Logitech abandonne les microswitches au profit d’un système inductif haptique inédit. On a testé la Pro X2 Superstrike pendant plusieurs semaines. Verdict.
En résumé
Avec sa Pro X2 Superstrike, Logitech ne s’est pas reposé sur les acquis de ses précédents modèles et a osé retourner la table. Verdict, mais ce n’est pas parce qu’elle serait plus légère qu’une autre ou que son capteur battrait des records. Au lieu d’empiler les caractéristiques, la Superstrike s’applique à changer fondamentalement la manière dont un joueur interagit avec le clic. Son système HITS n’est ni un gadget ni un argument marketing creux. La réduction de latence est perceptible et le retour haptique est suffisamment convaincant pour faire oublier l’absence de switch physique. Même en bureautique, cette instantanéité finit par devenir addictive. Tout n’est pas parfait pour autant. Le prix élevé constitue une sacrée barrière à l’entrée. De même, la dépendance à G HUB est agaçante. Toutefois, ces défauts ne pèsent pas bien lourd face à ce que la Superstrike apporte de neuf. C’est le genre de produit qui arrive tous les quatre ou cinq ans et qui redéfinit les attentes pour toute la catégorie.
- La technologie HITS offre un gain tangible en réactivité
- Les possibilités de personnalisation
- Les clics silencieux
- La forme Superlight 2 éprouvée, compatible avec la majorité des prises en main
- L'autonomie très correcte
- La quasi-absence de clics accidentels, même au seuil le plus bas
- Le capteur HERO 2, fiable et peu gourmand en énergie
- Le logiciel G HUB est obligatoire en permanence, car les réglages ne sont pas sauvegardés dans la souris
- Pas de Bluetooth, limitant pour un usage polyvalent
- Les boutons latéraux classiques qui créent un décalage de sensation par rapport aux clics HITS
En 2020, la Superlight première du nom avait marqué les esprits en imposant un nouveau standard dans l’univers des souris compétitives, avec son châssis sous les 63 g qui semblait alors presque irréel. Cinq ans plus tard, Logitech remet le couvert avec la Pro X2 Superstrike. Cette fois, ses ingénieurs ne se sont pas attaqués au poids, mais carrément aux clics.
La nouvelle G Pro X2 Superstrike reprend la coque éprouvée de la Superlight 2 en proposant la même forme, la même ergonomie et le même capteur HERO 2. Elle troque en revanche les microswitches mécaniques ou optiques utilisés depuis des décennies contre un système totalement analogique baptisé HITS, pour Haptic Inductive Trigger System.
Derrière cet acronyme se cache un capteur inductif électromagnétique qui détecte la position exacte de chaque bouton principal, couplé à des moteurs haptiques qui recréent artificiellement la sensation tactile du clic, un peu comme sur le trackpad d’un Mac récent. Le principe rappelle également celui des claviers à effet Hall qui ont envahi le marché ces dernières années. Sauf qu’ici, c’est une première mondiale appliquée à une souris gaming.
Alors, gadget marketing ou vraie rupture ? Nous avons passé plusieurs semaines avec la bête pour voir si elle est à la hauteur de ses immenses promesses.
Le design et l’ergonomie
La première impression en sortant la Superstrike de sa boîte est familière. On se dit qu’on connaît déjà cette souris. Et pour cause, Logitech a repris nombre de points du châssis de la Superlight 2. On retrouve cette forme symétrique de taille moyenne à la pente douce qui convient à la grande majorité des prises en main, du palm grip au claw grip en passant par le relaxed claw.

Le choix d’avoir conservé une forme classique est logique pour un lancement aussi risqué sur le plan technique. On peut toutefois espérer que le système HITS sera décliné par Logitech dans des formats compacts (style Superlight 2c) ou ergonomiques (style DEX) à l’avenir. Pour l’instant, c’est sur cette silhouette éprouvée et rien d’autre.
Visuellement, la Superstrike se distingue par un coloris noir et blanc plutôt réussi, avec des boutons principaux noirs, une coque blanche et des marquages contrastés. L’ensemble dégage un côté épuré et technique. Pas de RGB ici, comme sur la Superlight 2, afin de ne pas alourdir le produit. La texture de la coque en plastique est légèrement crayeuse. Les mains sèches risquent de trouver la prise un peu glissante, mais Logitech fournit dans la boîte des grip stickers adhésifs pour compenser. Notez qu’ils ajoutent un peu de poids et masquent le design, ce qui reste un compromis à faire, en fonction de vos préférences.

