Entretien

Doully pour Hier, j’arrête : “C’est tellement jouissif de sentir le rire dans la salle”

08 octobre 2023
Par Lisa Muratore
Doully nous présente son spectacle “Hier, j'arrête !”.
Doully nous présente son spectacle “Hier, j'arrête !”. ©Ahmed Bahhodh

L’Éclaireur a rencontré l’humoriste Doully afin de parler de son dernier spectacle, Hier, j’arrête, mais aussi du message qu’elle entend faire passer.

Son Trianon affiche déjà complet et elle s’apprête à partir en tournée pour présenter son dernier spectacle, Hier, j’arrête. Dans ce nouveau seul en scène, Doully revient sur son handicap, ainsi que ses addictions. L’humoriste à la voix rauque et à la bonne humeur communicative dévoile ainsi ses failles à travers un humour trash, un franc-parler percutant et un univers absurde fédérateur. Le sourire au coin des lèvres, l’artiste revient sur son passé afin de se libérer de toute étiquette.

Grâce à ce nouveau stand-up, Doully parvient non seulement à faire passer un message, tout en offrant une création drolatique, pleine de vie et d’humour. L’Éclaireur a pu s’entretenir avec cette femme aux mille et une vies, qui, lorsqu’elle ne présente pas Groland ou ses chroniques sur France Inter, enfile sa casquette d’humoriste pour nous parler de son spectacle, mais aussi de sa vision de la comédie. Rencontre.

Comment est né votre spectacle, Hier, j’arrête ?

Le spectacle est vraiment né au fur et à mesure des plateaux que je faisais dans les comedy club. J’ai beaucoup travaillé au Sarfati de Fary et dans le Jamel Comedy Club. Je bosse plusieurs passages que j’écris au préalable, puis je les teste et je vois s’ils sont satisfaisants ou pas. Au fur et à mesure des plateaux, j’ai fini avec mon spectacle Hier, j’arrête. 

Affiche du spectacle de Doully.

La première chose qui marque quand on voit votre spectacle, c’est votre faculté à vous moquer de vous-même. Pourquoi ce choix-là ?

Je pense que c’est toujours agréable de voir des gens plus en galère que toi. C’est agréable, quand il t’arrive des galères, d’en rire. Quand je raconte mes conneries, beaucoup de gens viennent me voir en me disant qu’ils ont vécu la même chose. C’est important de voir que l’on n’est pas seule. Je pense que c’est pour ça que j’aime autant rire de moi-même. 

Selon vous, l’humour est-il là pour ne pas se sentir seule ? 

L’humour sert à plein de choses. Il sert à dédramatiser, à affronter des situations qui sont très complexes. On s’interdit de rire dans ces moments critiques, mais c’est justement dans ces moments-là qu’il faut rire et réagir ! 

« L’humour, c’est peut-être la seule branche dans l’art où on attend vraiment une réponse en face. »

Doully

Pourquoi l’humour est-il un art si difficile à maîtriser ? 

C’est parce qu’il n’est pas universel. C’est difficile de toucher tout le monde, à la rigueur on peut les toucher sur une vanne ou sur un plateau, mais pas sur l’intégralité d’un spectacle. L’humour, c’est peut-être la seule branche dans l’art où on attend vraiment une réponse en face. Pour la peinture, le peintre n’est pas forcément là pendant l’exposition, à écouter les critiques. Dans l’art dramatique, la poésie, le chant, on n’attend pas forcément une réaction du public. L’humour, il y a vraiment un ping-pong auditif qui fait que tu sais si ça fonctionne ou pas. Il n’y a pas d’attentes, de critiques, de journalistes. Tu sais si c’est mauvais ou si c’est bon. Quand le journaliste dit que c’est nul, toi tu sais déjà que c’est nul [rires]

Quel souvenir gardez-vous de votre premier bide ? 

J’ai vécu pas mal de bides, pour être honnête. Déjà avant de dire que je n’étais pas bourrée… J’ai réessayé récemment de ne pas dire que je n’étais pas bourrée, que c’est ma façon de parler, mais les gens ne m’écoutent pas. Comme je suis très nulle avec les réseaux sociaux, les gens qui ne me connaissent pas pensent encore que je suis tout le temps ivre [rires]

Certaines personnes savent que je fais Groland, mais ils ont encore du mal à associer la présentatrice de Groland au stand-up ou à mes chroniques sur France Inter. Il y a encore plein de gens qui ne me connaissent pas et c’est la raison pour laquelle je suis toujours obligée de préciser que je ne suis pas bourrée. Ça fait partie de mes premiers bides, finalement. Puis, quand tu testes de nouvelles vannes, c’est très rare d’arriver avec 10 minutes impeccables. Il va forcément y avoir des silences, il faut l’accepter. 

©Betty Klik

Comment cette envie de faire rire sur scène vous est-elle venue ?

En fait, j’ai toujours fait du théâtre. Pour ma première scène, je devais avoir 4 ans. Puis, j’ai fait une grosse parenthèse, mais j’ai toujours fait ça, j’ai toujours pris l’option théâtre, j’ai fait les studios Pygmalion, j’ai joué dans des pièces, tout en travaillant la nuit. Après, je gagnais mieux ma vie la nuit que dans les pièces, donc j’ai favorisé la nuit… un peu trop [rires], avant de revenir aux sources !

Je savais que je préférais faire rire. À la base, c’était des pièces de théâtre humoristiques. C’était vraiment de bonnes pièces. C’est plus facile de faire pleurer les gens, mais c’est quand même plus agréable de faire rire une salle. L’émotion est forte quand tu joues une scène dramatique, mais c’est tellement plus jouissif de sentir le rire dans la salle.

