Les Japonais ne sont pas les seuls à produire des mangas ! Bon nombre d’auteurs français s’y mettent depuis des années, souvent avec succès.
Le manga s’exporte en France depuis près de 30 ans et, depuis autant d’années, les auteurs français s’inspirent de ce format de narration si particulier. Leur histoire est racontée dans un bel ouvrage signé Nathanaël Bentura : 30 ans de manga français, édité chez Pix’n Love. En plus de revenir sur l’histoire de la publication de mangas faits par et pour des Français, l’auteur évoque 80 titres à travers une chronique et un entretien avec leur auteur. Un livre riche et documenté, idéal pour alimenter sa pile à lire !
Parmi les titres découverts dans les pages de l’ouvrage, cinq sorties récentes nous ont tapé dans l’œil.
| Run to Heaven
En seulement deux volumes, Toan s’affirme comme un auteur à suivre absolument, tant son récit marque. Dans Run to Heaven, il raconte la vie de Fee, une héroïne qui vit dans un archipel en pleine guerre. Et, pour échapper à un funeste destin, elle devra faire ce qu’elle sait faire de mieux : courir.
Avec un graphisme prodigieux, Toan propose un récit puissant et profondément dramatique, où la mort guette à chaque tournant. Le contexte de cette guerre lui est inspiré par celle du Vietnam, que Toan voulait absolument évoquer en hommage à ses origines vietnamiennes.
| Numéro invalide
Changement de registre. Cette fois, il s’agit d’une autobiographie. Celle de Coralie, ado victime du syndrome de Küster-Hauser, à savoir une absence de vagin, qui fait d’elle une personne intersexe. Dans Numéro invalide, Lostmemory raconte comment le traitement médical de cette maladie a ruiné sa vie et l’a plongée dans une spirale de violence dont elle n’est toujours pas sortie, près de 20 ans après les faits.
Un récit bouleversant dans lequel l’autrice parvient, à la seule force de son dessin, à faire ressentir la douleur physique et morale qu’elle a subies durant ces années.
| Shin Zero
Dans un univers où les super sentai ont fait la gloire du pays il y a des années en sauvant la veuve et l’orphelin, beaucoup veulent reprendre le flambeau. Mais, dans la société moderne, être un super-héros, cela passe surtout par une application mobile pour louer ses services. Auteurs de génie du Label 619, Mathieu Bablet et Guillaume Singelin imaginent un monde aux super-héros désabusés et ubérisés.
Un pitch fort et original, servi par une exécution assez impressionnante. Pas étonnant, quand on connaît le travail des deux auteurs, avec récemment Silent Jenny pour l’un et Frontier pour l’autre. C’est touchant, amusant et, surtout, ça renouvelle avec brio les codes du manga, notamment grâce à une utilisation très audacieuse de la couleur dans les planches.
| ODR
Direction les plaines enneigées de la Scandinavie du IXe siècle pour ce western viking en deux volumes. Le premier est sorti en octobre 2025 et raconte la naissance d’une étrange amitié entre une jeune fille sourde et muette, et un colosse, ancien guerrier qui s’est retiré loin de champs de bataille. Le second est à paraître en 2026.
On sent que Maxime Truc, le scénariste d’ODR, a révisé ses classiques avec ce récit shakespearien maîtrisé de bout en bout et illustré d’une main de maître par Locass. Cela a beau être leur toute première bande dessinée publiée, leur talent est déjà impressionnant, et on a hâte de découvrir la suite et fin de ce diptyque.
| Diamond Little Boy
Autre autobiographie, mais dans un tout autre registre, car Victor Dermo, l’auteur de ce manga, raconte son enfance à Caen, entre culture otaku et petite délinquance. À la mort de son meilleur ami, le jeune homme se retrouve face à un dilemme : travailler dur et espérer réaliser son rêve en créant son manga, ou bien suivre les grands de la cité dans le monde de la nuit et de la drogue.
Écrit comme un bon couplet de rap intime, Diamond Little Boy a beau raconter une histoire personnelle, ses thématiques sont universelles : résilience, amitié, ambition. En plus, les coulisses de l’œuvre sont aussi passionnantes, puisqu’il a été le premier manga français publié en amateur au Japon. Chapeau, l’artiste !
| Manga Issho
Pour terminer, évoquons non pas une création, mais une compilation de dizaines d’entre elles, et pas seulement tricolores ! Manga Issho est conçu comme un magazine de prépublication japonais (et notamment le Weekly Shonen Jump) et est le fruit de la collaboration de quatre éditeurs venus de toute l’Europe : le franco-belge Kana, l’espagnol Planeta, l’italien Star Comics et l’allemand Altaverse.
À eux cinq, ils ont produit ce magazine trimestriel dans lequel une vingtaine d’histoires courtes sont publiées par des auteurs venus de ces cinq pays. Parfait pour découvrir les nouveaux talents de demain, qu’ils soient Français ou non !