Trois années se sont écoulées depuis notre dernière rencontre avec Fleur Geffrier. Et pourtant, l’actrice n’a pas changé. Toujours aussi solaire, bienveillante et pleine de douceur, l’actrice des Gouttes de Dieu nous a fait, une nouvelle fois, entrer dans les coulisses de la série d’Apple à l’occasion de la diffusion de sa deuxième saison.
Notre dernier entretien remonte à 2023, au moment de la sortie de la première saison sur Apple TV+. Qu’est-ce qui a changé dans votre vie ces trois dernières années ?
Paradoxalement, beaucoup de choses, et en même temps, très peu. Ce qui a changé, c’est le regard que l’on porte sur moi dans le métier. Ma place dans l’industrie cinématographique et sérielle s’est affirmée. Je ne dirais pas que je me sens plus légitime, mais sans doute plus installée.
Les gouttes de Dieu m’a également permis d’ouvrir ma carrière à l’international : j’ai désormais un agent à Londres et deux aux États-Unis. Les castings que je passe, les rencontres que je fais, les perspectives qui s’offrent à moi sont plus larges. En France, aussi, cette première saison m’a aidée à débloquer de nouveaux projets. Elle a véritablement fait évoluer les choses, et j’en suis très reconnaissante. Et puis, il y a le vin. Aujourd’hui, j’ai un lien bien plus fort avec cet univers. C’est une autre fierté.
La série a connu un succès international, jusqu’aux Emmy Awards. Vous attendiez-vous à un tel retentissement ?
Absolument pas ! Il est d’ailleurs là, derrière moi. [Elle montre du doigt le trophée qui trône sur sa cheminée, ndlr]. Recevoir cet Emmy Award à New York était un moment irréel. On était épuisés par le décalage horaire, la cérémonie touchait à sa fin… et, soudain, notre nom a été prononcé. C’était fou. Durant le tournage de la première saison, nous avions senti qu’il se passait quelque chose de particulier avec cette série. On n’avait pas imaginé qu’elle recevrait un tel accueil, mais nous savions déjà que l’expérience humaine était exceptionnelle. Cette équipe, c’était une vraie famille. Le fait de leur rapporter le prix à Tokyo, alors qu’ils étaient en plein tournage, ça a été un moment très fort et magique. C’était une joie collective, simple et sincère.
Quels liens avez-vous gardés avec Tomohisa Yamashita entre les deux saisons ? Lors de notre première rencontre, vous parliez d’une relation presque fraternelle.
Nous sommes restés proches. Il aime dire que je suis sa grande sœur, que je veille sur lui. Nous ne pensions pas qu’il y aurait une saison 2. Nous nous étions quittés avec l’idée que l’aventure s’achevait là. La reprise était donc une heureuse surprise. Cette nouvelle salve nous offre davantage de scènes communes, ce qui nous a permis d’approfondir encore notre complicité. C’est un partenaire d’une grande générosité, très calme, très posé. Sa sérénité sur le plateau est inspirante.

Le fait de revenir sur ce lieu de tournage vous a-t-il donné le sentiment de retrouver un endroit familier ?
Oui, profondément. Ce sentiment de familiarité tient avant tout à l’équipe. Dès que nous nous retrouvons, il y a quelque chose de l’ordre de la maison, de la famille. Nous avons conservé un lien constant, même à distance, notamment grâce au groupe WhatsApp qui est toujours actif.
Revenir au domaine de Beaucastel – qui incarne le domaine Chassangre dans la série – était particulièrement émouvant. C’est là que tout a commencé. Mais le lieu avait changé : d’importants travaux avaient été réalisés dans la réalité, et nous les avons intégrés au scénario. C’était à la fois le même endroit et un espace transformé. Une métaphore parfaite de cette saison 2 : les personnages sont les mêmes, mais ils ont évolué.
Comment avez-vous abordé ces retrouvailles avec le personnage de Camille ?
Pour être honnête, j’avais une certaine appréhension. Trois ans se sont écoulés entre la première et la deuxième saison. Et trois ans, c’est long. Les personnages ont continué d’exister, d’évoluer. Reprendre un rôle après un tel intervalle demande un temps d’adaptation : il faut retrouver sa démarche, son énergie, ses silences. Et puis, la pression est différente. Lors de la première saison, nous n’étions pas attendus. Cette fois, il y a un public fidèle. On souhaite être à la hauteur.

Cette saison est plus sombre et aborde la question de la santé mentale et des traumatismes. Est-ce un sujet qui vous touche particulièrement ?
Je pense que la question de la santé mentale devrait concerner tout le monde. Les dernières années ont laissé des traces profondes, notamment chez les plus jeunes. C’est un sujet encore trop tabou, donc c’est très bien de pouvoir en parler à travers des films ou des séries. Dans cette saison, nous approfondissons les blessures des personnages, en particulier celles d’Issei. Les enjeux dramatiques sont plus intenses. Et la question du traumatisme me parle particulièrement. Nous savons aujourd’hui que certaines blessures laissent des traces durables, parfois invisibles, sur l’ADN, et peuvent se transmettre de génération en génération. Un trauma qui appartient à nos parents peut ainsi influencer nos vies, sans qu’on en ait conscience. Les comprendre et les affronter est une manière de s’en libérer.
La série aborde aussi la notion d’héritage. Qu’aimeriez-vous transmettre à vos proches, à votre tour ?
Des valeurs simples, mais essentielles : l’empathie, le partage, la capacité de comprendre quelqu’un avant de le juger. Et puis, l’amour des belles choses – non pas dans un sens matériel, mais dans la capacité à reconnaître la beauté d’un instant. Un rayon de soleil, le vent sur le visage, un verre de vin partagé dans un lieu inspirant… Être heureux ne signifie pas l’être en permanence. C’est savoir reconnaître la valeur de ces instants-là.

Pour la première saison, vous aviez suivi une formation en œnologie avec le sommelier Sébastien Pradal. Qu’en était-il pour cette suite ? Avez-vous découvert de nouveaux gestes ou de nouvelles sensations ?
Non, nous avons poursuivi sur les acquis de la première saison. Cependant, Sébastien Pradal était toujours présent en tant que consultant sur le scénario, afin de garantir la justesse des propos. J’ai néanmoins affiné certains gestes, cherché plus de précision. Et j’ai découvert de très grands vins, notamment le sauternes Château d’Yquem. C’est un vin fascinant, qui évolue dans le verre de manière spectaculaire. J’y avais sûrement trempé mes lèvres quand j’étais petite – car mon grand-père aimait beaucoup ce vin –, mais cette fois-ci, j’ai pu le déguster d’une belle manière. C’était assez fou.