Critique

Hip-hop 360 : quand la Philharmonie rend hommage à l’art de la rue

17 février 2022
Par Marie Pénicaut
MC Solaar posant avec les gamins du quartier à l’occasion de la sortie de son 45T, Bouge de là, premier single d’or du rap français.
MC Solaar posant avec les gamins du quartier à l’occasion de la sortie de son 45T, Bouge de là, premier single d’or du rap français. ©Maï Lucas

Pour célébrer les 40 ans de l’arrivée du hip-hop en France, la Philharmonie de Paris sort le grand jeu avec Hip-hop 360, une exposition immersive retraçant l’histoire d’une culture foisonnante et en perpétuel mouvement.

Il y a quelque chose de fort à voir la Philharmonie de Paris mettre le hip-hop à l’honneur dans sa programmation, en plus de cette exposition dédiée. L’institution culturelle inaugurée en 2015 nous avait pourtant habitués à des concerts de musique symphonique on ne peut plus classiques. Mais, en 2022, elle fait entrer l’immense Kery James dans sa salle de concert la plus prestigieuse. Et si on se réjouit de cette reconnaissance symbolique d’un mouvement encore moqué et marginalisé par les élites culturelles, on ne peut s’empêcher de se demander : comment faire entrer dans un musée, sans la dénaturer, une culture fondamentalement anti-institutionnelle ?

Gloire à l’art de la rue

Pour Hip-hop 360, le parti pris a été de concevoir l’exposition avec celles et ceux qui ont fait le hip-hop en France. Le commissaire de l’exposition n’est ainsi autre que François Gautret, breakdancer et fondateur de l’Urban Film Festival, qui baigne dans le milieu du hip-hop depuis l’âge de 9 ans. Le DJ Dee Nasty a prêté des dizaines de disques de sa collection personnelle pour l’occasion, quand des pionniers du graff se sont amusés à réaliser des œuvres in situ sur de la tôle ondulée et des bouts de trains prêtés par la RATP. Attention, d’ailleurs, à ne pas louper, au cœur de l’exposition, la magnifique fresque murale de Mode 2 en arrière-plan des extraits vidéos retraçant les différents styles de danse et vestimentaires issus du mouvement.

Voyage dans l’histoire du hip-hop

L’exposition est à l’image du mouvement auquel elle cherche à rendre hommage : détonante, créative, éclectique. On y évolue dans une ambiance rétro et feutrée, plongeant dans l’histoire du hip-hop à travers ses objets iconiques : pochettes de disques vinyle, cassettes audio, platines et boom boxes. Car le hip-hop est loin de se cantonner au seul rap et à ses punchlines : c’est aussi le DJ, le graff, la danse, le beat box – et puis la mode, avec tout un code vestimentaire qui se fait et se défait au mythique magasin Ticaret, le tout premier lieu parisien dédié au hip-hop.

Le jeune JoeyStarr.©Maï Lucas

Tout un art de vivre est ainsi mis en valeur dans les 700 m2 de l’espace d’exposition. Un travail d’archive impressionnant a été réalisé pour l’occasion : on navigue avec joie parmi les images des photographes Martine Berrat et Maï Lucas, sur lesquelles on retrouve entre autres un jeune JoeyStarr et bien sûr MC Solaar. Les casques audio distribués à l’entrée permettent d’écouter les sons d’une variété d’artistes old school comme de la relève, et de regarder des extraits de documentaires comme Writers de Marc-Aurèle Vecchione, qui s’intéresse à l’art du graffiti parisien. On en a plein les yeux et les oreilles. On pourrait passer des heures à écouter tous les morceaux et à jouer à toutes les activités tant on se sent bien dans cet espace à 360°. D’ailleurs, on l’a fait.

HIP-HOP 360, Gloire à l’art de rue. Du 17 décembre 2021 au 24 juillet 2022 à la Philharmonie de Paris (19e arr.). Tarifs : 12 € | 10 € (26 à 28 ans) | 7 € (16 à 25 ans, minima sociaux) | Gratuit pour les moins de 16 ans.

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Article rédigé par
Marie Pénicaut
Marie Pénicaut
Journaliste
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