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Pourquoi Heated Rivalry fait-elle tant parler d’elle avant sa sortie en France ?

06 janvier 2026
Par Agathe Renac
“Heated Rivalry”, prochainement sur HBO Max.
“Heated Rivalry”, prochainement sur HBO Max. ©HBO Max

Entre sueur, crosses et draps froissés, l’œuvre canadienne est LE phénomène de ce début d’année. Itinéraire d’une série qui s’est exportée bien au-delà de ses propres frontières et qui bouscule les codes.

Les chiffres donnent le vertige. En seulement un mois, une petite production canadienne a réussi à saturer l’espace numérique. Lancée le 28 novembre sur la plateforme Crave au Canada et sur HBO Max aux États-Unis, Heated Rivalry est devenue « la plus grande série originale de Crave », qui a connu « une hausse de près de 400 % de son audience au cours des sept jours qui ont suivi son lancement », rapporte Deadline.

Le critique du New York Magazine, Brian Moylan, résume l’ampleur du phénomène avec humour : « Ce que faisaient tous les hommes gay de votre entourage le week-end dernier, en tout cas tous ceux avec un abonnement à HBO Max, était de regarder Heated Rivalry ». Aux États-Unis et au Canada, des « watch parties » sont même organisées dans les bars pour suivre chaque épisode comme un match de championnat.

Quelle est l’intrigue de Heated Rivalry ?

L’intrigue, adaptée des romans de Rachel Reid, repose sur un duel : celui de Shane Hollander (Hudson Williams) et d’Ilya Rozanov (Connor Storrie). Le premier est Canadien, le second Russe. Rivaux sur la glace, ces deux espoirs du hockey entretiennent une liaison clandestine durant plusieurs années. Une histoire simple, mais efficace, qui a immédiatement séduit le public. Le succès est tel qu’à la sortie des derniers épisodes en décembre, les livres de la saga originale se sont retrouvés en rupture de stock sur Amazon aux États-Unis.

Heated Rivalry©HBO Max

Et l’adaptation sérielle ne se contente pas de filmer des patins : elle explore la peur d’être démasqué dans un milieu sportif resté profondément conservateur. Pour l’historien Jim Downs, cité par le New York Times, ce programme représente un véritable « tremblement de terre culturel » pour la communauté homosexuelle.

La fin des romances édulcorées

Si la série fait tant parler, c’est par son refus de la pudeur. Dans son dernier numéro, The Hollywood Reporter souligne un érotisme « débridé », loin des productions habituelles. On y voit de la nudité intégrale, des scènes de sexe prolongées, des rapports oraux et de la masturbation mutuelle. « [L’œuvre] est bien plus axée sur le sexe que le hockey – avec des scènes graphiques et érotiques et une histoire d’amour fun et addictive, sans drame, analyse Télérama. Un parti pris encore novateur aujourd’hui. »

Heated Rivalry©HBO Max

Brian Moylan abonde dans ce sens : « Tout repose sur la tension entre deux hommes qui gravitent l’un autour de l’autre », du simple pied sous la table en conférence de presse aux mots murmurés sur la glace, jusqu’à l’explosion charnelle. « Le spectateur ne voit que du hockey, du flirt et du sexe, car c’est tout ce qui compte pour Shane et Ilya, poursuit le critique du New York Magazine. C’est ce qui rend cette série si révolutionnaire et irrésistible pour le public gay. »

Un public étonnant

Pourtant, le succès de Heated Rivalry repose sur un paradoxe. Selon The Hollywood Reporter, une immense partie des spectateurs est composée de femmes, qu’elles soient hétérosexuelles ou bisexuelles. Cette tendance s’inscrit dans une tradition ancienne de consommation féminine de récits érotiques entre hommes, dont les racines remontent aux mangas japonais des années 1970, rappelle Courrier International.

Heated Rivalry©HBO Max

Le professeur Guy Mark Foster explique que ces fictions offrent des modèles masculins plus attentifs et moins toxiques. Rachel Reid, l’autrice, estime même que l’absence de personnages féminins permet à certaines lectrices de prendre de la distance avec leur propre vécu.

« Paradoxalement, les seuls à n’être pas pleinement convaincus par le carton de HBO sont… les hommes gays, constate The Hollywood Reporter. S’ils sont nombreux à se passionner pour la série, certains d’entre eux lui reprochent de vouloir s’approprier le désir entre hommes, dans une version aseptisée destinée à un public féminin. » Dans tous les cas, le phénomène est déjà lancé : une saison 2 a été confirmée, et la première salve sera « prochainement » diffusée sur HBO Max.

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Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste
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