connaissez des centaines de faits divers. Quelle affaire vous a le plus marquée ?

Il y a plusieurs histoires que j’adore – non pas pour leurs auteurs, mais pour leur récit. L’affaire Xavier Dupont de Ligonnès me rend complètement dingue. Comme beaucoup, j’aimerais savoir où il est, ce qu’il fait, et pourquoi il a commis ces actes. L’affaire du Tueur du Zodiaque est aussi fascinante. Il s’agit d’un tueur en série qui a sévi à la fin des années 1960 et au début des années 1970 aux États-Unis. Il envoyait des lettres aux médias et à la police avec des signaux cryptés, mais on n’est toujours pas parvenu à les déchiffrer, ni à savoir qui il était !

David Fincher a raconté l’affaire du Tueur du Zodiaque dans son film Zodiac.

En fait, j’adore les histoires irrésolues. Je me dis qu’un jour, peut-être, quelqu’un trouvera la pièce manquante qui résoudra l’affaire et rendra justice aux victimes. Ces histoires me triturent l’esprit et j’adore développer des théories avec mes amis. On peut passer des soirées à faire des suppositions sur la planque de Xavier Dupont de Ligonnès. Bon, on ne risque pas de résoudre l’enquête, mais c’est passionnant !

Mais toutes ces phases de recherche et d’écriture pour vos vidéos ne vous causent-elles pas des cauchemars ?

Si, je fais beaucoup de cauchemars gores et trashs depuis que je suis passée en full true crime ! Après, j’ai toujours consommé ces contenus. Quand je faisais du lifestyle et de la beauté, je m’endormais tous les soirs avec un Faites entrer l’accusé, un Non élucidé ou une vidéo YouTube à propos de crimes. La différence, aujourd’hui, c’est que ces thématiques sont liées à mon métier. Je passe ma journée à lire des histoires sordides, donc maintenant, je m’endors avec des dessins animés. Quand certains détails choquants ou des affaires irrésolues tournent dans notre tête, on peut vite tomber dans une spirale infernale. Il faut mettre des limites pour éviter ces cauchemars et des insomnies.

« Oui, je suis la parano de service. (…) J’ai même développé des techniques pour qu’on puisse me retrouver s’il m’arrivait quelque chose. »

Horia

Avez-vous aussi constaté un changement dans votre quotidien ? Êtes-vous plus inquiète quand vous entendez des bruits chez vous, par exemple ?

Je ne suis pas devenue parano ; je suis parano depuis l’école primaire ! Quand une voiture roule plus lentement que les autres, je me mets à courir. Je ferme tout à double tour, j’ai des alarmes chez moi, je dors depuis des années avec une batte de baseball dans ma chambre… Tous les contenus que je regarde depuis des années m’ont prouvé que l’humain est bien trop sombre. Donc oui : je suis la parano de service, même avec mes amis ou mon copain.

Je leur dis toujours de faire attention dans la rue, dans les bars, avec leurs verres… J’ai même développé des techniques pour qu’on puisse me retrouver s’il m’arrivait quelque chose. Si je me fais enlever, je grifferai très fort l’agresseur pour que son ADN se glisse sous mes ongles et je le mordrai pour qu’il y ait de la peau dans mes dents. Je suis un peu folle à ce niveau-là, mais au moins, on retrouvera le criminel !

Vos vidéos nous rappellent que le monde des vivants est sacrément flippant. Croyez-vous aussi à l’existence d’un monde invisible ?

Je crois totalement au paranormal. Pour moi, la mort ne signifie pas la fin de tout. Il y a forcément quelque chose après la vie. Je pense que tout est fait d’énergie et qu’on prend simplement une autre forme. Certaines entités sont plus positives que d’autres, qui, à l’inverse, peuvent nous faire peur.

Avez-vous déjà vécu des expériences paranormales ?

J’ai assisté à plusieurs phénomènes avec ma meilleure amie, Emmy. On a raconté toutes ces expériences dans une vidéo sur ma chaîne YouTube. On pense clairement que son appartement était hanté. J’ai entendu des bruits particuliers à l’étage alors qu’on était seules, j’ai vu des poignées s’enclencher et des portes s’ouvrir alors que personne ne les touchait… Il y avait aussi des signes physiques, des marques laissées sur des objets et sur la peau, mais Emmy ne veut pas qu’on s’attarde dessus. Je pense sincèrement qu’il y avait quelque chose dans ce lieu.

Donc vous êtes sensible à ces manifestations ? Vous les sentez ?

Je suis surtout sensible aux murs et aux objets. Quand je cherchais des appartements et des maisons, je sentais tout de suite s’il y avait quelque chose de négatif dans le lieu. Je ne pourrais pas l’expliquer, mais il me suffisait de passer la porte pour dire : “Non, il faut partir, il ne faut pas vivre là.” Je ne visitais pas les autres pièces, ça ne servait à rien.

« J’ai toujours eu peur du silence. »

Horia

En ce qui concerne les objets, je pense qu’ils conservent l’énergie de leur propriétaire. Par exemple, je n’achète jamais de vieux bijoux sur Vinted ou dans les brocantes. C’est tellement symbolique que je suis persuadée qu’on leur transmet nos ondes, nos émotions, et nos pensées. Ils sont chargés de nos énergies.

De quoi aviez-vous peur quand vous étiez petite ?

J’ai toujours eu peur du silence. Été comme hiver, je dors avec un ventilateur. Ce n’est pas écologique, mais je ne peux pas m’en passer. Cette terreur est liée au fait que je suis sourde d’une oreille. Quand j’étais petite, j’avais peur de le devenir totalement. Quand j’entendais le silence, j’avais peur que ma deuxième oreille me lâche. Le bruit me rassure, c’est un son de référence qui me permet de savoir que tout va bien et que j’entends toujours.

Finalement, qu’est-ce qui vous effraie le plus : le monde visible ou invisible ?

Le monde visible, parce que l’homme est le pire des monstres.

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste