La nouvelle série Marvel Spotlight, diffusée à partir du 28 janvier sur Disney+, place sous les feux de la rampe un personnage qui n’avait sans doute pas le potentiel pour briller sur grand écran.
Oh non, encore un super-héros qui débarque sur nos écrans ! C’est qui celui-là ? Wonder Man ? Le mari de Wonder Woman ? Jamais entendu parler… Facile d’imaginer les réactions des abonnés Disney+ lors de l’apparition de ce programme, ce 28 janvier. De plus en plus palpable, la lassitude du public envers les contenus super-héroïques laisse planer peu de doutes sur le succès d’un personnage aussi secondaire que Simon Williams, alias Wonder Man. Ce serait pourtant dommage de zapper.
Faites entrer les remplaçants !
Que ce soit dans les maisons d’édition ou dans les studios américains, les décideurs laissent toujours plus de libertés aux artistes qui s’occupent des seconds couteaux qu’à ceux responsables des personnages plus populaires – et donc plus « bankables » – de leurs catalogues. Cette habitude dictée par des impératifs économiques a parfois offert des moments d’anthologie à certains super-héros qui ont pu créer la surprise et briller, en faisant preuve d’audace, alors que personne ne misait sur eux.

À l’inverse, quand les challengers se contentent d’imiter des célébrités, ils passent pour de simples ersatz et déçoivent franchement. Demandez aux Thunderbolts ou à Sam Wilson ce que ça fait de passer après les Avengers ou Steve Rogers… On a beau leur offrir leurs propres films à grand spectacle, le public n’est pas au rendez-vous. Et en même temps, ce n’est pas parce qu’on passe l’hymne de la Ligue des Champions avant un match de National 3 que le niveau de jeu est meilleur. Ça fait plaisir aux joueurs, mais le public n’est pas dupe.
C’est pareil avec les super-héros. Wonder Man aurait donc pu connaître le même sort, mais la firme dirigée par Kevin Feige a eu la bonne idée de jouer la carte de l’autodérision avec une production « méta », à mi-chemin entre The Studio et Birdman, mâtinée de références plus qu’appuyées à Macadam Cowboy.
Wonder qui ?
Les productions de super-héros qui font un pas de côté pour offrir une réflexion sur le genre, ce n’est pas nouveau. De Watchmen à The Boys, en passant par Powerless, le public en a déjà son content. Et depuis Deadpool, briser le fameux quatrième mur n’a plus rien d’original. Seulement, le personnage de Wonder Man est parfaitement taillé pour l’exercice et il eût été dommage de ne pas l’exploiter ainsi.

Pour la faire courte, Simon Williams, de son vrai nom, a tout pour figurer dans le top 10 des Avengers, sauf le charisme. Avec son physique de Superman et ses pouvoirs à base d’énergie ionique presque aussi impressionnants que ceux du Kryptonien, il aurait pu compter parmi les leaders de l’écurie Marvel, mais il a toujours évolué dans l’ombre d’autres super-héros, cantonné au banc de touche ou alors titulaire dans les équipes de réserve.
En revanche, Simon Williams a un talent que d’autres héros n’ont pas : c’est un acteur et cascadeur, digne des stars des action movies des années 1980. Le background parfait pour un projet comme celui porté par le réalisateur Destin Daniel Cretton (derrière Shang-Shi et le prochain volet de Spider-Man: Brand New Day). Ce super-héros de seconde zone lui a offert l’excuse parfaite pour manier une figure de style qu’il apprécie visiblement beaucoup : la mise en abyme.
The Mandarin… and Simon Williams
Jugez un peu : dans cette série Wonder Man, Simon Williams (Yahya Abdul-Mateen II – déjà vu côté DC dans la série Watchmen et en Black Manta dans Aquaman) est un jeune acteur qui tente de percer à Hollywood, sans trop de succès. Mais une occasion unique s’offre à lui : incarner Wonder Man, un héros de SF façon Buck Rogers, dans un reboot porté par un réalisateur farfelu et multiprimé. Le « destin » – prenant ici la forme d’une agence gouvernementale – va placer sur son chemin Trevor Slattery (Ben Kinglsey), comédien raté, principalement connu pour son rôle malheureux de Mandarin, homme de paille des grands-méchants d’Iron Man 3.

Vous vouliez du méta, des références à tout va et de la mise en abyme ? Vous voilà servis. La modération n’est pas le fort de Destin Daniel Cretton et il aurait très bien pu incarner le « dealer » de bonbons de l’épisode 5, tout excité à l’idée de tourner une pub sur ses bonbons à la mandarine, avec le Mandarin (vous l’avez ?).
Pourtant, malgré toute cette surenchère, la série n’est jamais lourde. Le tandem Simon Williams-Trevor Slattery et leur relation apprenti-mentor fonctionnent à la perfection, en offrant aussi bien des moments humoristiques qu’attendrissants. Le jeu de Sir Ben Kingsley y est pour beaucoup, à tel point qu’on aurait presque préféré une série The Mandarin, mais le duo séduit aussi bien les autres personnages que les spectateurs.

Résultat, on a plutôt l’impression de se retrouver devant une satire d’Hollywood, montrant les petits tracas quotidiens des acteurs de second rang, que devant une énième production super-héroïque avec un encapé que personne ne connaît. L’ironie de la chose étant justement que ces blockbusters ont donné leur chance à bon nombre de jeunes acteurs ou de célébrité à la carrière en berne, comme Robert Downey Jr avant Iron Man.
Sortir des standards du genre
Cette fois, cependant, l’aspect marquant de ces productions, à savoir les super-pouvoirs, n’apparaît que progressivement, presque subtilement, avant de devenir carrément explosif, mais de façon presque secondaire. Très vite, la seule chose qui compte, ce n’est pas l’étendue des pouvoirs de Simon Williams, ni son origin story – exercice lassant auquel on échappe, heureusement –, mais si oui ou non, il va décrocher le rôle !

Et lorsque les tropes du genre pointent le bout de leur nez, Destin Daniel Cretton, qui en fait pourtant des caisses sur l’aspect « méta », parvient à surprendre son audience avec humour. La preuve qu’il n’est pas balourd, mais qu’il maîtrise au contraire parfaitement son œuvre. Il n’a pas fait une série de super-héros, mais une série sur l’industrie du divertissement mainstream, avec un personnage ayant des super-pouvoirs.
Sans crier au chef-d’œuvre, il faut avouer que Wonder Man remplit sa mission : offrir au MCU un titre « méta » et décalé, prouvant que les super-héros ne sont pas là que pour raconter des histoires de super-héros. Ce one-shot en huit épisodes qui se suffisent à eux-mêmes offre une petite bulle d’originalité au sein d’une franchise à laquelle on a pu reprocher une certaine standardisation.

C’était déjà le cas d’une autre production Marvel Spotlight rendant hommage au monde du cinéma de genre (horrifique, celui-là) : Werewolf by Night. Souhaitons à Wonder Man de connaître le même succès d’estime. Ça rabattra le caquet des cinéphiles les plus snobs qui regardent les productions de super-héros de haut et ça prouvera à Kevin Feige que ses studios peuvent encore connaître de beaux succès inattendus, en faisant preuve d’audace.