Sélection

Qu’elle se danse ou qu’elle se lise, la musique se vit en littérature

19 juin 2020
Par Sébastien Thomas-Calleja
Qu’elle se danse ou qu’elle se lise, la musique se vit en littérature

Si la musique adoucit les mœurs, les livres évadent les pensées, selon l’écrivain Ali Diaby. La musique, comme la littérature, sont des langages de l’âme. Que ce soit pour dire ses émotions ou ressentir des sensations, c’est toujours la vie qui s’exprime, dans la tristesse aussi bien que dans l’allégresse. Alors que vous lisiez des livres prosaïques sur un mode lento, ou lyriques sur un tempo allegro, retrouvez à l’occasion de la Fête de la musique notre sélection crescendo de 10 œuvres

Si la musique adoucit les mœurs, les livres évadent les pensées, selon l’écrivain ivoirien Ali Diaby. La musique, comme la littérature, sont des langages de l’âme. Que ce soit pour dire ses émotions ou ressentir des sensations, c’est toujours la vie qui s’exprime, dans la tristesse aussi bien que dans l’allégresse. Alors que vous lisiez des livres prosaïques sur un mode lento, ou lyriques sur un tempo allegro, retrouvez à l’occasion de la Fête de la musique notre sélection crescendo de 10 œuvres littéraires dans lesquelles la mélodie humaine occupe une place prépondérante.


« Je me demandais si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes. »

Marcel Proust, La prisonnière

Tous les matins du mondeTous les matins du monde – Pascal Quignard

« La musique est simplement là pour parler de ce dont la parole ne peut parler. En ce sens, elle n’est pas tout à fait humaine. »

La viole de gambe resta longtemps désuète, avant d’être progressivement remise au goût du jour avec la redécouverte de la musique baroque. Cet instrument au centre du roman Tous les matins du monde, symbolise à lui seul le XVIIe siècle dans lequel il nous plonge et les affres de la création artistique à travers les personnages de Marin Marais, musicien talentueux mais orgueilleux et son maître Jean de Sainte-Colombe, désintéressé et dévoué à son art.

Deux destins qui s’entremêlent et se révèlent magnifiquement dans ce très beau roman, comme dans son adaptation d’Alain Corneau et cette enivrante composition de Jean-Baptiste Lully :

Aller + loin : Notre hommage à Jean-Pierre Marielle, acteur inoubliable de Tous les matins du monde 

Novecento : Pianiste – Alessandro Baricco Novecento pianiste

« Parce qu’un bateau, tu peux toujours en descendre : mais de l’Océan, non… »

Musicien ou marin ? Novecento ne voit la vie qu’à travers les quatre-vingt-huit touches noires et blanches de son piano. Ne descendant jamais du transatlantique qui l’a vu naître, sa musique est celle de l’Océan. Une fable poétique magnifiée par l’écriture envoutante d’Alessandro Baricco, adaptée en pièce de théâtre : 

Aller + loin : Notre avis sur ce conte musical unique

Libertango – Frédérique Deghelt Libertango

« Tout se joue au-delà des musiciens, au-delà du chef d’orchestre, au-delà de la partition du compositeur. C’est ce qui fait de la musique un langage à part. Le langage humain, c’est celui des mots. La musique serait une concession, un cadeau, un amour suprême que quelqu’un pourrait avoir oublié pour nous aider à ne pas utiliser que des mots, pour dire tout le reste. »

La musique sauve des vies. Enfermée dans son handicap, elle sera un refuge pour Luis. Une évasion et son apprentissage de la vie par la seule force de rédemption de l’harmonie musicale. Jusqu’à la révélation de sa destinée au son du bandonéon. Luis transcendera son existence d’hémiplégique rejeté sur un air de tango endiablé.

Libertango de Frédérique Deghelt fait parti des romans touchant et exaltant qui ne vous laisse pas indemne. 

Le temps où nous chantions – Richard Powers Le temps où nous chantions

« Chanter était ce qu’il faisait de mieux. Chanter, c’était mieux que ce que le monde avait de mieux à offrir, mieux que n’importe quelle drogue, mieux que n’importe quel tranquillisant. Le chant était dans son corps… »

Elle est noire. Il est juif. Ils se rencontrent en 1939, s’aiment, se marient et auront trois enfants. Alors que la guerre n’est encore qu’une menace, c’est une déflagration de violence qui va s’abattre sur cette famille qui traversera le siècle dans le vacarme assourdissant de l’injustice.

Le temps où nous chantions : le roman-fleuve d’une saga de musiciens métis transportés par la musique, leur seul soutien et seul espoir pour unifier le monde. Une symphonie humaine à l’énergie salvatrice. 