« Je retiens beaucoup les retours des gens qui essaient de sortir de leur addiction, ou qui en sont sortis. C’est toujours touchant d’entendre leur parcours. »

Doully

Qu’est-ce qui est plus dur entre présenter Groland, faire une chronique sur France Inter et présenter un spectacle ? 

Ce sont trois disciplines différentes. En termes de trac, je pense que la scène gagne [rires]. Tout dépend de mon état de fatigue après. Je dis souvent à mon régisseur que je suis très fatiguée, mais c’est pour ça que j’aime bien avoir des premières parties, comme ça tu te mets dans le bain et dans l’énergie de la scène. 

Doully fait également des chroniques sur France Inter.

Après, chaque expérience est différente. Pour Groland, l’équipe est formidable, mais j’applaudis Claire Chazal, c’est dur de lire un prompteur, surtout dans le style grolandais [rires]. France Inter, tu n’as pas envie de les décevoir, c’est quand même très écouté. Et comme je ne parle pas de politique, j’essaie de trouver des sujets qui rassemblent et qui touchent les gens. Il y a aussi un timing à respecter. Les contraintes et le stress sont différents, mais toute expérience est bonne à prendre et me sert pour le spectacle, même les films que j’ai tournés, comme En même temps (2022).

Vous n’hésitez pas à jouer avec le public. Est-ce que vous vous autorisez de l’improvisation ? 

J’aime beaucoup l’improvisation, car il faut qu’il arrive des choses. Quand il se passe des choses vraiment drôles, c’est jouissif. Au début, ça peut être déstabilisant de jouer avec son public, car tu as peur de ne pas retrouver ton texte, mais l’improvisation c’est génial, car ça te permet de sortir de ce que tu fais d’habitude. 

Quel retour retenez-vous de la part de votre public lorsque vous jouez votre spectacle ? 

Je retiens beaucoup les retours des gens qui essaient de sortir de leur addiction, ou qui en sont sortis. C’est toujours touchant d’entendre leur parcours. J’ai aussi le retour de personnes handicapées, qui me disent que ça leur fait du bien de rigoler de ça. 

Surtout, sur les gens qui ont des addictions, ce qui est chouette c’est qu’ils voient qu’on peut faire partir l’étiquette d’addict, car on a tendance à dire que tu es condamné quand tu es un ancien ou une ancienne addict. L’étiquette te colle à la peau. 

©Betty Klik

Quand vous abordez l’addiction et le handicap, c’est une façon d’accepter votre passé et vos failles. Est-ce que ce spectacle, c’est aussi une façon de faire passer un message sur ces sujets de société ? 

Oui, c’est vrai que l’humour permet de faire passer des messages qui sont plus sérieux qu’il n’y paraît. Par exemple, quand je parle de la carte handicapé, quand je dis que c’est compliqué de la sortir quand ça ne se voit pas, forcément je tourne ça en mode “blague”, car il vaut mieux en rire.

Ce qui est fou, c’est que j’ai eu le droit à des commentaires qui me disaient : “J’ai rigolé, du coup ça m’a fait prendre conscience que moi aussi parfois je pouvais être bête, quand quelqu’un me double à la caisse alors qu’il a un handicap invisible.” Si j’avais été plus véhémente, je pense que les gens se seraient sentis agressés et que le message serait moins bien passé, sans aucune envie de faire un effort.

« Il ne faut pas oublier que le surmenage de quand on t’appelle trop n’est rien comparé à la tristesse quand on ne t’appelle pas. »

Doully

Même moi, ça m’est déjà arrivé de penser ça avant de savoir que j’étais handicapée, et tu ne peux pas incriminer les gens quand ça ne les touche pas. Grâce à l’humour, en revanche, c’est plus facile, plus fédérateur. C’est vrai que le fait d’en avoir parlé en blaguant, ça m’a permis de faire passer un message.

Quelles sont vos dernières découvertes humoristiques ? 

Je pense avant tout aux copains. Je peux vous faire de la promo pour tous les copains [rires]. Jason Brockerss est en train d’écrire des nouveaux passages qui sont super. Dans les nouveaux, j’aime beaucoup Adel Boughazi, qui pointe le bout de son nez, ça fait plaisir. Et bien sûr, Louis Dubourg, il est super ! Il fait souvent mes premières parties à l’Européen.

Je mets tout le temps des mecs plus forts que moi en premières parties [rires]. La première partie, ce n’est pas négligeable, c’est ce qui donne le ton du spectacle. J’aime aussi beaucoup Reda Saoui que j’avais aussi pris en première partie. Je suis passée par là, donc je sais à quel point ça peut aider et à quel point c’est important ! 

Avec un Trianon déjà complet et une tournée qui démarre, comment appréhendez-vous toute cette effervescence ? 

C’est super, même si j’aimerais bien dormir 72 heures [rires]. On ne peut pas se plaindre dans ce métier. C’est un métier dans lequel si on ne t’appelle pas assez, tu es triste, puis quand on t’appelle trop, tu n’en peux plus. Mais il ne faut pas oublier que le surmenage de quand on t’appelle trop n’est rien comparé à la tristesse quand on ne t’appelle pas. Dans chaque projet, à chaque fois, tu rencontres de nouvelles personnes hyper intéressantes et drôles. Il y a quand même pire que de travailler avec des humoristes ! 

Hier, j’arrête !, de Doully, au Trianon et en tournée dans toute la France.

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste