Sélection

Les personnages LGBT+ à l’honneur dans les films et séries

09 mai 2022
Par Léon
Les personnages LGBT+ à l'honneur dans les films et séries

Le 17 mai, c’est la journée internationale de lutte contre les LGBTIphobies. L’occasion de faire un triste constat : nombreuses sont les personnes qui continuent d’être discriminées, harcelées, et violentées en raison de leur orientation sexuelle ou identité de genre. Néanmoins, de plus en plus de films et séries mettent à l’honneur des personnages LGBTI heureux, populaires, puissants, talentueux, amoureux… On en a donc profité pour faire une petite sélection d’œuvres qui donnent de l’espoir.

Avant toute chose, il convient de rappeler que l’homosexualité a quitté le registre des maladies mentales de l’OMS depuis 1990 (oui, il y a seulement 30 ans). Un peu plus de retard cependant sur les questions de genre : la nouvelle version de la Classification Internationale des Maladies qui doit entrer en vigueur en 2022 prévoit de retirer la transidentité de la liste des pathologies mentales.

Le combat n’est donc pas terminé, tant au niveau des droits humains qu’en terme de mentalités. Et cette lente évolution des esprits passe notamment par les œuvres culturelles, qui, en évoquant des vécus, servent la cause en douceur. Militante ou non, une production audiovisuelle peut, grâce à sa narration et son esthétique, faire passer des messages…

L comme Lesbienne

On pourrait évidemment parler ici du fabuleux Portrait de la jeune fille en feu, histoire d’amour incandescente entre une artiste peintre et son modèle au 18e siècle, réalisé par Céline Sciamma (cinéaste ouvertement lesbienne, également connue pour son Naissance des Pieuvres en 2007). Mais on vous laisse lire l’article qui y a déjà été consacré, et on se concentre sur un autre film, de Catherine Corsini cette fois : La Belle Saison. On y suit deux femmes, interprétées par Cécile de France et Izia Higelin, dans la France des années 70. Une jolie romance entre cette prof militante au MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et une agricultrice, à une période où les mœurs n’étaient pas tout à fait les mêmes qu’aujourd’hui, où le conservatisme paysan côtoie la lutte pour le droit à l’avortement dans la capitale. Catherine Corsini offre avec La Belle Saison un bel hommage au militantisme féministe : les deux protagonistes ont d’ailleurs été baptisées Delphine et Carole, en référence à Delphine Seyrig et Carole Roussopoulos, deux figures clés de l’époque.

Du côté des séries, c’est l’adaptation des Chroniques de San Francisco d’Armistead Maupin qui donne à voir des représentations de personnages LBGT plutôt positives. On atterrit à San Francisco donc, dans une grande maison où vivent une femme de 90 ans (Anna Madrigal) et plusieurs autres personnes queer. L’intrigue suit l’histoire amorcée 20 ans auparavant, et nous fait rencontrer de nouveaux personnages dont la fille de Mary Ann Singleton : Shawna. Incarné·e par Elliot Page (out aussi dans la vraie vie), Shawna est serveuse dans un bar queer régulièrement animé par des performances de drag queen. Une série rafraîchissante, qui parlera sans doute à celles et ceux qui avaient dévoré les romans de Maupin 40 ans auparavant, et qui fera du bien aux plus jeunes. Enfin, malgré des relents biphobes et transphobes qui la datent, The L Word n’en est pas moins la série fondatrice des lesbiennes, portée par la vision d’une showrunneuse extrêmement douée : Ilene Chaiken. Sa suite, The L Word Generation Q, pilotée par Marja Lewis-Ryan, n’a sans doute pas sa force narratrice et des personnages à la hauteur, mais au moins tente-t-elle de corriger ses défauts, tout en y agglomérant plus de diversité.

G comme Gay

Deux films d’une esthétique rare pour cette catégorie. Le premier, Moonlight (Barry Jenkins), a même reçu l’Oscar du meilleur film en 2017. Y sont dépeints trois tableaux de la vie de Chiron, un noir américain qui découvre son homosexualité dans un milieu plutôt défavorisé. Mère addict, harcelé par ses camarades, il devient dealeur à l’âge adulte. Les plans sont extrêmement soignés et évoquent avec pudeur la question de l’orientation sexuelle et de la virilité, le tout mêlé aux questions de classe et de race. Et la fin ne déroge pas à cette jolie et timide poésie, en laissant la conclusion en suspens.

L'Inconnu du lac  DVDLe deuxième se nomme L’Inconnu du Lac d’Alain Guiraudie et se déroule chez nous, au bord d’un lac du sud de la France. Des hommes gays viennent nager et bronzer sur cette plage naturiste, et si l’envie leur prend, ils se dirigent vers le bois pour y assouvir leurs pulsions charnelles. On suit Franck (Pierre Deladonchamps), qui tombe sous le charme d’un barbu ténébreux, Michel. Seulement voilà : un crime est commis, et un inspecteur vient mettre son nez dans un milieu qui lui est un peu inconnu. Dans ce drame estival, les corps nus viennent fusionner avec les herbes sauvages du bois, et les couchers de soleil rappellent ces longues et chaudes soirées d’été. On aurait presque envie d’y être.

Côté séries, depuis Queer as folk de Russell T. Davies, scénariste gay qui a réussi à populariser les séries LGBT+, les séries gay ont fait des émules. Queer as folk le remake américain reprend cette exploration d’un groupe de LGBT+ (principalement gays), et dont The L Word sera la réponse lesbienne. Les personnages gay ont eu la chance d’avoir comme promoteurs deux showrunners gays devenus tous puissants à Hollywood : Greg Berlanti, maître d’oeuvre de l’Arrowverse, et Ryan Murphy, auteurs d’oeuvres séminales comme Glee, Hollywood, American Horror Story… sans être des séries gay à proprement parler, elles n’en sont pas moins riches en personnages LGBT+. Les deux hommes se sont montrés tout aussi politiques au cinéma avec pour Berlanti Love, Simon, romcom adolescente centrée sur un jeune gay cherchant à communiquer avec l’élu de son coeur ; et pour Ryan Murphy, The Prom, équivalent lesbien sur une ado qui ne souhaite pas autre chose que de ramener une fille au bal de fin d’année dans une école aux relents conservateurs. Récemment, The Heartstopper fut un carton de Netflix, validant le goût des auteurs et du public pour les comédies romantiques ado LGBT+.


B comme Bisexuel·le

La bisexualité est encore trop souvent représentée à l’écran à travers des personnages qui « ne savent pas ce qu’ils veulent », qui sont dans une « phase temporaire », ou bien ouverts à des relations à plusieurs. La réalité est pourtant assez éloignée de ces stéréotypes que l’on tente d’accoler aux personnes bisexuelles ou pansexuelles. Voici deux séries qui mettent à l’honneur des femmes bi.

La première, c’est Killing Eve, dont la 3e saison est sortie au mois d’avril. Eve, agente du MI5, se lance à la poursuite de Villanelle, une tueuse à gages russe. Manque de bol, les deux femmes que tout oppose sur le papier semblent peu à peu s’amouracher l’une de l’autre. C’est une relation ambigüe (mais bel et bien amoureuse, sans vouloir vous spoiler la 3e saison) qui se noue, entre tentatives de meurtre et cadeaux passionnés. Cependant, Eve est mariée à un homme, ce qui n’est pas sans susciter la jalousie de Villanelle… Une série intelligente, dans la mesure où les scénaristes n’ont pas fait pas de la bisexualité d’Eve un sujet, ni une tare : c’est simplement une composante de son personnage.

Deuxième production, assez impressionnante en terme de volume : How To Get Away With Murder, initiée en 2014, qui regroupe plus de 87 épisodes. Annalise Keating (Viola Davis) est une célèbre avocate noire américaine et forme ses étudiants au droit pénal en s’aidant des cas des criminels qu’elle défend. Dans la première saison, elle est mariée à Sam Keating, un professeur de psychologie. On apprend ensuite qu’elle était en couple avec une femme pendant ses études de droit. Cependant, Annalise sera réticente à catégoriser sa sexualité fluide, même si elle lâche dans la 2e saison, « Vis ta vie, je vis la mienne. Hétéro ou gay, peu importe comment tu l’appelles ». How To Get Away With Murder donne à voir une représentation plus qu’importante d’une femme noire, puissante et intelligente, dont la (bi)sexualité n’est pas un sujet.

D’une autre manière, la série Lost Girl de Michelle Lovretta, très riche en personnages LGBT+, fait l’option de ne jamais prêter attention à la sexualité de ses personnages, la banalisant complètement. La bisexualité de Bo, ainsi, n’est jamais mentionnée dans la conversation. Tout en amenant cette orientation sexuelle dans un prisme low fantasy alors peu fréquent sur les écrans.

Il faut malheureusement admettre que les hommes bi demeurent assez peu représentés depuis Tim Bayliss de la série Homicide en 1998. Cependant quelques personnages ont permis de tirer cette orientation de l’invisibilité. Ainsi le flamboyant capitaine Jack Harkness, introduit dans Doctor Who, et plus tard personnage principal du spin-off Torchwood a amené un personnage assumant ouvertement sa sexualité : hommes, femmes, aliens, hybrides… quel que soit votre genre, « Captain Jack » est prêt à vous étourdir de sa vitalité joyeuse pourvu que vous lui plaisiez !


T comme Transgenre

Oui, car le T dans LGBTI n’est pas là pour « tortue » ! Le 17 mai est aussi l’occasion de lutter contre la transphobie et les discriminations qui concernent l’identité de genre. Un petit rappel s’impose : la transidentité est le fait de ne pas se reconnaître dans le genre qui nous a été assigné à la naissance. On parle donc de « personne transgenre » (et de « personne cisgenre », si le genre de naissance est en adéquation avec le genre ressenti), qu’elle soit homme ou femme, ou de personne non-binaire (si celle-ci ne se reconnait pas dans cette binarité des genres). Rares sont les œuvres audiovisuelles qui laissent place à des actrices et acteurs concerné·e·s : trop souvent, ce sont des personnes cis qui jouent le rôle de personnes trans. Pourtant, celles-ci ne manquent pas de talent : c’est pourquoi nous évoquerons ici deux séries qui ont su éviter cet écueil.

La première, c’est Euphoria, une série avec des ados, pas vraiment tout public puisqu’il est notamment question de drogues, de travail du sexe, et d’autres problématiques actuelles telles que le revenge porn et les relations amoureuses à l’ère du numérique. On suit une bande de jeunes au lycée, et plus particulièrement deux filles : Rue (magnifiquement portée par Zendaya) sort de cure de désintoxication et lutte contre ses problèmes d’addiction. Jules, quant à elle, est une fille trans (interprétée par Hunter Schafer, également trans), qui rencontre toutes sortes de problèmes qu’une ado de son âge pourrait rencontrer. Sa transidentité n’est en aucun cas un problème : elle est d’ailleurs à peine mentionnée, si ce n’est à travers un dialogue sur la féminité auquel se prête Jules dans la saison 2.

Dans Work In Progress, on découvre Abby, qui s’identifie comme une « fat, queer dyke » : à 45 ans, elle lutte contre son anxiété et sa dépression, et se donne 180 jours pour en finir avec sa vie. Après le décès de sa psy en pleine séance, elle rencontre Chris, un homme trans de 22 ans, qui apportera un peu de fraîcheur dans sa vie pétrie d’autodépréciation. Chris est joué par Theo Germaine, un·e acteur·ice trans non-binaire (il utilise des pronoms masculins ou neutre), et sa présence permet de faire réfléchir Abby sur toutes sortes de sujets – dont le genre. Une série queer qui ne manque pas d’humour, même si elle touche à des sujets épineux et douloureux. A signaler : Work In Progress est coproduite par Lilly Wachowski, une des deux sœurs réalisatrices, également trans !

Récemment, la communauté transgenre a eu droit à une série à sa mesure avec Pose. Ryan Murphy, Brad Falchuk et le showrunner trans Steven Canals ont ainsi rendu hommage à la culture trans, notamment drag à travers de bouleversantes histoires situées dans les années 80 et 90.

I comme Intersexe

Ce n’est pas parce qu’on en parle moins que les personnes intersexes n’existent pas : s’il est vrai que les œuvres avec des personnages intersexes ne pullulent pas, nous nous devions d’ajouter cette dernière catégorie à notre sélection, car l’intersexophobie, elle, existe bel et bien. Petite définition pour commencer, selon le site du Collectif Intersexes et Allié·e·s : « L’intersexuation désigne la situation sociale des personnes nées avec des caractéristiques sexuelles primaires et/ou secondaires considérées comme ne correspondant pas aux définitions sociales et médicales typiques du féminin et du masculin ». Pour en savoir plus sur les discriminations (et les mutilations) que subissent ces personnes, n’hésitez pas à aller faire un tour sur le site du CIA-OII.

Il apparait difficile de traiter de la question intersexe au cinéma sans tomber dans la fétichisation et la fascination malsaine pour ces corps qui sortent des normes de genre édictées par la médecine. De même, il y a peu -ou pas du tout- de films dans lesquels l’un des personnages est intersexe, sans que son intersexuation soit un sujet. Espérons que cela change d’ici quelques années…

On retiendra Le Dernier Eté de la Boyita qui se déroule en Argentine, dans les années 70. La réalisatrice Julia Solomonoff traite de la découverte des identités, dans un décor estival et champêtre. Les deux jeunes protagonistes, Jorgelina et Mario, arrivent à l’âge où les corps changent. Le film questionne avec pudeur ces identités et ces mutations, notamment grâce à la présence de Mario, dont on comprend qu’il est intersexe.

A comme Asexualité


Sans doute l’une des orientations les plus mal comprises. Une personne asexuelle a peu ou pas d’attraction sexuelle en général, une orientation naturelle et pas du tout l’effet d’une maladie. De même l’aromantisme se caractérise quand on ne ressent que peu ou pas d’attraction romantique. Si Sherlock Holmes est le premier héros de fiction ouvertement asexuel, le terme n’existait pas à l’époque. Côté séries, il faudra attendre Gerald Tippett du soap opera néo-zélandais Shortland Street pour avoir le premier personnage « ace » positif à l’écran. Depuis, plusieurs personnages ont fait leur coming-out ace, le plus abouti étant certainement Todd Chavez (Aaron Paul) de BoJack Horseman, dont l’un des arcs est sa découverte de son asexualité, commençant en fin de saison 3 et jusqu’à la dernière saison. Positif, légitimé et un peu pédagogique, ce personnage créé par Raphael Bob-Waksberg a beaucoup fait pour la popularisation de cette orientation à l’écran.

Visuel de une : Work in Progress © Showtime

Article rédigé par
Léon
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