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Vu de Corée du Sud, le succès international de Squid Game laisse perplexe

03 octobre 2021
Par Ugo Bocchi
Lee Jung-jae, acteur principal de la série Squid Game sur Netflix. ©Netflix

La série numéro 1 de Netflix fait un carton partout dans le monde. Mais, en Corée du Sud, les critiques commencent à tomber.

Lee Jung-jae, acteur principal de la série Squid Game sur Netflix.©Netflix


Hwang Dong-hyuk est acculé. Il a la quarantaine, il a des rêves de gloire artistique mais il vit encore avec sa grand-mère et sa mère. Pire, il va connaître le cauchemar de tous les auteurs et réalisateurs : il est si fauché qu’il est obligé de vendre son ordinateur (675 dollars) et d’arrêter d’écrire son histoire en cours de route. En Corée du Sud, comme ailleurs, la crise financière sévit. Nous sommes en 2009 et les investisseurs sont alors frileux. Surtout, ils craignent la violence et le manque de réalisme du scénario de Hwang Dong-hyuk, appelé alors Sixième Round.

Depuis, la brutalité crue de Game of Thrones et le Covid sont passés par là et le projet a refait surface en 2019. De fil en aiguille, il arrive aux oreilles de Netflix et, heureusement, Hwang Dong-hyuk n’a pas tout à fait quitté le monde des arts visuels. Le réalisateur a tourné quelques films entre-temps et va enfin pouvoir adapter son histoire, celle que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Squid Game.

Un carton planétaire indéniable pour Squid Game

Difficile de passer à côté de Squid Game. Si vous êtes abonné à la plateforme qui fait Toudoum, c’est LA série de cette fin d’année 2021. Squid Game, neuf épisodes, show coréen reprenant le concept des jeux de survie, raconte l’histoire de plusieurs Séouliens endettés et se battant à mort en jouant aux billes ou encore à 1, 2, 3 soleil pour essayer de gagner 45 milliards de wons (32 millions d’euros).

Diffusée pour la première fois le 17 septembre dernier, Squid Game rafle tout sur son passage. En termes de visionnages, elle est première dans 66 pays, notamment aux États-Unis, au Japon, en Arabie Saoudite ou encore (moins étonnant) en Corée du Sud. Il faut dire qu’elle possède certains des ingrédients indispensables des dernières grosses séries à succès. Esthétiquement belle et carrée, des masques et des costumes (notamment des combinaisons rouges qui ne sont pas sans rappeler un autre succès international, La casa de papel) facilement identifiables à l’approche d’Halloween, pas avare en tragédies, un scénario plutôt facile à saisir… Bref, en termes de chiffres et de réalisation : Squid Game a visé juste. Et pourtant, en Corée du Sud, certains commencent à froncer les sourcils.

Un concept vu et revu, pas mal de clichés et des traductions bâclées

Première des critiques au pays du matin clair : le manque d’originalité du scénario. Effectivement, ça n’a échappé à personne, Squid Game reprend le concept déjà éprouvé des jeux de survie et fait penser à Battle Royale, Hunger Games ou, encore peu connu par chez nous, au manga Kaiji.

D’ailleurs, sur Twitter, certains n’ont pas manqué de faire remarquer que la scène du 1, 2, 3 soleil est très largement inspirée du manga Jeux d’enfants (As the Gods Will).

Ce qui fait sa qualité (un scénario et des personnages simples et facilement identifiables) est pour d’autres sa plus grande faiblesse. Le quotidien Hankyoreh parle de personnages et de dialogues « stéréotypés, exagérés » ou encore de rôles féminins pas franchement mis en avant. Netflix doit d’ailleurs faire face à de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux quant aux traductions de la série. Ces dernières seraient bâclées et enlèveraient toute l’essence des dialogues originaux.

« Je ne veux pas paraître snob, mais je parle couramment le coréen et j’ai regardé Squid Game avec les sous-titres anglais. Et si vous ne comprenez pas le coréen, vous n’avez pas vraiment regardé la même série. La traduction est très mauvaise. Les dialogues sont très bien écrits, mais il n’en reste rien. »

Pour certains, la série ne fait que survoler certains des gros problèmes coréens : surendettement, hausse constante des loyers, accroissement des inégalités. Jin Yu Young s’épanche un peu plus sur le sujet dans le New York Times et souligne bien que la situation ne fait qu’empirer depuis l’arrivée du Covid. Squid Game a soulevé un problème mais ne résout rien et la journaliste coréenne s’interroge sur la possibilité d’un Squid Game dans la vraie vie : « Combien de Coréens y participeraient ? » En tout cas, une chose est sûre : la série Squid Game n’a pas fini de faire parler d’elle.

Article rédigé par
Ugo Bocchi
Ugo Bocchi
Journaliste
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