Côté poids, justement. La Superstrike affiche entre 59 et 61 g selon la configuration du puck sous la souris (61 g avec le puck revêtu de PTFE, 60 g avec le puck plastique, 59 g sans puck). C’est à peu près équivalent à la Superlight 2, ce qui reste très correct. Cependant, face aux modèles ultra-légers récents comme la Corsair Sabre V2 Pro à 36 g, on n’est plus dans la même catégorie. Logitech justifie ce delta par les composants additionnels du système HITS (moteurs haptiques, capteurs inductifs, PCB ventilé, vis en titane).
Le système HITS, ou le clic sans switch
Passons maintenant à la star du spectacle, à savoir le fameux système HITS (Haptic Inductive Trigger System). Sous ce nom un peu barbare se cachent en fait deux technologies. La première est un capteur inductif électromagnétique qui permet de mesurer en continu la profondeur d’enfoncement. Comme pour les switches Hall Effect des claviers, il s’agit donc d’une détection analogique, sauf qu’il n’y a ici aucun mécanisme physique de commutation. À cela s’ajoutent des actuateurs linéaires à résonance (LRA) qui génèrent le retour haptique. Quand le capteur détecte que le seuil d’actuation est atteint, le LRA vibre brièvement pour simuler la sensation d’un clic mécanique. Logitech compare cela à juste titre au ressenti haptique des trackpads Force Touch d’Apple. Avec un résultat bluffant à la clé ! En utilisation normale, notre cerveau interprète le retour haptique comme un vrai clic. Même en se concentrant sur la sensation, nous avons eu du mal à percevoir la différence.

La course totale des boutons n’est que de 0,65 mm, divisée en dix niveaux d’actuation réglables. Au minimum, le clic se déclenche après seulement 0,1 mm de course, contre 0,6 mm en moyenne sur une souris à microswitch classique. C’est cette quasi-élimination du mouvement physique qui permet à Logitech d’annoncer une réduction de latence au clic allant jusqu’à 30 ms par rapport à une souris traditionnelle.
Autre fonction héritée des claviers à effet Hall : le rapid trigger. Sur un clavier ou une souris classique, il faut attendre que le bouton remonte complètement au-delà d’un seuil fixe pour enregistrer un nouveau clic. Pas ici, puisque dès que votre doigt commence à se relever, un nouveau clic peut s’enregistrer. Sur un tir en rafale ou du spam-click en RTS, le gain est palpable.
À l’usage
Une fois la souris dans la main, on ressent très vite la différence avec un périphérique classique. Le simple fait de cliquer sur des icônes du bureau ou dans Steam procure une sensation de réactivité inédite, comparable à ce qu’on ressent quand on passe pour la première fois à un moniteur 120 ou 144 Hz.
En FPS, l’impact est logiquement le plus flagrant. Que ce soit sur Counter-Strike 2, Call of Duty 7 ou Battlefield 6, le constat est le même et la connexion entre l’intention de tirer et l’action à l’écran paraît raccourcie. En MOBA et en RTS, le bénéfice prend une autre forme. Sur les titres tels que Starcraft 2, le spam-click pour sélectionner des unités et guider des éclaireurs devient un plaisir presque physique, tant chaque clic répond avec une précision millimétrée. Côté League of Legends, le rapid trigger offre un avantage pour les mouvements rapides du champion qui nécessitent des clics droits répétés à haute fréquence. Nous avons par ailleurs été surpris de ne rencontrer quasiment aucun clic accidentel, y compris au niveau d’actuation le plus bas.
Toutefois, il serait malhonnête de survendre le phénomène. La latence au clic n’est qu’un maillon de la chaîne viser-tirer. Le temps de réaction visuelle, le flick vers la cible, le micro-ajustement du réticule, tout cela reste inchangé. Logitech affirme que l’écart de latence au clic entre joueurs pros et non-pros passe de 14 ms à 3 ms avec la Superstrike, mais cela ne signifie pas que vous allez soudainement jouer comme les meilleurs pro. Le potentiel est là, le plafond de performance est rehaussé, mais c’est toujours votre skill qui déterminera la différence.

