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Orwell: 2+2=5, le miroir contemporain de 1984 selon Raoul Peck

25 février 2026
Par Sarah Dupont
“Orwell : 2+2=5”, le 25 février 2026 au cinéma.
“Orwell : 2+2=5”, le 25 février 2026 au cinéma. ©Le Pacte

Le cinéaste haïtien signe un documentaire qui croise les derniers écrits de George Orwell et les images de notre époque pour interroger la persistance des mécanismes décrits dans 1984.

Le 8 juin 1949, George Orwell publiait l’un des livres les plus puissants pour penser la liberté, le pouvoir et la vérité : 1984. Un roman qui n’a jamais cessé d’agir ; et qui, aujourd’hui encore, nous apprend quelque chose — moins sur un futur imaginaire, que sur notre propre réalité.

La bande-annonce de Orwell: 2+2 = 5.

Présenté à Cannes l’an dernier avant une sortie en salles ce 25 février, Raoul Peck ne signe avec Orwell: 2 + 2 = 5 ni un biopic ni une adaptation. Le cinéaste haïtien compose un essai documentaire de près de deux heures à partir des journaux, lettres et textes d’Orwell, restitués à la première personne. Images d’archives et séquences contemporaines s’entrelacent pour faire dialoguer l’écrivain avec notre présent, dans un dispositif ample et frontal qui, globalement, séduit la presse par sa puissance et sa résonance politique.

Que filme Raoul Peck ?

Le long-métrage revient sur les derniers mois d’Orwell, retiré sur l’île de Jura, en Écosse, affaibli par la tuberculose mais entièrement absorbé par l’écriture de 1984. Peck donne à entendre un homme obsédé par les dérives totalitaires, la corruption du langage et l’effacement progressif de la vérité. À travers ses mots, le film retrace la naissance d’un roman pensé comme un avertissement aux démocraties.

« Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. » Cette formule, 2+2=5, devient l’axe du documentaire. Dans 1984, elle incarne la capacité d’un pouvoir à imposer une contre-vérité jusqu’à ce qu’elle devienne évidente. Peck confronte cette idée aux images contemporaines — guerres, discours politiques, langage technocratique, surveillance numérique — non pour illustrer le roman mais pour en tester la portée dans notre présent.

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« Pour être corrompu par le totalitarisme, il n’est pas nécessaire de vivre dans un état totalitaire », disait Orwell. Le film montre comment les mécanismes qu’il décrit dans son œuvre — falsification de l’histoire, culte du chef, banalisation de la surveillance… — s’infiltrent aujourd’hui dans nos sociétés démocratiques, souvent sous des formes plus diffuses mais non moins efficaces.

Que pense la presse de Orwell: 2+2 = 5

Salué pour sa force, le film a marqué une partie de la presse tout en suscitant quelques réserves sur sa méthode. Télérama parle d’un « documentaire brûlant d’actualité » et d’un « parallèle troublant entre le roman et aujourd’hui ». Le magazine salue un film « foisonnant » porté par une énergie fiévreuse.

Orwell : 2+2=5.©Le Pacte

Franceinfo souligne aussi un long-métrage qui « fait résonner une œuvre visionnaire avec le monde d’aujourd’hui », insistant sur la puissance des archives et la cohérence du dispositif. Le Monde adopte un regard plus critique sur la forme, notant que « le programme du film est copieux » et que l’ampleur de la démonstration peut parfois diluer les nuances.

Pourquoi Orwell reste-t-il si central ?

Eric Arthur Blair, dit George Orwell (1903-1950), ancien policier colonial en Birmanie devenu écrivain, a consacré son œuvre à l’analyse des rapports de pouvoir et des dérives autoritaires. Son écriture, nourrie par l’expérience de l’impérialisme et des totalitarismes du XXe siècle, s’est construite autour d’une exigence : défendre la clarté du langage comme condition de la liberté.

En redonnant voix à Orwell, Peck ne célèbre pas une prophétie : il rappelle qu’un écrivain avait, dès l’après-guerre, identifié les fragilités structurelles des démocraties, et la nécessité absolue de les préserver.

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