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Samouraï, de Fabrice Caro : quand la littérature s’amuse

17 mai 2022
Par Sophie Benard
Samouraï, de Fabrice Caro : quand la littérature s’amuse
©CC/Cédric Jover

On connaît surtout Fabrice Caro sous son pseudonyme de bédéaste, Fabcaro. Il a plus d’une trentaine d’albums à son actif, dont l’inoubliable Zaï Zaï Zaï Zaï (6 Pieds sous terre, 2015) ; mais il est aussi romancier. Et son dernier texte, Samouraï, est un régal.

C’est l’un des exercices les plus difficiles en littérature, mais Fabrice Caro maîtrise l’humour à merveille – entre absurde et mélancolie, entre lucidité et délicatesse. C’est ce que manifestaient déjà ses trois précédents romans : Figurec (Gallimard, 2006), Broadway (Gallimard, 2020), et le désormais classique Le discours (Gallimard, 2018) – depuis adapté au cinéma (Laurent Tirard, 2021).

Samouraï commence mal. Vraiment mal :

Cette semaine-là, à quelques jours d’intervalle, mon meilleur ami d’enfance s’est suicidé, Lisa m’a quitté et on annonçait qu’une météorite allait frôler la Terre à une distance suffisamment proche pour que l’on s’en inquiète – selon certains spécialistes, il n’était pas exclu qu’elle la percute.

Fabrice Caro
Samouraï
Samouraï, de Fabrice Caro. En librairie depuis le 05/05/2022.

Après avoir pris le recul nécessaire sur sa situation – « Il arrive parfois que tout soit concentré sur un laps de temps très court, un condensé d’évènements, et après tout pourquoi pas. » – le narrateur de Samouraï se met en tête d’écrire un « roman sérieux ». Voilà qui devrait non seulement donner un sens à ses journées, mais surtout impressionner Lisa ; c’était sans compter la mission périlleuse qui vient de lui être confiée par ses voisins : surveiller leur piscine pendant leurs vacances. C’était sans compter, non plus, sur ce maudit couple d’amis qui s’entête à lui organiser des rendez-vous catastrophiques avec toutes ses copines célibataires.

Voilà ce qui nous a toujours rapprochés, Florent et moi : le gène de la catastrophe auto-immune, une aptitude à se rendre la vie plus pénible encore sans la moindre aide extérieure. Un vrai don de Dieu.

Fabrice Caro
Samouraï

Jamais méchant mais toujours malicieux, jamais aux dépends de son narrateur mais toujours avec lui, Fabrice Caro s’amuse comme un fou à traîner son personnage dans l’absurdité de sa vie – de la vie – et y prend un plaisir communicatif. Requinquant !

Samouraï, de Fabrice Caro, Gallimard, coll. « Sygnes », 224 p., 18 €. En librairie depuis le 05/05/2022.

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Article rédigé par
Sophie Benard
Sophie Benard
Journaliste