Le retour haptique évoqué plus haut a le bon goût d’être réglable en intensité. Lorsque cette dernière est réglée au maximum, la vibration imite fidèlement un clic mécanique ferme, avec ce feedback franc qui rassure les joueurs habitués aux switches traditionnels. En revanche, si l’intensité est au minimum, cela procure une légère impulsion, presque imperceptible, qui suffit néanmoins à confirmer l’action. Nous avons commencé notre test au niveau 2-3, avant de migrer progressivement vers le niveau 1 pour gagner en autonomie et en discrétion sonore.
C’est là l’autre surprise de la Superstrike, qui se montre remarquablement silencieuse. Ses clics haptiques ne produisent qu’un son étouffé, sans comparaison avec le claquement sec d’une souris classique. Si vous appréciez les switches Topre ou les claviers silencieux, vous retrouverez cette même philosophie du toucher présent mais discret. En désactivant complètement l’haptique (c’est possible), les clics deviennent quasi-muets, mais la sensation se rapproche alors d’un trackpad Force Touch éteint, ce qui n’est pas très agréable pour un usage prolongé.
Le capteur HERO 2
Sous le capot, Logitech a de nouveau opté pour son capteur HERO 2. Il se montre capable de monter jusqu’à 44 000 DPI, avec une vitesse de suivi de 888 IPS et une accélération maximale de 88 G. Des chiffres vraiment impressionnants sur le papier.

En pratique, le tracking s’est montré irréprochable durant tout notre test, sans aucun décrochage ni dérive. Tous les capteurs haut de gamme modernes se tiennent dans un mouchoir de poche, mais le HERO 2 reste parmi les plus économes en énergie, ce qui contribue directement à l’autonomie.
La connectivité sans fil
La connectivité passe par le protocole Lightspeed 2.4 GHz en sans-fil, avec possibilité de jouer en filaire par USB-C (plafonné à 1 000 Hz). Le sans-fil monte jusqu’à 8 000 Hz de polling rate. Il n’y a pas de Bluetooth en revanche. Il s’agit sans doute d’un sacrifice volontaire de la marque pour ne pas alourdir l’ensemble. En revanche, la compatibilité PowerPlay est conservée pour ceux qui possèdent le tapis de charge sans fil de Logitech.

Le logiciel
Le logiciel G HUB offre de très nombreux réglages avancés tels que l’actuation, le rapid trigger, l’intensité haptique, les profils par jeu, la sensibilité, l’assignation des boutons, etc. L’application offre vraiment tout ce qu’il faut en termes de paramètres, y compris un affichage en temps réel de la profondeur d’appui sur chaque bouton et la possibilité de partager sa configuration grâce à un code unique.
Le problème vient du fait que ces réglages ne se sauvegardent pas dans la mémoire embarquée de la souris. Si vous fermez G HUB ou démarrez votre PC sans le logiciel, la souris revient à ses paramètres par défaut. Vous devez garder G HUB actif en permanence pour que vos réglages persistent. C’est particulièrement frustrant.
L’autonomie
Justement, parlons autonomie. Logitech annonce 90 h à 1 000 Hz de polling rate en conditions de jeu FPS standard. Ce chiffre varie évidemment selon l’intensité haptique et le polling rate choisi. Monter à 8 000 Hz avec l’haptique au maximum réduira significativement l’endurance.

En usage mixte (bureautique et gaming, haptique niveau 3 sur 5, 1 000 Hz), nous avons tenu une semaine complète sans brancher le câble. Il n’y a donc pas de surprise désagréable de ce côté.
Conclusion
Avec sa Pro X2 Superstrike, Logitech ne s’est pas reposé sur les acquis de ses précédents modèles et a osé retourner la table. Verdict, mais ce n’est pas parce qu’elle serait plus légère qu’une autre ou que son capteur battrait des records. Au lieu d’empiler les caractéristiques, la Superstrike s’applique à changer fondamentalement la manière dont un joueur interagit avec le clic. Son système HITS n’est ni un gadget ni un argument marketing creux. La réduction de latence est perceptible et le retour haptique est suffisamment convaincant pour faire oublier l’absence de switch physique. Même en bureautique, cette instantanéité finit par devenir addictive. Tout n’est pas parfait pour autant. Le prix élevé constitue une sacrée barrière à l’entrée. De même, la dépendance à G HUB est agaçante. Toutefois, ces défauts ne pèsent pas bien lourd face à ce que la Superstrike apporte de neuf. C’est le genre de produit qui arrive tous les quatre ou cinq ans et qui redéfinit les attentes pour toute la catégorie.