Critique

« Pillion », la troublante (et réjouissante) romance queer et cuir

03 mars 2026
Par Catherine Rochon
"Pillion", la troublante (et réjouissante) romance queer et cuir
©Memento

Rom-com BDSM audacieuse, « Pillion » du réalisateur britannique Harry Lighton bouscule les codes, dérange, émeut et charme. Une vraie réussite – en salle ce 4 mars 2026 – portée par le tandem Alexander Skarsgård et Harry Melling.

Colin (Harry Melling, le Dudley Dursley d’Harry Potter) est ce qu’on appelle un « bon gars ». Quand il ne distribue pas des contraventions, il joue les choristes au pub du coin avec son papa. Le soir, il rentre sagement se coucher dans le cocon familial. Une vie ripolinée, qui sent autant le savon que le renfermé.

Jusqu’au jour où il croise le regard ténébreux de Ray (Alexander Skarsgård), leader magnétique d’un club de motards. Un chevalier bardé de cuir, taciturne et terriblement sexy. Entre eux, la tension est instantanée. Et au détour d’une ruelle sombre, un accord tacite se noue : Colin sera le « dominé » de Ray.

C’est là que repose toute l’originalité du premier film du réalisateur britannique Harry Lighton, adaptation du roman Box Hill d’Adam Mars-Jones. Pillion – qui désigne le siège arrière d’une moto en anglais – débute comme une rom-com gay, mais emprunte rapidement des chemins de traverse, tant dans sa tonalité que dans sa forme.

Aussi drôle qu’inconfortable

Loin de verser dans une esthétisation de la relation BDSM qui va se tisser entre Colin et Ray, Pillion adopte une mise en scène frontale, parfois crue, au plus près des corps et des visages, et inscrit cette histoire iconoclaste dans un décor d’une banalité presque troublante. Une sobriété qui permet de mieux observer la fabrication de l’intimité, les rapports de pouvoir qui y fluctuent, l’élaboration des codes, les gestes routiniers, les silences entendus et les regards implicites. Car, loin de subir, Colin, si poli et si sage face à son grand Ray, s’exécute, remercie, en redemande – et note docilement « plug anal » sur sa liste de courses du jour.

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Alexander Skarsgård et Harry Melling dans « Pillion »

Ici, pas de binarité, de jugement moral, ni de caricature. Ce récit initiatique singulier explore la frontière entre dépendance, amour et oubli de soi. Et prend toute sa dimension grâce aux interprétations du duo d’acteurs. Alexander Skarsgård, formidable d’opacité, prête son charisme de grand fauve à ce dominant énigmatique, tandis que Harry Melling émeut par son mélange de candeur et d’abandon.

Aussi drôle qu’inconfortable, mais aussi étrangement sensible, ce Pillion subvertit joyeusement la comédie romantique avec ce qu’il faut d’humour british, de radicalité et de tendresse cuirassée.

Article rédigé par
Catherine Rochon
Catherine Rochon
Responsable éditoriale
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