Après avoir enregistré sur le nouvel album de De La Soul, le rappeur Nas revient avec un nouvel opus attendu le 20 février 2026, « Light Years », en duo avec DJ Premier. Une actualité forte pour l’artiste américain qui fête ses 30 ans de carrière – et qui aura marqué d’une empreinte singulière l’univers du rap.
En 1996, le paysage du rap est dominé depuis quatre ans par le travail du producteur Dr Dre. Son album solo The Chronic (1992), puis son travail avec Snoop Dogg sur Doggystyle (1993), ainsi que les BO d’Above The Rim et de Murder Was The Case (1994), ont mis Los Angeles et le genre G-funk au centre de l’échiquier.
De son côté, le disque All Eyez On Me (1996) du rappeur 2Pac, dont Dre assure la production du titre California Love, enfonce le clou. New York, pourtant berceau du genre, est alors un peu passé au second rang.
C’est dans ce contexte que Nas fait son entrée en avril 1994 avec le désormais culte Illmatic.
Le succès de cet album tient à trois raisons : le choix et la multiplicité des producteurs, la qualité des textes, mais aussi (et surtout) la voix et le flow de Nas.
Illmatic, ce sont quatre piliers du hip-hop qui, chacun à leur manière, apportent leur expertise : Pete Rock insuffle la chaleur de ses productions soul, DJ Premier impose sa maîtrise des boucles jazz et du scratch, Large Professor apporte son expérience de technicien hors pair, tandis que Q-Tip offre une esthétique alternative et brillante.
Ensemble, ils créent une alchimie sonore unique pour un album exceptionnel et trois titres majeurs : It Ain’t Hard To Tell, Halftime et NY State Of Mind.
Mais l’œuvre ne se résume pas à son équipe. Nas est un rappeur extraordinaire et un auteur très talentueux. Il fait partie du cercle très fermé des poètes de la rue : ses rimes sont soutenues, son rap fluide et ses paroles finement ciselées. Narrateur puissant dont la voix incarne à merveille le contexte de la rue, il a grandi dans le Queens, « à la dure », en flirtant avec le danger après avoir abandonné l’école – bien qu’il ait reçu une certaine éducation. Tout cela s’entend dans ses textes et dans sa voix.
Une légende devenue un classique
L’album Illmatic est stupéfiant, à la hauteur des attentes de son label. Dès sa sortie, le disque se vend bien et reçoit un accueil unanime des médias généralistes et spécialisés. Très vite disque de platine, l’œuvre remet New-York au centre du jeu – car non, la culture hip-hop n’est pas la culture du « bling-bling ».
Le label Rawkus s’engouffrera par la suite dans la brèche ouverte par Illmatic. Les artistes Mos Def, Talib Kweli, Hi-Tek et Company Flow suivront la même voix (il en ira de même pour un certain Common à Chicago).
Aujourd’hui, le premier album studio de l’Américain fait figure de classique du genre. Une œuvre marquante à posséder dans toute bonne collection d’albums rap.
Par la suite, Nas ne cessera jamais de rester fidèle à la culture hip-hop de ses débuts, ardent défenseur de toutes les disciplines du genre. Probablement l’une des raisons de sa longévité.
Light Years, véritable retour aux sources
Avec Light Years, prévu pour le 20 février 2026, Nas rappelle une fois de plus ce qu’est le rap et d’où il vient. Il reconfirme sa place parmi les grands du genre et retrouve DJ Premier, artisan de son succès.
Sur le puissant Writers, il célèbre les artistes graffeurs qui ont construit la culture hip-hop dans la rue, bien avant l’arrivée du rap et de sa commercialisation. Il y cite Futura, Skeem, Dondi White et d’autres noms emblématiques. Puissant, comme sa voix et la rythmique de Premier.
Sur Welcome To The Underground, l’hommage est rendu au Queensbridge de New York, lieu où il a grandi en écoutant Marley Marl ou Juice Crew. NY State Of Mind Pt. 3 est émouvant et vibrant de mélancolie. Un regard sur le passé, sur le New York de son adolescence, sur cette ville incroyable.
Madman est à couper le souffle. Il honore ceux qui ont pavé la route du rap – ses influences. Le tout sur un sample du Wu-Tang Clan par DJ Premier, et sur des scratchs affutés dont le membre de Gang Starr a le secret.
Trente ans après ses débuts, Nas remet les pendules à l’heure. Le hip-hop est une culture, source d’années lumineuses pour plusieurs générations. Et Light Years en est un sublime rappel.