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Malgré les contestations, Wajdi Mouawad ne déprogrammera pas Bertrand Cantat de son prochain spectacle

21 octobre 2021
Par Félix Tardieu
Wajdi Mouawad, écrivain, comédien, metteur en scène et directeur du théâtre de la Colline
Wajdi Mouawad, écrivain, comédien, metteur en scène et directeur du théâtre de la Colline ©Pedro Ruiz - Getty

Directeur actuel du Théâtre national de la Colline (Paris), Wajdi Mouawad a exprimé dans un long communiqué son refus de déprogrammer l’ex chanteur de Noir Désir qui compose la musique de Mère, son prochain spectacle.

La polémique enflait sur les réseaux sociaux ces derniers jours à l’approche du prochain spectacle de Wajdi Mouawad au théâtre de la Colline. Et pour cause : Bertrand Cantat, ex chanteur du groupe de rock Noir Desir, condamné en 2003 pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignant, signe la composition musicale de Mère qui se jouera à partir du 19 novembre prochain. Depuis le début du mois d’octobre, le hashtag #MeTooThéâtre a contribué à libérer la parole dans un milieu où règne encore aujourd’hui une certaine omerta, à en croire les revendications portées par le mouvement lancé sur Twitter par la vidéaste et critique de théâtre Marie Coquille-Chambel. Si les célébrités du monde du spectacle vivant sont restées globalement silencieuses suite à cet appel, quelques figures se sont néanmoins élevées, à l’instar de la comédienne Jeanne Balibar dans un témoignage puissant pour Télérama. 

Bertrand Cantat sur scène en 2016 © tous droits réservés

Interrogé lundi au micro de France Inter, la ministre de la Culture Roselyne Bachelot a regretté la présence de Bertrand Cantat au théâtre de la Colline mais a néanmoins défendu le metteur en scène qui selon elle ne peut pas « être accusé de la moindre complaisance en ce qui concerne la lutte contre les violences sexuelles et sexistes ». Dans la foulée, Wajdi Mouawad a publié un long communiqué exposant les raisons de son refus de déprogrammer le chanteur, remis en liberté conditionnelle en 2007 après avoir passé quatre ans derrière les barreaux. Le directeur du théâtre de la Colline y affiche sa pleine adhésion aux « combats pour l’égalité entre les femmes et les hommes et celui contre les violences et le harcèlement sexuel », mais refuse en revanche de se substituer à la justice et à l’État de droit.

« Je refuse de me substituer à la justice car dès lors que les civils décident de se faire justice eux-mêmes, l’Histoire nous a montré que mises à part quelques exceptions éloquentes, ils se sont aventurés sur un terrain glissant où la vengeance a pris le pas sur la complexité des conflits (…). Je ne cherche ici à convaincre personne et si la ministre de la Culture ou le Président de la République, qui m’a nommé, considèrent que mes positions sont contraires aux principes républicains, que l’un ou l’autre me le fasse savoir et je quitterai la direction du théâtre sur le champ », a-t-il ainsi déclaré. 

La comparaison qu’il semble établir entre ce mouvement « qui ne souffre d’aucune nuance » et « ne laisse place à aucune discussion » avec l’Inquisition n’a pas été du goût de tout le monde : le collectif #MeTooThéâtre, à l’origine du mouvement, n’a pas tardé à partager sur Twitter sa réaction au communiqué de Wajdi Mouawad. Le directeur de la Colline est également critiqué pour son refus de déprogrammer le metteur en scène Jean-Pierre Baro, visé par une plainte pour viol classée sans suite, qui montera prochainement la pièce Un qui veut traverser de Marc-Emmanuel Soriano à la Colline.

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Article rédigé par
Félix Tardieu
Félix Tardieu
Journaliste