Peur de trouver le temps long devant un film en noir et blanc ? Oubliez vos préjugés. Le cinéma classique regorge de pépites au suspense insoutenable, à l’humour ravageur et d’une modernité inégalée. Pour vous réconcilier avec les « vieux » films, voici notre sélection des indispensables.
Si l’idée de lancer un film datant d’avant 1970 vous effraie autant qu’un rendez-vous chez le dentiste, c’est que vous n’êtes pas encore tombé sur les bons titres. Thrillers psychologiques, comédies hilarantes ou huis clos sous haute tension : bien avant les blockbusters modernes, les grands maîtres du septième art savaient déjà scotcher le spectateur à son fauteuil.
Les Temps modernes – Charlie Chaplin, 1936
Charlot (Charlie Chaplin) est un ouvrier à la chaîne, dont le travail consiste à visser des écrous à longueur de journée. Rendu fou par la cadence infernale des machines et la surveillance omniprésente, il perd les pédales et se retrouve au chômage, puis en prison. Dans une Amérique frappée par la Grande Dépression, il va tenter de survivre et de trouver sa place, accompagné d’une jeune orpheline (Paulette Goddard), en enchaînant les petits boulots et les catastrophes.
Si vous pensez que le cinéma muet est forcément ennuyeux, le génial Charlie Chaplin va vous prouver le contraire en quelques minutes. Véritable ballet visuel, à la fois hilarant et profondément touchant, Les Temps modernes est une satire sociale percutante, mais surtout un divertissement génial où chaque gag est millimétré. Une œuvre universelle à voir absolument.
Casablanca – Michael Curtiz, 1942
Pendant la Seconde Guerre mondiale, à Casablanca au Maroc, Rick Blaine (Humphrey Bogart), un Américain cynique, tient un café-bunker fréquenté par des réfugiés, des nazis et des résistants. Sa vie bascule lorsque son ancien amour, Ilsa Lund (Ingrid Bergman), débarque avec son mari, un chef de la Résistance traqué par les Allemands. Rick possède les sauf-conduits qui pourraient les sauver, mais il est déchiré entre ses sentiments blessés et son devoir moral.
C’est la quintessence du romantisme hollywoodien. Au-delà de l’histoire d’amour iconique, le film est un véritable thriller politique aux dialogues mythiques. Casablanca dégage une classe folle et une intensité dramatique qui ne faiblit jamais. C’est le film parfait pour découvrir le charisme légendaire d’Humphrey Bogart et comprendre pourquoi ce classique est régulièrement cité comme l’un des meilleurs films de tous les temps.
Assurance sur la mort – Billy Wilder, 1944
Walter Neff (Fred MacMurray), un vendeur d’assurances sans histoire, tombe sous le charme de la vénéneuse Phyllis Dietrichson (Barbara Stanwyck). Celle-ci souhaite assurer la vie de son mari à son insu, avec une clause « double indemnité » en cas de mort accidentelle. Envoûté, Walter accepte de l’aider à monter le crime parfait pour se débarrasser du mari gênant et empocher le pactole.
Voici le modèle absolu du film noir. Tout y est : la femme fatale manipulatrice, l’homme ordinaire piégé par ses pulsions, l’ambiance sombre et les dialogues ciselés. Billy Wilder tisse une intrigue criminelle implacable. Assurance sur la mort est un thriller psychologique d’une efficacité redoutable, où l’on sait dès le début que cela va mal finir, mais où l’on reste fasciné par l’engrenage fatal.
L’Inconnu du Nord-Express – Alfred Hitchcock, 1951
Guy Haines (Farley Granger), un célèbre champion de tennis, rencontre dans un train un inconnu nommé Bruno Anthony (Robert Walker). Ce dernier, fan du sportif et visiblement dérangé, lui propose un étrange marché : un échange de crimes. Bruno tuera la femme de Guy qui refuse de divorcer, et en échange, Guy devra tuer le père de Bruno.
Le concept est tout simplement génial et diabolique. Alfred Hitchcock joue avec les nerfs du spectateur en montrant un innocent pris au piège par un psychopathe. Le rythme est soutenu et la tension monte crescendo jusqu’à une scène finale mémorable. L’Inconnu du Nord-Express est un modèle de construction scénaristique qui prouve que le Maître du suspense savait rendre n’importe quelle situation angoissante.
La Nuit du chasseur – Charles Laughton, 1955
Harry Powell (Robert Mitchum), un prêcheur psychopathe avec les mots « LOVE » et « HATE » tatoués sur les phalanges, parcourt l’Amérique rurale pour séduire des veuves, les dépouiller et les assassiner. En prison, il apprend qu’un condamné à mort a caché un butin, et que seuls ses deux jeunes enfants savent où il se trouve. Une fois libéré, Powell se lance dans une traque impitoyable pour faire parler les enfants.
C’est un conte de fées noir, visuellement sublime, qui oscille entre le rêve et le cauchemar. Charles Laughton signe un film unique en son genre, où la tension monte crescendo. La Nuit du chasseur vaut le détour rien que pour la performance terrifiante de Robert Mitchum, qui incarne l’un des plus grands méchants de l’histoire du cinéma. C’est beau, c’est effrayant et totalement inoubliable : culte tout simplement.
Les Diaboliques – Henri-Georges Clouzot, 1955
Dans une institution privée pour garçons, Christina (Véra Clouzot), la directrice cardiaque et fragile, subit la tyrannie de son mari Michel (Paul Meurisse), un homme odieux et violent. Nicole (Simone Signoret), une enseignante et maîtresse de Michel, est elle aussi à bout. Les deux femmes, pourtant rivales, décident de s’allier pour assassiner leur bourreau. Elles noient Michel dans une baignoire et jettent le corps dans la piscine de l’école. Mais quelques jours plus tard, le cadavre disparait…
Surnommé le « Hitchcock français », Henri-Georges Clouzot maîtrise l’angoisse comme personne. L’atmosphère est poisseuse, le mystère s’épaissit de minute en minute et la fin vous laissera bouche bée. Les Diaboliques est notamment célèbre pour son twist final légendaire, l’un des plus surprenants du cinéma. Un incontournable pour les amateurs de suspense qui veulent être manipulés jusqu’à la dernière seconde.
12 Hommes en colère – Sidney Lumet, 1957
Dans la salle de délibération d’un tribunal new-yorkais, douze jurés doivent statuer sur le sort d’un jeune homme accusé d’avoir tué son père. Si le verdict est « coupable », ce sera la chaise électrique. Tout semble accabler l’accusé et onze jurés votent immédiatement pour la condamnation. Seul le juré n°8 (Henry Fonda), architecte intègre, émet un doute et vote non-coupable. Il va devoir, argument par argument, ébranler les certitudes de onze hommes pressés d’en finir.
C’est la preuve par l’image qu’on n’a pas besoin d’effets spéciaux pour créer une tension irrespirable. Sidney Lumet réalise un tour de force : un huis clos d’une heure et demie où l’action se résume à des paroles, et pourtant, on ne décroche pas une seconde. 12 Hommes en colère est un thriller intellectuel culte, captivant, d’une intelligence rare, qui vous tiendra en haleine bien plus efficacement que n’importe quelle série policière contemporaine.
Certains l’aiment chaud – Billy Wilder, 1959
Chicago, 1929. Deux musiciens de jazz fauchés, Joe (Tony Curtis) et Jerry (Jack Lemmon), sont témoins involontaires d’un massacre perpétré par la mafia. Pour échapper aux tueurs qui les ont repérés, ils n’ont qu’une seule solution : se travestir en femmes et intégrer un orchestre féminin en route pour la Floride. Sous les identités de Joséphine et Daphné, ils vont devoir gérer leur couverture tout en essayant de séduire la sublime chanteuse de la troupe, Sugar Kane (Marilyn Monroe), sans se faire démasquer par le parrain de la pègre.
C’est sans doute la meilleure porte d’entrée possible vers le cinéma classique. Billy Wilder (encore lui !) signe ici un modèle absolu de rythme et d’écriture comique. Certains l’aiment chaud ne laisse aucun temps mort au spectateur, enchaînant les quiproquos et les répliques cultes à une vitesse folle. Si vous cherchez une comédie qui n’a pas pris une ride et qui pétille comme du champagne, c’est ce film qu’il vous faut.
Psychose – Alfred Hitchcock, 1960
Marion Crane (Janet Leigh), une secrétaire lassée de sa vie et de ses problèmes financiers, dérobe 40 000 dollars à son patron pour rejoindre son amant. Sur la route, prise de remords et fatiguée par une tempête, elle décide de faire une halte dans un motel isolé, tenu par un jeune homme timide et étrange, Norman Bates (Anthony Perkins), qui vit sous la coupe d’une mère tyrannique. Ce qui devait être une simple nuit de repos va virer au cauchemar absolu.
Oubliez tout ce que vous savez sur les films d’horreur actuels, car tout a commencé ici. Avec ce chef-d’œuvre, Alfred Hitchcock a inventé les codes du slasher moderne. La mise en scène est tranchante, la musique de Bernard Herrmann est stridente et le suspense est total. Regarder Psychose aujourd’hui, c’est se prendre une claque de modernité et comprendre d’où viennent toutes vos frayeurs de cinéma. Film culte et frissons garantis.
Docteur Folamour – Stanley Kubrick, 1964
En pleine Guerre froide, le général américain Jack D. Ripper (Sterling Hayden), persuadé d’un complot communiste, devient fou et ordonne unilatéralement une attaque nucléaire sur l’URSS. Dans la salle de guerre du Pentagone, le Président des États-Unis et ses conseillers tentent désespérément de rappeler les bombardiers, tout en gérant l’ambassadeur soviétique et un étrange scientifique ex-nazi, le Docteur Folamour (Peter Sellers).
Stanley Kubrick transforme l’apocalypse nucléaire en une farce burlesque hilarante. C’est de l’humour noir à son paroxysme. Docteur Folamour brille par son audace et par la performance incroyable de Peter Sellers, qui interprète trois rôles différents dans le film. C’est une satire politique mordante et rythmée qui prouve que le cinéma classique peut être aussi subversif que drôle.