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Invitation au voyage vers les racines de Nora Gubisch et Alain Altinoglu

09 mai 2014
Par Frédérique
Invitation au voyage vers les racines de Nora Gubisch et Alain Altinoglu
©dr

La mezzo Nora Gubisch et son compagnon le pianiste et chef d’orchestre Alain Altinoglu poursuivent leur chemin comme deux très bons artisans de la musique, ensemble ou séparément. Et c’est toujours un plaisir de les retrouver sur un même album en particulier lorsqu’il s’il s’agit d’un programme voix et piano, tant leur entente est belle (dans tous les sens du terme).

Voici donc un troisième album les réunissant dans cette formule qui leur va si bien (après Duparc et Ravel, que j’avais eu le plaisir de vous faire découvrir dans ces pages). Contrairement aux deux précédents, il n’est pas consacré à un seul compositeur. Les deux musiciens ont choisi de nous parler un peu d’eux-mêmes et de leurs origines par le biais de musiques qu’ils aiment.

« Notre géographie personnelle est assez riche : Alain est d’origine arménienne, Nora a des origines à la fois espagnoles et germaniques. » confie le couple. Nous voici donc embarqués pour un agréable voyage.

nora gubischmélodies de Ravel

À l’occasion du précédent album consacré à des mélodies de Maurice Ravel, Nora Gubisch parlait du lien indirect de sa famille avec le compositeur. La chanteuse est en effet l’arrière petite nièce du grand pianiste espagnol Ricardo Viñes, grand ami de Ravel. Pour l’album Folk Songs, Nora Gubisch puise de nouveau dans ses origines espagnoles en nous offrant des mélodies d’Enrique Granados, Fernando Obradors et Manuel de Falla, très lié lui aussi à Ricardo Viñes pour lequel il composa les Nuits les jardins d’Espagne. Les trois compositeurs, strictement contemporains du pianiste sont aussi à l’origine du renouveau de la musique classique espagnole au début du 20e siècle. Tous trois choisirent de s’inspirer des musiques populaires de leur pays, comme en témoignent ces mélodies qui reprennent souvent des danses (jota, asturiana, séguedille). Autre point commun, la richesse de la partie de piano qui vient rythmer et colorer le tout.

Les Folk Songs de Luciano Berio, dans leur version d’origine pour voix et sept instruments dirigés par Alain Altinoglu, sont depuis quelques années déjà au répertoire du couple qui les a donnés en concert lors d’une tournée avec des musiciens de l’Ensemble intercontemporain. Ce compositeur aux nombreux centres d’intérêts et influences, s’est notamment intéressé aux musiques traditionnelles qui lui inspirèrent plusieurs œuvres vocales, Coro, Voci, The Cries of London et ces Folk Songs écrits pour la cantatrice Cathy Berberian. Berio y reprend des airs de plusieurs contrées (USA, France, Arménie, Azerbaïdjan, Italie). Contrairement à d’autres pièces, il touche très peu à la mélodie d’origine. Lorsqu’il « cite et transforme » un air, c’est surtout dans l’accompagnement, les instruments de l’orchestre classique, remplaçant des instruments traditionnels. En digne héritière de Cathy Berberian, Nora Gubisch nous y fait entendre les multiples palettes de sa voix, passant d’un chant précieux dans Rossignolet du bois à la gouaille des femmes de pêcheurs siciliens dans A la femminisca. Elle a d’ailleurs particulièrement travaillé la diction des différentes langues et dialectes qu’elle aborde dans ces chants.

Le récital s’achève par Johannes Brahms (les origines germaniques de Nora), qui comme d’autres romantiques allemands, trouvait une de ses sources d’inspiration dans les chants populaires. Deux Lieder op 91 pour voix d’alto, alto et piano, alliance subtile de tessitures proches, et la célèbre Berceuse op 49 terminent ce voyage. Et l’on se prend à espérer un album entièrement consacré à des Lieder de Brahms…

Comme pour ses récitals Duparc et Ravel, Nora Gubisch étonne par la clarté de sa diction, une clarté qui n’a rien de rigide ou mécanique mais qui, au gré des intonations musicales, fait ressortir toutes les nuances du texte, quelle que soit la langue. La grande variété des pièces met aussi en valeur la richesse de sa voix qui peut être très sombre comme dans l’opus 91 de Brahms ou étincelante comme dans Manuel de Falla. Alain Altinoglu, excellent  pianiste et accompagnateur pertinent est lui aussi, dans une heureuse constance, le partenaire idéal de notre chanteuse. Alors oui, c’est sans surprise, ce récital comble mes espérances. Nora Gubisch et Alain Altinoglu sont toujours aussi bons !

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Frédérique
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