Concerto pour la main morteConcerto pour la main morte – Olivier Bleys

« La musique aussi le grisait, mais c’était une « ivresse d’un autre tonneau ». »

Dans l’immensité des steppes sibériennes, le froid peut avoir raison des hommes s’ils ne se réchauffent pas au coin du feu accompagné d’une bouteille de vodka. Vladimir pourtant en refuse ses douceurs. Doux rêveurs, paumés ou illuminés, c’est une galerie de personnages étranges et loufoques qui traverse ce roman déversant autant du côté tragique que comique de la vie, au son du concerto n°2 en do mineur de Rachmaninov qui les relie.

Concerto pour la main morte est un roman aussi troublant et fascinant. 

Corps et âme – Frank Conroy Corps et âme

« Musique, musique, pour un temps, apaise nos tourments. »

L’histoire d’un homme qui verra sa vie transcendée par la musique et son don pour l’exercer. Du sous-sol insalubre de son enfance, il conquerra le monde et impressionnera les puissants.

La musique se vit dans ce roman comme une impulsion de jazz et la traduction de l’insondable pulsation de la vie.

Corps et âme, le roman émouvant d’un destin extraordinaire.

Opus 77Opus 77 – Alexis Ragougneau

« À quoi tient la trajectoire d’une vie ? À son père. À sa mère. À son frère ou à sa sœur. À ses échecs, à ses succès. À la musique qu’on entend et aux livres qu’on lit. »

Chef d’orchestre, violoniste, soprano ou pianiste, les Claessens étaient « dévorés par la musique ». Une famille gagnée par la gloire, mais aussi hantée par le secret. C’est Ariane, la fille, qui nous guidera dans le labyrinthe familial des faux semblants et des violences sourdes, tendant son fil ténu entre la passion et l’oppression.

Opus 77, un roman captivant, grâce à une intrigue addictive dont la clef de voûte réside en ce fameux Opus 77 de Chostakovitch.

Aller + loin : L’avis de notre Cercle littéraire 

Haute fidélité – Nick Hornby Haute fidélité

« Si je me débrouille pas trop mal avec les filles, ce n’est pas grâce aux vertus que je possède, mais grâce aux défauts qui me manquent. »

Rob est disquaire et obsédé par le catalogage des choses ou des émotions. Une passion dévorante qu’il concrétise dans l’élaboration de playlists savamment concoctées grâce à ses connaissances de professionnel la musique, mais qui le coupe du reste du monde et surtout l’empêche de vivre une vie de couple satisfaisante. Jusqu’au jour où il décide de mettre ses états d’âme en musique.

De déceptions en ruptures, l’inventaire vinyle d’un éternel adolescent irrésistible. Haute fidélité est un roman aussi touchant qu’hilarant.

Né sous les coupsNé sous les coups – Martyn Waites

« Tout le monde portait des masques, tous les jours. Le masque de quelqu’un de célèbre était une image, soigneusement choisie, contrôlée et filtrée, puis présentée comme vraie. Un rôle joué simultanément en public et en privé, qui permettait de se montrer sans rien révéler. »

Le son strident des luttes de classe dans cette incroyable fresque sociale qui compare la ville de Coldwell en Angleterre entre 1984, au moment de la dislocation des mines, puis vingt ans plus tard, une cité gangrénée par la violence et la pauvreté. Les puissants manipulent, les opportunistes profitent, et le commun des mortels tentent de survivre.

Né sous les coups : Sur une bande-son omniprésente de pop-rock anglaise exaltante, un diamant brut du roman noir.

Âme brisée – Akira Mizubayashi Ame brisée

« Emporté par la haine féroce, il balança le violon par terre de toutes ses forces et l’écrasa de ses lourdes bottes de cuir. L’instrument à cordes, brisé, aplati, réduit en morceaux, poussa d’étranges cris d’agonie qu’aucun animal mourant n’eût émis dans la forêt des chasseurs impitoyables. »

Comment refermer les plaies des violences de la guerre ? Comment réparer un violon brisé ? L’âme de l’humanité symbolisée dans un instrument, pour relier à jamais la force de rédemption de la musique transmise ici par la littérature. Deux formes d’art qui se nourrissent et s’unissent pour mieux défier la mort et le deuil impossible.

Ame brisée est un très beau roman écrit par un auteur japonais, Akira Mizubayashi, professeur de français à l’université, récemment sacré Prix des Libraires 2020. 

Aller + loin : Le Prix des Libraires 2020 

Musique et littérature se croisent, s’inspirent et s’approfondissent, mais jamais ne s’opposent. Deux formes d’art pour une seule expression humaine.

Quoi de mieux pour exprimer ce lien indéfectible que le musicien, interprète et compositeur Bob Dylan, Prix Nobel de littérature en 2016 ? 

*Illustration © Free-Photos sur Pixabay 

Aller + loin : Retrouvez toutes nos Curiosités littéraires 

Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
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