Adapté d’un roman à succès, le film d’Olivier Assayas explore les coulisses du pouvoir russe à travers le destin d’un stratège de l’ombre. Un récit politique entre fiction et réalité, sur les mécanismes invisibles de l’influence.
Le cinéma s’empare à nouveau d’un grand succès littéraire de ces dernières années. Adapté du roman de Giuliano da Empoli, publié en 2022 chez Gallimard, Le mage du Kremlin fait son arrivée sur les écrans le 21 janvier. À sa sortie, le livre avait créé l’événement, décrochant le Grand prix du roman de l’Académie française et figurant parmi les finalistes du prix Goncourt. Olivier Assayas (Sils Maria) en propose aujourd’hui une transposition, à la frontière du thriller politique et de la méditation sur le pouvoir.
De quoi parle le roman ?
Au centre du récit : Vadim Baranov, personnage fictif inspiré de Vladislav Sourkov, ancien stratège du Kremlin. Ancien producteur de télévision, il devient l’éminence grise d’un dirigeant surnommé « le Tsar ». À travers sa confession se dessine la Russie des années 1990, basculant du chaos post-soviétique vers un pouvoir autoritaire méthodiquement construit. Da Empoli y dissèque la manipulation de l’opinion et la naissance d’un régime qui ne se construit pas sur des idées mais sur la communication, la propagande et une gestion calculée de l’image publique du dirigeant.

Baranov incarne ce conseiller de l’ombre, capable d’inventer des concepts politiques et de façonner les esprits. Le roman le montre comme l’architecte d’une « verticale du pouvoir » (France info), théoricien d’une stratégie visant à « infiltrer l’esprit des gens à l’échelle planétaire ».
Comment le film s’empare-t-il de cette matière ?
Assayas relève un défi périlleux : adapter un livre très dialogué et introspectif. Le réalisateur explique à France info avoir voulu conserver « la prose élégante de l’auteur » tout en évitant un film bavard. Il assume des libertés, notamment le développement du personnage féminin de Ksenia, et justifie le tournage en anglais : « C’était inimaginable de tourner en Russie pour des raisons politiques. » Le long-métrage a été filmé en Lettonie, avec un Kremlin reconstitué.
Un casting international donne chair à ces figures, avec notamment Paul Dano dans le rôle de Baranov tandis que Jude Law joue le rôle de Vladimir Poutine. Au micro de France Inter, le réalisateur révèle avoir cherché « une forme d’universalité ». Paul Dano complète en rappelant que le film « ne parle pas que de la Russie », mais plus globalement « de la politique contemporaine ».