Pourquoi faut-il désormais payer si cher pour avoir suffisamment de mémoire dans son ordinateur ?

05 septembre 2026

Par Florence Santrot

Illustration
©Volodymyr TVERDOKHLIB / Shutterstock

Acheter un ordinateur correctement équipé en mémoire coûte de plus en plus cher. En cause : l’explosion des besoins des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, qui bouleverse le marché mondial de la RAM et des SSD. Les fabricants de PC ont bien du mal à passer entre les gouttes.

Introduction

16 Go de mémoire vive, 512 Go de stockage SSD : il y a encore peu, cette configuration avait tout du confortable minimum syndical pour un ordinateur neuf. Elle commence presque à ressembler à une denrée rare.

En 2026, augmenter la mémoire de sa machine peut sérieusement alourdir l’addition.Un exemple ? Sur le MacBook Air M5, Apple facture actuellement 220 euros le passage de 16 à 24 Go de mémoire unifiée et 440 euros pour atteindre 32 Go. Même logique côté stockage : passer de 512 Go à 1 To ajoute 330 euros et choisir 2 To fait grimper la facture de 880 euros (et 1 980 euros pour 4 To !). Certes, les options mémoire et stockage ont toujours constitué une confortable source de marge pour les fabricants, mais cette fois, un phénomène beaucoup plus vaste se joue en coulisses.

L’IA a un énorme appétit

Il faut d’abord distinguer deux composants. La RAM, ou mémoire vive, est l’espace de travail temporaire utilisé par les logiciels. Le SSD sert, lui, à stocker durablement tout ce qui se trouve sur l’ordinateur : système d’exploitation, logiciels, photos, vidéos et autres fichiers. Problème : les deux sont simultanément sous pression.

©VMentor57 / Shutterstock

Selon TrendForce, la demande soutenue des serveurs d’IA, en particulier pour les SSD professionnels, a provoqué une pénurie sur l’ensemble du marché de la mémoire NAND Flash (celle utilisée pour le stockage de masse dans les appareils électroniques). Les fabricants ont ainsi pu fortement relever leurs prix. Résultat : le chiffre d’affaires cumulé des cinq principaux producteurs de NAND Flash a bondi de 77 % au deuxième trimestre 2026, à 68,87 milliards de dollars. La hausse était déjà de 83,7 % au premier trimestre…

Le responsable se trouve notamment dans les immenses centres de données construits pour l’IA. Entraîner et surtout faire fonctionner les grands modèles exige énormément de mémoire. Les accélérateurs spécialisés utilisent notamment de la HBM, pour « High Bandwidth Memory », une mémoire extrêmement rapide empilée en plusieurs couches, or les géants de la mémoire comme Samsung, SK hynix ou Micron n’ont évidemment pas des usines extensibles à volonté. Produire davantage de mémoire destinée aux serveurs et à l’IA signifie donc mobiliser des capacités industrielles qui ne peuvent plus servir à fabriquer autant de composants destinés aux PC et aux smartphones. TrendForce constate ainsi que les fabricants continuent de réallouer des capacités vers les serveurs, au détriment de la DRAM pour PC.

Quand les data centers passent avant nos PC

Le phénomène touche également les SSD. L’inférence des modèles d’IA et la multiplication des centres de données font exploser les besoins de stockage. Là encore, les fabricants privilégient naturellement les marchés professionnels, capables d’acheter d’énormes volumes et de signer des contrats de long terme. Voilà comment une frénésie de construction de data centers finit par se retrouver sur l’étiquette d’un ordinateur portable. Les fabricants de PC doivent payer plus cher leurs composants et arbitrer : augmenter leurs prix, rogner leurs marges ou réduire la quantité de mémoire proposée sur certaines machines.

©SanjaRS / Shutterstock

TrendForce estime d’ailleurs que les hausses de coût commencent désormais à se répercuter sur les prix des ordinateurs portables eux-mêmes. Si on ajoute les tensions au Moyen-Orient et autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique du commerce mondial, le secteur n’est pas épargné. Ironie de l’histoire, cette flambée intervient au moment où nos besoins progressent. Navigateurs web toujours plus gourmands, retouche photo et vidéo, jeux ou fonctions d’IA exécutées directement sur l’ordinateur : 16 Go de RAM deviennent beaucoup plus intéressants (et nécessaires) que 8 Go pour conserver une machine plusieurs années.

Faut-il payer maintenant ou attendre ?

Pas sûr qu’attendre quelques mois suffise. Construire de nouvelles usines de semi-conducteurs prend des années et coûte des milliards. Surtout, les industriels n’ont guère intérêt à investir massivement dans des capacités classiques si les composants destinés à l’IA sont plus rentables.

©IM Imagery / Shutterstock

La situation pourrait donc rester tendue quelque temps, même si les hausses vertigineuses du début de 2026 commencent à ralentir. TrendForce pense que l’augmentation du marché sera comprise entre 13 et 18 %. Pour l’acheteur, mieux vaut dès lors regarder attentivement la configuration avant le processeur dernier cri. Sur une machine dont la RAM ou le SSD sont soudés et impossibles à remplacer, économiser aujourd’hui 200 ou 300 euros sur la mémoire peut raccourcir sérieusement sa durée de vie.

En revanche, si une évolution ultérieure reste possible, le calcul s’inverse : choisir une quantité raisonnable de RAM et ajouter soi-même un SSD dans quelques années peut éviter de payer au prix fort la grande fringale de mémoire de l’intelligence artificielle. Dernière alternative : regarder du côté des ordinateurs reconditionnés ou d’occasion récents. Encore et toujours une bonne affaire.

À lire aussi

Article rédigé par
Pour aller plus loin